Italie : Sans autorité

Biblioteca Anarchica Disordine / lundi 13 juillet 2020

« Ce ne furent pas les orateurs qui m’amenèrent à l’anarchisme, mais la vie elle-même »
Pavel Golman*

Voici ce que disait un anarchiste russe qui, au début du XX siècle, luttait sans merci contre l’Autorité et contre toute injustice. La défense de la propriété et des classes les plus aisées signifiait famine et misère pour tous les autres, en plus que prison et torture dans le cas où l’on portait atteinte à ces intérêts. Plus d’un siècle plus tard, l’histoire des anarchistes russes et polonaises, parmi lesquels les anarchistes de Bialystok, une petite minorité d’origine juive, parle de la lutte humaine et idéale qui se jette contre la cruauté de l’ordre établi qui affame et tue. Elle parle de vies vécues dans la terreur (de la katorga** aux pogroms, à la répression dans le sang des manifestations de paysans et d’ouvriers) et qui répondent de différentes manières à cette terreur. Elles étudient et se défendent, elles attaquent et réalisent des expropriations. Dans une ambiance générale de grèves et de révoltes, elles agissent, poussées par leurs convictions et par la rage.

Il est curieux qu’aujourd’hui des défenseurs du pouvoir se référent à cette expérience, racontée dans un livre publié il y a quelques temps, afin de « garder » en prison des anarchistes accusés d’actes de sabotage et de solidarité.

Avec l’arrestation, il y a quelques mois, à Bologne, de quelques anarchistes coupables d’avoir montré leur solidarité avec les révoltes en taule pendant l’état d’urgence, a été posé la base théorique selon laquelle la solidarité est devenue un délit ; l’énième opération répressive contre des compagnons, nommée « Bialystok », sert à renforcer le fait qu’il faut punir la solidarité avec des anarchistes emprisonnés ou avec des prisonniers en révolte. Le fait de diffuser et propager, par la pratique et par la théorie, des idées de révolte et d’insubordination, est un délit. La tentative d’empêcher l’isolement où on voudrait enfermer certains compagnons (opération Scripta Manent) et, encore plus, la défense de la richesse des gestes et des idées du mouvement anarchiste est quelque chose qu’il faut réprimer et entraver, pour mieux frapper ces compagnons-là.

Mais au final, même si beaucoup de choses ont changé depuis cette expérience du début du XX siècle, autant de choses sont restées immuables. Le fait que c’est la vie elle-même à pousser vers la révolte semble être quelque chose d’assez clair, là où la rage et la violence sont les seuls langages que l’on puisse utiliser contre la cruauté de la répression étatique et économique. C’est indéniable que l’institution carcérale elle-même, faite de privation de la liberté et d’humiliation, d’infantilisation et de torture, pousse à se révolter. C’est indéniable que les Centres de rétention administrative pour sans-papiers, crées pour enfermer et déshumaniser les indésirables de la société, poussent à se révolter. C’est indéniable que le nucléaire, le contrôle technologique, les infrastructures de l’énergie, faits pour alimenter un monde de marchandises mortifère et totalisant, poussent à se révolter.

Il suffit de s’en apercevoir, de compter sur son propre corps et d’affiner ses idées. E si, dans l’horizon triste et étriqué du pouvoir, cela est un délit, pour ceux qui combattent l’autorité il s’agit de la vie.

Solidarité avec tous les anarchistes prisonniers.

Quelques beznachalies***

Bibliothèque anarchiste Disordine, Lecce
disordine@riseup.net
disordine.noblogs.org

(tract diffusé à Lecce le 8 juillet 2020)

 

Notes d’Attaque :

* Pavel Goldman, jeun ouvrier d’Ekaterinoslav, membre d’un groupe anarchiste adhérant à la fédération Chernoe Znamia (drapeau noir). En mai 1906, il est gravement blessé à une jambe par la bombe qu’il voulait lancer contre le train du ministre de Transports. Arrêté, il est libéré quelques mois plus tard par un groupe de compagnons, armes à la main. Quand la police trouve sa cachette, Golman tire sur les agents et en tue deux, avant de se suicider avec sa dernière balle. Source : « Anarchici di Bialystok, 1903-1908 », Edizioni Bandiera Nera.
** La katorga était le système de camps, généralement situés en Sibérie, où étaient envoyé les prisonniers condamnés à des peines particulièrement sévères, pendant le régime tsariste.
*** « Beznachalie » signifie, en russe, « sans autorité ». C’était aussi le nom d’une autre fédération de groupes anarchistes, proche de Chernoe Znamia et prônant, comme celle-ci, un combat à mort contre l’État et la bourgeoisie.

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