Prison de Pavie (Italie) : Une lettre de Beppe

Malacoda / jeudi 16 juillet 2020

Très cher.e.s,
J’espère que vous allez bien !

Je vous écris pour vous signaler une situation grave (l’énième!) à laquelle j’ai du faire face entre l’après-midi du 3 juillet et minuit du 4 !
Comme probablement vous le savez, je suis enfermé depuis un an dans une cellule tout seul, dans la section pour « détenus protégés » [là où il y a, pour la plupart, des violeurs, des balances et des prisonniers qui ont choisi de collaborer avec la justice ; NdAtt.] de la taule de Pavie !!
J’ai toujours refusé une telle assignation, en menant différentes formes de lutte (grève de la faim, grève de la promenade…)

La [mot incompréhensible, ça pourrait être « direction »] sanitaire de la taule de Pavie, malgré le fait que je n’ai jamais passé aucune consultation médicale (même s’il y avait une requête à ce propos de la part du Juge d’instruction Basile) a déclaré que je prend un traitement (lequel ?) pour un nœuds lymphatiques à la thyroïde (qu’on ne m’a jamais contrôle, ici) et que j’ai eu une forme grave de bronchopneumonie et qu’en cas de nécessité ils feraient le nécessaire pour me soigner !!!

Vendredi (le 3 juillet) il y a eu à Pavie un gros orage avec des fortes rafales de vent ; avant que je ne puisse fermer la fenêtre, le vent a fait claquer la porte blindée de la cellule, ça arrive souvent ici, quand il y a du vent… je dois préciser que les sonnettes pour appeler les matons ne marchent pas, il faut simplement crier !! Ce jour là, le détenu qui faisait le nettoyage a prévenu le maton de service que j’étais « enfermé », j’ai entendu depuis ma cellule… depuis que je suis enfermé dans cet égout, je n’ai jamais appelé un maton, leur présence m’agace…
En attendant qu’ils daignent rouvrir la porte blindée, comme pour tout le monde dans la section, je m’occupe dans la cellule, en sachant que vers 21h les matons seraient passés de toute manière, avec l’infirmier qui distribue les psychotropes… à 20h30 le maton, zélé, ouvre le judas de la porte blindée et je lui dis tout de suite d’ouvrir la porte, comme pour tous les autres, que je suis très agité et que je n’arrive pas à respirer ! Il me répons « oui » et disparaît !!
Vers minuit, avec le changement de service, les matons nous comptent… je ne sais pas qu’est ce qui s’est passé, je ne me souviens de rien, je me suis réveillé sur la sol, plein de bave, avec 4 ou 5 matons qui n’arrêtaient pas de m’appeler, il y en avait qui disaient que j’étais peut-être mort !!
Ils n’ont pas appelé le médecin, ni l’infirmier, on ne m’a jamais fait faire de consultation médicale, même à cette occasion… depuis longtemps j’ai compris pourquoi j’ai été placé dans cette section de cette taule !

Vers 10h30 (du 4 juillet), après que j’ai informé l’infirmier de mon malaise et du fait que j’ai perdu connaissance, pendant la nuit, je suis appelé à l’infirmerie. J’explique au médecin de service ce qui s’est passé, dans la salle il y a aussi une infirmière et un gradé des matons, qui assiste à la consultation ; pendant que le médecin me visite je lui que j’ai très mal au front à cause du bleu que je me suis fait en tombant, l’infirmière me dit qu’on ne voit rien, alors je lui explique qu’ils auraient pu mieux le voir s’ils étaient venus à minuit, quand les matons m’ont trouvé par terre ! A ce point le maton intervient et me dit avec un ton menaçant que je « parle trop » et que je dois parler seulement de médicaments !!
Le médecin et l’infirmière (apparemment la femme d’un maton) ne réagissent pas !!
J’ai demandé à voir les dossier cliniques, on verra si on me le donne !!

J’espère que cette lettre vous arrive, au lieu de disparaître !!
Je vous demande d’être à mes côtés contre le fait d’être enfermé dans cette section et dans cette taule !!
Que cette lettre soit relayée par plus de monde et plus de sites internet possible !!
En taule on meurt !
Je me relève A TÊTE HAUTE, en vomissement toute ma haine contre cette assignation !!

Liberté pour les compas de Rome [arrêté.e.s lors de l’opération Bialystok ; NdAtt.] !

Beppe

Beppe a été arrêté le 21 mai 2019, lors de l’opération répressive Prometeo. Pour lui écrire (et pour écrire à Natascia, arrêtée lors de la même opération répressive) :

Giuseppe Bruna
C. C. di Pavia
Via Vigentina, 85
27100 – Pavia (Italie)

Natascia Savio (elle lit le français)
C. C. di Piacenza
Strada delle Novate, 65
29122 – Piacenza (Italie)

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