Grèce : La prison est le miroir d’une société qui fait l’équilibriste entre la vie et la mort

Act for freedom now ! / dimanche 3 mai 2020

Un mois après l’imposition des mesures restrictives à cause de la pandémie de coronavirus, nous sommes arrivé.e.s à la conclusion que ces mesures ont multiplié les problèmes de survie des personnes incarcérées et ont aggravé leurs conditions de vie, plus encore que l’existence du virus lui-même et la menace qu’il représente pour la santé.

Les conditions de détention dans les prisons, les camps de concentration pour migrant.e.s, les institutions où les « malades mentaux » sont « stockés », les camps de Roms, reflètent évidemment le cœur du système politico-économique : les divisions de classe dans le corps social, l’exclusion, la violence et la répression de l’État, la vengeance et la négligence de l’État et la dévalorisation de la vie humaine. Ce sont des aspects du système que la plus grande partie de la société, hors des murs, est en train de vivre, dans une mesure plus ou moins grande.

Pour ce qui est de prisons, l’on sait que les centaines de morts ou de suicides de prisonniers, soit dans des commissariats (comme le cas, récemment rendu public, du jeune de 18 ans qui s’est suicidé au siège de la police de Komotini), soit dans les prisons, ont augmenté, tandis que les mesures sanitaires destinées aux prisonnier.e.s, déjà insuffisantes, se sont détériorées sous le dernier gouvernement social-démocrate, que certains pensaient être un « meilleur gestionnaire » car ses composants étaient considérés comme des « experts en droits de l’homme ». Ainsi, ces dernières années les luttes autour du code pénal n’ont pas réussi à se développer, et ceux qui ont fait des promesses de réforme législative ne sont pas tenus pour responsables. D’autre part, les fameuses mesures de décongestion et les conditions de vie dans les prisons n’ont jamais été améliorées, peut-être seulement temporairement rafistolées, avec des annonces spectaculaires. « Loi et ordre » est, en tout cas, le dogme imposé par les dominants aux personnes exploitées, alors qu’ils ont le champ libre et ne sont jamais tenues de rendre des comptes. Par conséquent, les conditions à l’intérieur des prisons sont de pire en pire, car les prisons sont le reflet d’une organisation sociale basée sur le marché et la concurrence et qui, en son cœur, implique le terrain où se déroule la bataille idéologico-politique, plus ou moins punitive, clairement autoritaire et répressive.

La mort de la prisonnière Azize Deniroglu, le 9 avril 2020 dans la prison pour femmes d’Eleonas-Thèbes confirme cette situation. Le silence sur ce meurtre d’État a été bruyamment brisé par la révolte de ses codétenues dans l’aile E, où elle était enfermée, et par la propagation de la révolte des prisonnières dans les autres sections. Par leur prise de position, les femmes ont prouvé qu’elles ne sont pas invisibles, qu’elles ne sont pas des déchets. Ce n’est pas seulement une population superflue, dont certaines peuvent être laissées mourir. Avec les événements de la prison d’Eleonas, il est devenu évident que les prisonnières « invisibles » ont mis fin à une gestion gouvernementale qui traitait les morts en prison comme des « accidents ». Elles ont affirmé qu’il s’agissait d’un autre meurtre d’État, provoqué par la cruauté de l’État, non seulement des directeurs de prison, mais aussi de leurs superviseurs politiques et leurs directives concernant la gestion de la population carcérale pendant la pandémie. La mort d’Azize Deniroglu est un meurtre d’État, perpétré par le système carcéral, dans des conditions de mépris total de la vie humaine. Les femmes incarcérées, enragées, se sont révoltées afin de faire savoir partout que la mort de leur compagnonne de prison était due à la complète indifférence de l’État.

Une femme qui était sur le point d’être libérée est morte et, malgré les annonces de mesures de décongestionnement, celles-ci n’ont jamais été mises en place. La révolte a levé le voile d’hypocrisie et de mensonges sur les conditions de vie des prisonnier.e.s, qui sont terribles, elles ont montré que tout au long de l’échelle, des matons jusqu’en haut de la hiérarchie, l’autorité a le même visage sombre. Avec leur révolte, elles envoient un signal de lutte à toutes les prisons. Elles ont revendiqué la décongestion, des conditions de vie humaines, des mesures sanitaires, la libération des mères détenues avec leurs enfants, l’accès aux soins de santé pour tout le monde, en particulier les personnes qui sont atteintes par de graves problèmes de santé, comme Azize Deniroglu. Les prisonnières ont agi pour la vie humaine : cette même vie qui est humiliée dans de telles conditions de détention.

Deux autres morts en prison, ces derniers jours, montrent une fois de plus la réalité de ce que nous décrivons. Le décès d’un prisonnier de 38 ans qui était en quarantaine à la prison de Korydallos et qui était malade, présentant des symptômes du coronavirus. Il n’a pas été emmené à l’hôpital, et aussi un autre prisonnier qui en ce moment est gravement malade n’a pas non plus été emmené à l’hôpital, mais reste en quarantaine dans la prison. À Malandrino, une autre mort, celle de Zelim Zerolai, due à une carie dentaire, s’ajoute aux décès qui sont recensés (dans l’histoire récente des prisons grecques, il y a eu une autre mort à l suite d’une carie dentaire, celle de Zozo Maltezos, il y a 2 ans), et qui confirment et mettant en évidence la cruauté de l’État, son mépris total pour la vie humaine, quand il s’agit des prisonniers.

Ces derniers jours, des mobilisations ont commencé dans plusieurs prisons (à commencer par la prison pour femmes de Korydallos, les prisons pour hommes de Larissa, La Canée, Patras et Domokos). En réponse, l’État, au lieu de mettre en œuvre ses fameuses mesures de décongestion, a procédé au transferts des prisonniers politiques, les membres de Lutte révolutionnaire Pola Roupa et Nikos Maziotis (en leur ajoutant 2 ans de privation du droit au travail, comme sanction disciplinaire), au transferts de prisonniers sociaux (Vasilis Dimakis, qui a entamé une grève de la faim pour exiger son retour à Korydallos), à l’emprisonnement d’environ 100 nouveaux prisonniers par jour, à des fouilles-surprise dans les sections et les cellules, des raids de la police anti-émeute et des passages à tabac pour écraser la révolte des femmes, à Thèbes, le 9 avril, après la mort de Deniroglu, à une nouvelle descente de la police dans l’aile C d’Eleonas, où ils ont tout détruit et brutalement battu les femmes. Lors du raid nocturne dans l’aile C, les policiers anti-émeute ont brutalement frappé à la tête une femme souffrant de graves problèmes de santé, pendant que les matons regardaient, indifférents…

Les femmes qui se sont révoltées à cause de la mort d’Azize et ont participé aux mobilisations sont visées par des mesures disciplinaires, leur sont contestés des délits comme le refus d’obtempérer ou des incendies. En même temps, la direction de la prison interroge les femmes pour connaître les responsables de la révolte, ciblant ainsi des prisonniers spécifiques. Des prisonnières sont convoquées à différentes moments (27/4, 28/4, 7/5, 9/5, 13/5), pour passer en conseil de discipline. Cela signifie en pratique des peines plus longues et que même les prisonnières qui étaient sur le point d’être libérées ou d’obtenir des autorisations de sortie, resteront incarcérées jusqu’à nouvel ordre dans les cellules de la démocratie.

De notre côté, nous sommes solidaires des justes revendications des prisonnier.e.ss. Au milieu de ce nouvel épisode de la crise du système, nous savons que l’État se protège et fait ses plans pour imposer brutalement le totalitarisme des temps modernes, dont aujourd’hui nous vivons déjà certains aspects. Il est de notre devoir de faire nos propres plans, en regardant vers la Révolution sociale. Rien n’est fini, rien ne restera sans réponse.

Pas de poursuites contre les prisonnières d’Eleonas-Thèbes
Décongestion immédiate des prisons
Satisfaction immédiate de toutes les demandes des prisonnier.e.s
Cas les pattes des camardes Pola Rupa et Nikos Maziotis.

Assemblée en solidarité avec Lutte Révolutionnaire

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