Les matons « bloquent » les taules – la situation à l’intérieur

Tribune d’un collectif de détenus incarcérés à la maison d’arrêt des hommes de Fleury Mérogis

Indymedia Nantes / jeudi 25 janvier 2018

Nous, prisonniers, condamnés ou prévenus, enfermés à la maison d’arrêt de Fleury Mérogis, lançons un appel contre la conquête sécuritaire qui se joue en ce moment à travers les mobilisations des surveillants de prison dans toute la France. Cet appel vise également à construire une force collective entre les détenus en lutte et à l’extérieur.

Depuis plusieurs jours, des surveillants de prisons bloquent les entrées des maisons d’arrêt, centrales et centres de détention du territoire français. Ici, à Fleury Mérogis, l’établissement est régulièrement paralysé depuis le début de semaine par plusieurs dizaines de surveillants, empêchant les parloirs avec nos familles, parfois venus de loin,
empêchant les extractions dans le cadre des procédures judiciaires (bloquant les aménagements de peine), l’entrée des avocats, les cantines, les cuisine, le nettoyage et toutes les activités dédiées à la prétendue « réinsertion » Leurs revendications sont simples, ils réclament plus de moyens et plus de sécurité pour le personnel pénitencier, ce qui se traduit concrètement par un armement généralisé des surveillants, l’imposition de menottes aux détenus lors de leurs déplacements hors des cellules, et des restrictions conséquentes de nos libertés et de nos droits, pour le peu qu’il en reste.

Leur mouvement fait suite à diverses manifestations supposées de violence depuis quelques temps, qui, si elles existent, ne sont que des actes isolés, bien souvent en réponse à une violence bien plus importante de l’institution carcérale et de l’État en général. Depuis une semaine, nous assistons à une surmédiatisation d’événements sporadiques et minimes sur toutes les chaînes de télévision, sur fonds d’antiterrorisme. Une insulte devient une agression, une bousculade un passage à tabac et un retard en cellule une mutinerie. Et nous voyons ainsi défiler ces mensonges sur BFM depuis le week-end dernier. Les surveillants et leur syndicat, interviewés par les médias, ont présenté la prison comme un « sanctuaire de criminels » où les détenus avaient « pris le pouvoir » dans des zones totalement abandonnées par les pouvoirs publics. Mais cette stratégie de désinformation ne s’arrête pas là et se couple à des actions bien réelles à l’encontre des détenus.

Ce jeudi 18 janvier au matin, alors que tous les parloirs avaient été annulés, que les activités n’avaient pas lieu et que nous étions séquestrés en cellule, sans information et sans même avoir été nourris, l’administration a finalement décidé, en réponse aux mobilisations de leur personnel, de lancer une nouvelle entreprise de terreur comme on n’en voit qu’en prison à l’encontre des détenus, et alors que rien ne s’était encore passé. Vers 11h, plusieurs dizaines de surveillants et d’Eris, armés, cagoulés et près à intervenir étaient déployés dans toute la prison. Alors que les départs en promenade se faisaient sous pression, ponctués de coups de matraque et de bouclier, de fouille à nu arbitraires et d’insultes diverses, nous avons décidé de nous organiser contre ces violences gratuites, exercées pour satisfaire des surveillants en mal de reconnaissance. Sur le bâtiment D2, nous étions plus d’une centaine à refuser de réintégrer nos cellules à l’appel de fin de promenade, qui avait été réduite à 45 minutes au lieu des deux heures quotidiennes [on a pu lire ce qu’en disaient les journaflics ici; NdAtt.] Sur le bâtiment D1, c’est cette fois l’administration qui nous enfermait plus de 4h en promenade, pour prévenir un risque de blocage et en profiter pour fouiller une bonne partie des cellules. Dans les autres bâtiments, nous tentions plusieurs blocages, la plupart mis en échec par l’intervention violente des Eris.

À travers ces blocages, nous voulons exprimer notre droit à manifester, qui nous a été arraché lors de notre incarcération et nous voulons lancer un message vers l’extérieur, contre ce qui se joue en ce moment devant les prisons françaises : l’invisibilisation des violences quotidiennes à l’encontre des détenus – insultes régulières, coups, pressions administratives, les suicides réguliers, les piqûres forcées, les cellules en flamme comme à Fresnes il y a quelques jours, et même les viols, comme à la MAF ou à Meaux il y a quelques mois. Mais également, la stratégie des surveillants qui rappelle celle des policiers qui manifestaient illégalement, masqués et armés, en direction des lieux de pouvoir à l’automne 2016 au cri de « la racaille en prison ! », pour réclamer et finalement
obtenir un nouveau permis de tuer.

À travers ces actes de résistance collective, nous nous mobilisons contre cette répression grandissante et contre l’entreprise sécuritaire de l’État pénal. Mais pour ce faire, nous avons besoin de construire une force collective, et que nos luttes soient entendues et relayées à l’extérieur. La violence, la vraie, elle est du côté de la prison, de la justice et de la police, qui frappent, séquestrent et légitiment ces exactions. La violence, c’est l’État.
Nous ne sommes pas des bêtes, nous sommes des êtres humains, et nous refusons d’être enfermés et renvoyés à des faits qui feraient de nous des parias, sans droits et sans dignité. Nous en appelons aujourd’hui à toutes celles et tous ceux qui, à l’extérieur, luttent contre les violences d’État. Nos mobilisations sont vaines si nous ne sommes pas
soutenus et si les acteurs des luttes actuelles ne se font pas écho de nos combats. En effet, nous payons le prix fort de ces blocages, la vengeance de l’administration est terrible, plusieurs personnes ont d’ores et déjà été envoyées au mitard, le quartier disciplinaire, et nous savons tous que nos conditions de détention seront rendues encore plus difficile, du seul fait d’avoir refusé ces injustices. Par ailleurs, nous avons besoin que des mobilisations fortes appuient nos mouvements, car l’administration sait qu’elle a les moyens de nous faire taire, en chargeant nos dossiers en vue de nos procès à venir ou en refusant nos aménagements de peine.

Ce texte ne s’adresse ni aux institutions, ni aux défenseurs des soi disant droits de l’homme et des politiques traditionnelles car à nos yeux, il n’existe pas de prisons « plus justes ». C’est un appel à toutes celles et tous ceux qui, au printemps 2016, se sont soulevés contre la loi travail ; car nous aussi, nous sommes les premières victimes d’une précarisation massive qui nous a contraint à choisir entre la misère et la prison. C’est un appel à celles et ceux qui luttent contre le racisme, car nous aussi sommes les premières cibles d’un racisme d’État qui enferme toujours les mêmes personnes, des jeunes non blancs, parqués dans les prisons françaises. C’est un appel à celles et ceux qui luttent contre les violences policières, car nous sommes ceux qui subissent depuis toujours les
violences des forces de police et nous sommes ceux qui se lèvent toujours lorsqu’un de nos frères tombe sous les coups ou sous les balles des forces de l’ordre.
Mobilisons-nous, à l’intérieur comme à l’extérieur des prisons. Construisons une vraie force contre la répression en bloquant et en perturbant les institutions répressives et les politiques sécuritaires. Brisons le silence de la prison, et brisons les chaînes qu’elle nous impose.
Liberté pour toutes et tous.

Un collectif de détenus incarcérés à la maison d’arrêt des hommes de Fleury Mérogis.

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Le quotidien des détenus de Fléury

extrait du Parisien / jeudi 25 janvier 2018

Un détenu de Fleury-Mérogis dénonce des conditions de détention qui se dégradent du fait du mouvement de blocage des prisons. Cela fait désormais 11 jours que mouvement de blocage des prisons par les gardiens a démarré suite à une violente agression à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Une crise qui bouleverse la vie des détenus. Depuis sa cellule de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), l’un d’entre eux dénonce une situation invivable : « les poubelles ne sont plus ramassées le matin, les parloirs se font en retard, ce qu’on a acheté en cantine n’est pas livré, énumère ce prisonnier. Quant aux promenades, elles sont réduites à une heure au lieu de deux et nous n’avons plus d’activité sportive, ni de travail en atelier. »
Des désagréments que ne conteste pas Thibault Capelle, du syndicat FO [sa sale gueule à nouveau ici; NdAtt.]: « Il manque du personnel pour faire les activités, les ateliers, le sport et permettre aux détenus de travailler, mais ça n’est pas notre priorité, indique-t-il. Nous nous occupons avant tout du contrôle des détenus, des parloirs et des promenades, même s’il y a des retards ou que ce temps est écourté à cause de notre mouvement de grève. […] »
[…] Mais ce n’est pas tout selon ce détenu, qui pointe aussi l’absence d’eau chaude pour la douche et des « traitements médicaux qui ne sont pas donnés ». « J’avais rendez-vous chez le médecin. Les surveillants m’ont dit de me préparer et ils ont annulé », insiste-t-il.
« Les médicaments sont distribués, mais pas aux mêmes horaires que d’habitude. Les repas ont parfois jusqu’à une heure de retard. Les douches sont chaudes, les urgences médicales traitées », affirme le délégué syndical FO.
Néanmoins, la colère gronde chez certains prisonniers : « Ici, c’est la crise. Les gardiens font ce qu’ils veulent, tout le monde se plaint, ça tape aux portes. Quand leur mouvement va se débloquer, ça risque de péter chez les détenus », prévient-il. […]

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 A Besançon, les prisonniers enfermés sans eau

extrait de FranceBleu / mercredi 24 janvier 2018

Dix jours après le début du mouvement social, les gardiens pénitentiaires continuent de bloquer les entrées des établissements. En Franche-Comté, plusieurs maisons d’arrêt sont concernées. Les familles de détenus se sentent prises en otage.
La situation s’est encore dégradée en ce début de semaine. Les CRS ont suspendu, quelques heures, le blocus des gardiens pénitentiaires, ce mardi, à Besançon. Ils sont venus ravitailler l’établissement en nourriture et en médicament. Un déblocage très temporaire. Depuis plus d’une semaine, il n’y a plus aucun surveillant à l’intérieur. Des policiers et gendarmes ont été mobilisés pour assurer la surveillance des détenus et la distribution des repas. De leur côté, les familles et proches de détenus se sentent pris en otage. Ils n’ont aucune nouvelle de leur conjoint, père, fils, ami.
Il n’est pas rare, ces derniers jours, de voir attendre des personnes devant l’entrée de la maison d’arrêt. Et pour cause, beaucoup de familles n’ont pas été prévenues de la poursuite du blocage et patientent dans l’espoir, vain, de pouvoir accéder au parloir quelques minutes. Un rendez-vous qu’elles avaient pris depuis plusieurs jours.
« Il n’y a plus aucun surveillant à l’intérieur. Pendant un temps, ils n’ont même pas eu de repas, confie Angélique*, angoissée d’avoir aucune nouvelle de son conjoint. En début de semaine, les robinets d’eau ont carrément été coupés, de peur que les détenus inondent leur cellule. Ils vivent eux aussi, un calvaire. Ils sont enfermés H24, toute la journée. Ils ne peuvent pas aller en promenade, ceux qui travaillent ne peuvent plus y aller. Même pour prendre une douche, c’est impossible, car elles sont situées à l’extérieur de la cellule et que personne ne peut les emmener. Et nous, familles de détenus, nous n’avons aucune nouvelle depuis plusieurs jours, même pas un coup de téléphone ou une lettre. » […]

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Valence : Au cente pénitentiaire, 100 prisonniers contre le mouvement d’humeur des matons

Le Dauphiné Libéré (page payante) / mercredi 24 janvier 2018, via Le Laboratoire Anarchiste

Hier matin , quelques heures  avant la mise en place  d’un nouveau blocage du centre pénitentiaire , deux surveillants  étaient évacués vers le centre hospitalier Légèrement intoxiqués par les fumés  d’un feu allumé par un détenu  dans sa cellule du quartier  » arrivant ».  Une centaine de détenus ont refusé  e regagner leur cellule.
Vers midi, profitant  de cette situation  de sous- effectif, une centaine  de détenus de la maison d’arrêt , ont refusé de regaagner leur cellule après la promenade . Alertés, les équipes  régionales d’intervention  et de sécurité (Eris) de Lyon  ont « ramené » le calme vers 17h30.

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Ça bouge dans plusieures taules

extrait de Sans Attendre Demain / jeudi 25 janvier 2018

[…] Mardi 23 janvier, 28 détenus de la prison de Nantes ont refusé de remonter en cellule après la promenade vers 17h, par crainte de se voir complètement supprimer les parloirs. A Uzerche (Corrèze), il y a eu un début de rébellion dans la matinée après que l’ensemble des prisonniers s’est vu refuser l’accès à la cantine. Dans l’après-midi, un détenu mineur de la maison d’arrêt de Pau, énervé par le mouvement d’humeur des matons, frappait la porte de sa cellule à coups de pied lorsqu’une surveillante est venue lui ouvrir. Elle s’est mangée la porte en pleine face. Sonnée, elle a été immédiatement emmenée à l’hosto par les flics venus suppléer les matons en grève. Ces derniers sont suppléés la nuit par trois membres du groupe ERIS, les Equipes régionales d’intervention et de sécurité venus de Bordeaux, un policier de la Bac et deux officiers de l’ENAP, l’école nationale d’administration pénitentiaire, basée à Agen.

Dans la matinée de mercredi 24 janvier à Epinal (Vosges), des détenus ont répondu par le feu au blocage des matons : certains d’entre eux ont multiplié les foyers d’incendie dans l’une des coursives de la taule. D’ailleurs, ce début de révolte a fait reprendre du service aux matons « en grève », qui ont épaulé pompiers, flics et ERIS pour rétablir l’ordre.

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Osny : Une belle réponse individuelle à leurs revendications 

Le Parisien / jeudi 25 janvier 2018

En plein conflit des gardiens de prison, un détenu a agressé mercredi une surveillante de la maison d’arrêt du Val-d’Oise (Mavo), à Osny.
Les faits se sont produits peu après 11 heures, dans le bâtiment B2 de la Mavo. Selon les premiers éléments recueillis, le détenu était en colère pour n’avoir pas pu se faire couper les cheveux et la barbe. Lorsque la surveillante a ouvert sa porte, il lui a sauté dessus, l’étranglant avant de lui cracher dessus. Le détenu a pu être maîtrisé, conduit au quartier disciplinaire avant d’être placé en garde à vue.
Jugé ce jeudi soir en comparution immédiate à Pontoise, Ilyes G., âgé d’une vingtaine d’années, a demandé un renvoi pour préparer ses défenses. Il sera jugé au fond le 19 février prochain. En attendant l’audience, il a été placé sous mandat de dépôt. Il était incarcéré dans le cadre d’un mandat de dépôt criminel, dans une affaire de vol aggravé instruite à Nanterre. La surveillante s’est vue prescrire une semaine d’arrêt.
« Notre collègue a également reçu des coups de pied et a été touchée à la jambe droite. Elle ressent des douleurs au niveau de la gorge. Le détenu lui a sauté dessus dès que la porte a été ouverte », confie le délégué départemental FO Pénitentiaire, Jérôme Nobécourt. Un syndicat qui a appelé à un rassemblement ce jeudi matin à la Mavo. « Nous étions une trentaine devant les grilles, une cinquantaine au total, pour bloquer l’établissement. Nous avons été délogés par les forces de l’ordre. A l’intérieur, nous assurons le strict minimum, dont les promenades. »
Outre des sections de CRS, des policiers du Val-d’Oise ont aussi été mobilisés pour assister les gardiens de la Mavo mercredi, ainsi que dans la nuit de mercredi à jeudi, pour distribuer les repas et assurer la sécurité dans la prison.
Une mission que dénonce le syndicat Alliance, par la voix de son secrétaire régional, Ludovic Collignon [le connard ci-contre; NdAtt.], qui la qualifie « d’ubuesque et dangereuse ». « Les collègues ne sont pas formés pour ce travail. Surveillant pénitentiaire, c’est un métier. Les règles de sécurité dans une maison d’arrêt sont très particulières. Ils sont de plus armés à l’intérieur. » Selon Ludovic Collignon, neuf fonctionnaires de police-secours ont été mobilisés pendant la nuit. « Cela représente environ un tiers des effectifs de nuit dans le département. Et autant de policiers en moins pour assurer la sécurité des personnes dans le Val-d’Oise ».
Le syndicat a diffusé ce jeudi un tract pour dénoncer ces missions qui se prolongent. « Des effectifs prennent la relève des CRS à partir de 18h30 ce jeudi soir et seront relevés par des collègues de police-secours jusqu’à demain matin », poursuit-il. « Nous comprenons tout à fait le mouvement des surveillants de prison. Ils ont des attentes et des revendications légitimes. Mais ce n’est pas à nous de faire leur travail. »
Le mouvement des gardiens a également eu des répercussions sur le fonctionnement du tribunal, prolongeant des audiences tard dans la nuit. Une magistrate explique avoir dû libérer deux prévenus en fin d’audience, dans la nuit, cette semaine, ne pouvant les conduire à la Mavo [hourra au moins pour eux ! NdAtt.].

 

Note d’Attaque : Sur les tentatives de réponse depuis l’intérieur aux « blocages » des matons, on pourra lire ce qui s’est passé dans des taules des Hauts-de-France, à propos de l’ »agression » d’un porte-clé à Poissy, des deux qui ont eu lieu à Grenoble, du maton de Coulaines fini à l’hosto, ou encore d’une tentative d’évasion à Fresnes. Sans oublier les jolies évasions depuis ce autres prisons (pour personnes sans le bon bout de papier) qui sont les Centres de rétention administrative, comme à Sète (une tentative malheureusement échouée) ou les deux évasions de groupe (réussies!) à Palaiseau et Vincennes.

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