En lutte permanente contre la société et les fantasmes de la politique
Une critique anarchiste de quelques dérives de la méthode insurrectionnelle
Fenrir, publication anarchiste écologiste, n°7 / octobre 2016
« Chacun est bien libre de se rapporter à l’existant comme bon lui semble, qu’il soit anarchiste ou pas. Mais il faut aussi que chaque anarchiste, précisément en tant que tel, se demande si on veut seulement frapper le pouvoir constitué ou bien si on veut le détruire pour de vrai, de façon définitive. Autour de cette question fondamentale tournent tout notre agir et notre attitude envers l’existant.
En effet, même anarchiste, un individu peut croire ou pas dans la possibilité d’un bouleversement social dans des termes libertaires et d’autodétermination. Mais si un anarchiste croit dans la possibilité révolutionnaire, l’affrontement avec le pouvoir constitué ne peut alors ne pas tenir compte de cette grande masse sociale subalternisée, qu’il faut impliquer dans la lutte, afin non seulement d’atteindre la force suffisante pour détruire l’existant, mais qu’il faut aussi encourager pour que, dépassant les délégations, délusions et passivité, elle s’approprie des pratiques de l’action directe, de l’autogestion de la vie elle-même, de l’autodétermination individuelle et collective.
Voilà pourquoi les actions individuelles qui font ouvertement face au pouvoir politique-économique, ses structures et ses hommes, si elles sont indubitablement positives car de toute façon elles empêchent la pacification sociale et démontrent la faiblesse de ce pouvoir de domination qui prétend (se prétend) être absolu et inattaquable, sont cependant complètement insuffisantes sur le plan de la révolution insurrectionnelle si elles ne se greffent pas systématiquement sur les façons de réagir contre l’exploitation et l’oppression des masses prolétaires. En d’autres termes, à mon avis la possibilité insurrectionnelle où l’anarchisme – c’est à dire la praxis anti-autoritaire – peut acquérir un rôle socio-politique fondamental s’ouvre seulement si on arrive à faire pénétrer réciproquement les instances individuelles de lutte et d’attaque avec les instances revendicatives et de protestation qui émergent à chaque fois des masses plus ou moins grandes issues des secteurs sociaux soumis. Si cette greffe, cette compénétration réciproque, n’est pas présente, notre action sera non seulement incompréhensible, mais aussi éloignée du ressenti commun, surtout à cause de l’œuvre de mystification terroriste que l’État-capital mettra en œuvre ».
Extrait d’une lettre de Costantino Cavalleri à Luca Farris (Nihil, n° 3-4, p. 36-37)
Cet extrait de Costantino Cavalleri exprime de façon claire les prémisses de base de la dite « méthode insurrectionnelle » (ou, pour le dire en d’autres termes, de l’approche « insurrectionnaliste » de l’anarchisme). L’aspiration à provoquer des tentatives insurrectionnelles ensemble avec les masses, déjà théorisée et expérimentée depuis la fin du XIXème siècle par de nombreux.ses anarchistes dont le plus connu est Errico Malatesta (qui nous a même laissé plusieurs écrits où il est question de ce qui devrait être l’approche anarchiste envers l’insurrection), a été reprise et revisitée entre la fin des années 70 et le début des années 80 dans les textes d’Alfredo Maria Bonanno, Pierleone Porcu, Costantino Cavalleri et d’autres compagnon.ne.s. Ils/elles en ont gardé inaltéré le corpus central, tout en voulant en revoir les structures organisationnelles.
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