Voltaggio (Italie) : Celui qui blesse par la guerre, avec la guerre… il fait des profits

La Nemesi / mardi 7 février 2023

Cette société toujours plus omniprésente et envahissante est désormais entièrement éclairée par le phare de la science et elle parcourt, un pas après l’autre, la voie que cette dernière lui indique. Cette lumière n’est pas seulement néfaste, mais elle est en train de nous amener à un point de non retour, à un gouffre mortel. Même si tout cela est bien connu et aussi régulièrement rappelé par les scientifiques et les membres de la classe politique eux-mêmes. Dans un discours, il y a quelques mois, l’ancien ministre de la Transition écologique, Cingolani, a dit que chaque « nouvelle découverte » provoque plus de problèmes que ceux qu’elle résout, mais qu’il s’agit néanmoins de progrès et il faut donc aller de l’avant. Cet « aller de l’avant » se concrétise dans un modèle « vert ». Tout est ou doit devenir vert : économique verte, centrales nucléaires vertes, technologies vertes, dont la révolution digitale.
C’est l’énième transformation de la société, non plus politique, comme à l’époque de la révolution française, ni économique, comme lors des différentes restructurations du modèle capitaliste, mais techno-scientifique. Les différents secteurs de l’économie capitaliste doivent s’adapter ou disparaître et la politique exécute passivement les différentes impositions de la science. La transformation en cours a certainement profité de trois grandes occasions qui lui sont arrivées : le changement climatique, la Covid-19 et la guerre en Ukraine.

– Le changement climatique, qui est sous les yeux de tout le monde, a porté des millions de personnes à manifester, en focalisant ainsi l’attention sur l’impact ambientale que notre société a sur la planète. Étant donné que très peu de monde est réellement prêt à modifier radicalement son style de vie, mais les personnes veulent plutôt jouir de tous les conforts auxquels elles sont habituées, leurs protestations sont une arme inefficace déjà du départ. Le système du pouvoir y a trouvé une belle proposition pour se renouveler, en lançant l’ainsi-dite « transition écologique », qui consiste en une grande restructuration de la façon de produire de l’énergie (sources renouvelables) et en des produits de grande consommation plus « durables », c’est à dire qui ont un impact environnemental moindre, en faisant ainsi d’une pierre trois
coups.

Le PREMIER est politique : désamorcer ainsi les protestations et faire
comprendre que les gouvernants ont à cœur la voix des gouvernés ; au cas où ces derniers, si non écoutés, et malgré la paix sociale dominante,
puissent déranger sérieusement les sommeils des patrons.

Le DEUXIÈME est économique : une opportunité de faire des profits, pour les entreprises qui ont la possibilité de lancer sur le marché des nouveaux produits, tout en semblant « amies » de l’environnement, en gagnant ainsi des secteurs de nouveaux consommateurs et par conséquent
des nouveaux profits.

Le TROISIÈME est scientifique : la possibilité d’expérimenter, de faire de la recherche dans des domaines jusqu’à là peu explorés et d’augmenter encore plus sa propre influence sur les êtres vivants.

La Covid-19 a donné une puissante impulsion à la science médicale,
qui, en tirant parti de la peur et du désir du retour à la « normale », a de facto imposé une vaccination obligatoire, sans attendre les périodes obligatoires pour effectuer des tests sur un sérum, avant qu’il soit considéré comme « sur » ; c’est un test effectué sur des milliards d’individus. Elle l’a donné non seulement à la science médicale, mais aussi aux applications techniques visant à surveiller et ficher toutes les personnes réfractaires au vaccin. Les différents passes sanitaires et les différentes autorisations pour avoir le droit de se déplacer ou de travailler ne pourraient pas être efficaces sans un contrôle approfondi des individus, un contrôle qui est rendu possible par des
appareils technologiques toujours plus modernes et invasifs.

La guerre est une occasion en or, pour le système, pour pouvoir serrer
les mailles du système, car cela porte des bénéfices à tous les trois
pouvoirs qui pèsent sur nous, en leur permettant d’agir avec une
sintonie et une sinergie parfaites. Elle renforce l’État, qui peut faire passer des lois spéciales, en augmentant ainsi le contrôle sur ses citoyens.
Elle renforce aussi le capital, grâce à l’augmentation de la production de biens de consommation (des armes, dans une situation de conflit) et, sur une longue période, une quantité de bénéfices pour les entreprises engagées dans la reconstruction des zones touchées (Bonoli, le président de Confindustria [le Medef italien ; NdT], est allé à Kiev pour signer avec Zelensky des accords pour la reconstruction).

L’appareil technique-scientifique peut, en ce cas, travailler à tester toute nouvelle technologie qui puisse faire gagner la guerre, c’est-à-dire des nouvelles armes, toujours plus sophistiquées et mortelles, et en même temps des nouveaux systèmes de contrôle social, pour tuer dans l’œuf des éventuelles protestations et/ou requêtes. Toutes les guerres ont toujours apporté de tels « bénéfices », d’autant plus ce dernier conflit en Ucraine, pour le simple fait qu’il est près de nous.

RENVOYER LA GUERRE AU MONDE QUI LA PRODUIT

Les sentiments et les désirs qui nous traversent, en tant qu’anarchistes, sont nombreux, ce tourbillon de sensations on le rend palpable par l’action directe, mais pour arriver à celle-ci on met en œuvre des savoirs, de la patience, de la détermination, de l’attention, des peurs et du courage. Ce sont là des caractéristiques qui n’appartiennent pas seulement à des « spécialistes de l’action », mais à des millions d’individus, parmi les quels il y a les anarchistes.

Maintenant que l’énième conflit a explosé à quelques kilomètres de nous, en tant qu’anarchistes nous nous sommes demandé.es comment, ici où nous sommes, on aurait pu soutenir les populations ukrainienne, russe, mais aussi yéménite, palestinienne, syrienne, iranienne, kurde, libyenne – pour n’en citer que quelques unes – qui s’opposent aux guerres et à leurs États.
Notre croyance en nos idées nous a amené.es à attaquer les structures qui fonctionnent comme lien communicatif et qu’imprègnent notre société mortifère.

La nuit du 4 au 5 février, accompagnés par une très belle lune et avec Alfredo et sa lutte dans nos cœurs, nous avons saboté des antennes-relais sur le mont Leco [sur la commune de Voltaggio, dans la province de Alessandria ; NdT]. Avec ce petit geste, nous répondons à l’appel international en solidarité avec Alfredo.

« Notre » gouvernement, ainsi que tous ceux qui l’ont précédé, n’est pas très différent des gouvernements ukrainien ou russe ; comme des nombreux autres, il vend des armes là-bas, dans des lieux de guerre, et il utilise les mêmes armes ici « à la maison », pour réprimer. Un État est par définition l’auteur de massacres indiscriminés. L’État est le symbole de la pratique de massacres indiscriminés ; comme dans les guerres, dans les prisons, dans les casernes, à ses frontières terrestres et maritimes, dans les hôpitaux, sur les routes et même dans nos maisons. N’oublions pas les quatre révolutionnaires des Brigades Rouges massacrés dans leur appartement de la via Fracchia, à Gênes, le 28 mars 1980, aux mains des carabiniers du bourreau d’État Carlo Alberto Dalla Chiesa.

POINT D’ARRIVÉE

Après avoir saboté par le feu deux antennes-relais, en juillet 2021,
et avoir complètement incendié un pylône électrique, en décembre de la
même année, par cette dernière attaque nous terminons notre expérience en tant que groupe « Anarchistes pour la destruction de l’existant ». Nous ne nions pas que nos attentes étaient plus grandes, mais les difficultés pratiques et logistiques, ainsi qu’un brin d’inexpérience, nous ont trouvé concordes dans la décision de mettre fin à ce voyage, bref mais intense. Une loi de la physique dit « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », le même vaut pour notre tension anarchiste, elle est là car elle est innée, et chacun.e de nous choisira en quoi « se transformer ». Nous sommes cependant satisfaits, nous espérons d’avoir apporté une contribution, par les pratiques mises en œuvre et par les analyses faites avec nos textes. Notre phare a toujours été la propagande par le fait, notre moteur les revendications des différents individualités ou cellules éparpillées à travers la planète, notre détermination cultivée grâce à la solennité et à la fermeté des textes des prisonnières et des prisonniers anarchistes.

C’est aussi de ces trois lignes guides qui naît cette attaque, en tant que geste minimale de solidarité internationaliste avec les populations frappées par les guerres voulues par les patrons ; nous sabotons « notre » État, parce que « débrancher la prise » signifie interrompre tout ce qui est néfaste pour la terre et pour tous les êtres vivants qui y habitent.

POUR ALFREDO COSPITO, EMPRISONNÉ EN 41 BIS ET EN GRÈVE DE LA FAIM DEPUIS 110 JOURS, CONTRE LE 41 BIS ET LA PEINE DE PERPÉTUITÉ AVEC PÉRIODE DE SÛRETÉ ILLIMITÉE, POUR IVAN ALOCCO, QUI A ÉTÉ EN GRÈVE DE LA FAIM À DEUX REPRISES, EN SOLIDARITÉ AVEC ALFREDO, POUR JUAN SORROCHE ET ANNA BENIAMINO QUI, IL ET ELLE AUSSI, ONT SOUTENU ALFREDO AVEC UNE LONGUE GRÈVE DE LA FAIM.
POUR THANOS HATZIANGELOU, PRISONNIER GREC QUI A TERMINÉ UNE GRÈVE DE LA FAIM ET DE LA SOIF CONTRE LE NOUVEAU CODE PÉNAL GREC.
POUR CLAUDIO LAVAZZA, POUR KOSTAS DIMALEXIS, POUR JUAN PIRCE, POUR MONICA CABALLERO, POUR LES COMPAS DE L’AFFAIRE SUSARON, POUR MARCELO VILLARROEL SEPULVEDA, POUR DAYVID CECCARELLI, POUR TOBY SHONE, POUR GIANNIS MICHAILIDIS, POUR GEORGIA VOULGARI, POUR POLA ROUPA, POUR FRANCISCO SOLAR, POUR DAVIDE DELOGU, POUR NIKOS MAZIOTIS, POUR TOU.TES LES ANARCHISTES EMPRISONNÉ.ES DANS LE MONDE, POUR CEUX/CELLES QUI SONT EN GRÈVE DE LA FAIM, POUR CEUX/CELLES QUI SONT SOUMI.ES À LA SURVEILLANCE SPÉCIALE, POUR CEUX/CELLES QUI SONT EN CAVALE, POUR
CEUX/CELLES QUI NE SE RÉSIGNENT PAS. POUR TOUS ET TOUTES LES COMBATTANTES TOMBÉES DANS LA GUERRE SOCIALE.
POUR LA DESTRUCTION DES TAULES ET DES CAGES !
POUR LA DESTRUCTION DE LA SOCIÉTÉ TECHNO-INDUSTRIELLE !
POUR L’INTERNATIONALE NOIRE !
POUR L’ANARCHIE !

Anarchistes pour la destruction de l’existant

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