Madrid (Espagne) – La pandémie, c’est l’obéissance : reprenons la rue

La pandémie, c’est l’obéissance : reprenons la rue. Petite intervention dans les rues de Vallekas.

Indymedia Barcelona / mardi 9 juin 2020

Samedi dernier, le 6 juin, une trentaine de compagnons et de compagnonnes ont parcouru plusieurs rues du quartier de Vallekas, avec des nombreuses banderoles et le tract ci-dessous. Finalement, le tract a été lu dans le parc Amos Acero et il n’y a pas eu d’incident majeur avec les nombreux flics qui ont fini par quitter les lieux.

Car maintenant que l’État et le capitalisme redémarrent leurs processus d’exploitation et de domination, nous ne nous résignons pas à rester chez nous ou à demander une permission pour descendre dans la rue. Parce que la répression n’arrête pas la solidarité et la lutte, ni à Madrid ni ailleurs sur la planète, malgré l’État. La révolte est inarrêtable.

Parce qu’il y a mille et une raisons de se battre, restons attentifs à d’autres appels et faisons connaître la lutte contre ce système et ses misères.

La pandémie, c’est l’obéissance, reprenons la rue !

Vive l’anarchie !

La pandémie, c’est l’obéissance : reprenons la rue

La crise sanitaire que nous vivons a bouleversé le monde. En quelques semaines, nous avons vu comment les limites de nos vies, déjà précaires, ont été réduites aux marges d’action les plus étroites de notre histoire récente.
Le battage médiatique, qui a couvert toutes les nouvelles en direct, d’abord à l’étranger, puis dans notre pays, nous ont fait serrer le cœur. Il nous a rempli l’esprit d’images d’hôpitaux bondés, de l’impossibilité de contrôler la situation, de personnes âgées et de malades abandonnés à leur sort dans des maisons de retraite et des couloirs. Chaque jour, plus de personnes contaminées. Chaque jour, plus de morts.
Dans ce panorama, nous nous efforçons de retrouver cette normalité à laquelle nous aspirons tant, on a réussi à nous faire regretter nos anciennes conditions de vie, en oubliant que ces conditions étaient déjà suffisamment misérables pour détester cette normalité-là. Et personne ne remet en question les facteurs systémiques qui nous ont amenés ici. Parce que les vies que nous pensions avoir, avant, nous avaient déjà été enlevées, il y a longtemps.
Mais cette crise a mis en évidence la structure sociale, économique et politique qui permet de poursuivre une exploitation sans limites des personnes et du territoire. Une exploitation qui nous place en dessus des piliers d’un système qui nous écrase. Une exploitation qui nous réduit au simple rôle de consommateurs, dans des villes administrées et contrôlées par la bureaucratie, la technologie et la police. Une exploitation qui supprime toute spontanéité possible. Une exploitation qui réglemente, surveille, légifère, contrôle et sanctionne tout acte humain qui va au-delà de ce qui est permis.

Et, encore une fois, les riches : politiciens, entreprises, banques, grands propriétaires, agences immobilières, travaillent côte à côte pour perpétuer cet état de fait.

Si personne ne doute que ni Irene Montero [ministre, membre du parti de gauche Podemos ; NdAtt.] ni Santiago Abascal [président du parti d’extrême droite Vox ; NdAtt.] ne manqueront jamais d’un appareil respiratoire en cas de contagion, des milliers de personnes ont vécu la partie la plus dure de cette crise. Des mesures telles que le télétravail ont fait de nos foyers une extension de l’ancienne forme de notre soumission au travail, pendant que beaucoup d’autres ont mis leur santé en danger à cause de l’obligation de se rendre sur leur postes de travail. Les solutions pour les locataires qui ne pouvaient pas payer leurs loyers ont été l’endettement et le harcèlement, pendant que les expulsions locatives et d’espaces occupés ont continué. La liste des situations sanglantes et dégradantes est sans fin, car jamais auparavant ça a été aussi clair que la vie pour eux signifie la mort pour nous.

Mais comment pouvons-nous remettre en question cette situation, alors que nous vivons la crise sanitaire la plus importante dont on puisse se souvenir ? Nous n’essayons pas de minimiser l’importance du virus. Ne pas en tenir compte serait précisément légitimer les risques auxquels sont exposés les travailleurs qui se rendent chaque jour sur leurs lieux de travail.
Mais nous voulons faire comprendre que la crise était déjà là. La crise, c’est le capitalisme, et aujourd’hui nous voyons comment il s’intensifie et comment il se perpétue, avec une armée de militaires et de policiers dans les rues, pour veiller aux intérêts des riches. En Espagne, avec l’augmentation de la précarité imposée par cette crise, 15 000 personnes en moyenne ont été sanctionnées pour avoir enfreint le confinement, depuis le début de l’état d’urgence. Nous voulons réfléchir à la façon dont nous voulons vivre à partir de maintenant, et non à la façon dont nous pouvons survivre.
Et pour cela, il est clair que le véritable ennemi est celui de toujours.

C’est le pouvoir démocratique, ce sont les entreprises qui, par la nature même du système capitaliste, ne peuvent rien faire d’autre qu’exploiter, c’est la police qui réprime, c’est l’armée dans les rues, ce sont les prisons qui punissent et poursuivent la pauvreté qu’eux tous génèrent, ce sont les banques qui accumulent des profits tachés du sang de ceux qui tombent le long du chemin.

C’est pourquoi nous proposons qu’on s’en prenne à cet état des choses. C’est pourquoi nous sommes dans la rue aujourd’hui. Parce que ce sont eux qui pillent, battent, humilient, torturent et tuent, nous condamnant à la vie qu’ils nous forcent à vivre.
C’est pourquoi nous approuvons le pillage des supermarchés, les grèves des loyers, les squats, les émeutes dans les prisons, l’incendie des banques, les attaques contre les agences immobilières. C’est pourquoi nous luttons contre le fascisme, qui veut utiliser ces moments pour saisir de l’espace et prendre une part du gâteau.
Nous détestons la normalité et notre ancienne vie ne nous manque pas. Parce que notre vie d’avant était déjà une forme de mort.
Nous détestons le monde dans lequel nous vivons autant que l’amour que nous portons en nous pour en construire un nouveau.

Et puisque que nous détestons cette merde, nous sommes dans la rue pour la combattre, parce qu’il est clair que c’est la seule option réaliste qu’il nous reste.
Parce que la seule option possible est l’anarchie.

A BAS LES MURS DE TOUTES LES PRISONS !

Au cours de ces trois mois, la situation d’enfermement a été et est encore sur toutes les lèvres. Ceux d’entre nous qui sont à l’extérieur ont vécu les situations pénibles qui en découlent : l’angoisse de ne pas pouvoir voir qui nous voulons, la peur de la police, l’ennui, la monotonie et les conversations fastidieuses auxquelles nous ne pouvons pas échapper, les jours et les nuits qui se suivent tous pareils…

Compte tenu de toutes ces angoisses liées à l’enfermement, on se demande comment la prison peut être utilisée pour la réinsertion sociale. C’est le premier mensonge que nous voulons démentir aujourd’hui : la prison est un instrument de torture et de punition, elle ne réinsère pas les gens, elle les détruit. Le deuxième mensonge que nous rencontrons est le suivant : qu’en est-il de la réinsertion sociale ? Ce ne serait pas plutôt la société qui ne fonctionne pas, qui doit être changée et non les personnes qui y vivent ? Ce ne serait pas que nous vivions dans un système injuste et que la prison soit utilisée pour cacher cette réalité ?

Pour nous, c’est clair : la prison sert à enfermer les pauvres, à faire taire les voix des déshérité.e.s et à punir la dissidence sociale, et c’est pourquoi, en un jour comme aujourd’hui, nous sommes venu.e.s donner la parole aux compas emprisonne.e.s. La parole de celles/ceux pour qui l’enfermement fait partie du quotidien, ceux/celles pour qui le silence et l’isolement sont le lot de chaque jour. Nous, qui occupons aujourd’hui les rues, sommes venu.e.s amplifier le cri de celles/ceux qui, malgré l’enfermement, l’isolement, la torture, le manque de soins médicaux, la peur, la soumission et la punition, continuent de se battre pour leur dignité.

Nous sommes venus pour qu’on se souvienne d’elles/eux, ainsi que de tou.te.s celles/ceux qui ne sont plus ici, pour qu’ils/elles sachent que la lutte continue et qu’elles/ils nous inspirent, avec leurs actions, à continuer, jour après jour. Mais pas seulement ; nous sommes ici aussi parce que nous en avons assez du capitalisme et de son meilleur ami, l’État, qui nous mènent en bateau avec l’histoire de la société pacifique et de l’État social.

Nous n’allons plus légitimer ces conneries et, de même, nous allons affronter ce monstre immense qu’est la prison et qui, grâce à notre force, deviendra tout petit.

A bas les murs et vive l’anarchie !

CONTRE LA NUMÉRISATION DE NOS VIES

Le développement de la science cybernétique, au milieu du siècle dernier, a façonné le monde selon la logique du système techno-scientifique et elle a numérisé tous les aspects de notre vie. Ce processus de virtualisation s’accélère à cause de la crise sanitaire de Covid-19 ; cela signifie la transformation du capitalisme industriel en capitalisme numérique.

Une fois dépossédés de notre communauté, de nos liens, le système numérise chaque activité de notre vie, non seulement pour maximiser les profits, mais pour nous rendre totalement dépendants du monde-machine où chacun de nos mouvements est mécanisé et pris en charge par la technologie. Cet isolement social produit par le monde-machine annule l’individu, car il configure ses expériences, ses désirs, ses capacités, etc. Sa façon de voir et d’agir dans le monde s’inscrit dans la logique capitaliste. Les multiples dimensions de la réalité sont réduites au monde virtuel. L’extension du télétravail, par lequel les possibilités de résistance des travailleurs sont réduites, l’extension de l’école numérique, qui entraînera une augmentation des problèmes cognitifs et relationnels chez les enfants, l’extension de la télémédecine dirigée par des algorithmes.
Tout cela signifie la déshumanisation de nos activités et configure un monde techno-totalitaire. De même, l’accélération de l’Intelligence artificielle et des systèmes de Big data signifie une augmentation significative du contrôle social sur nos vies, puisque nos mouvements (virtuels et réels) sont observés et surveillés, notre espace sera rempli de milliers de caméras, d’antennes, de capteurs, de drones et d’autres dispositifs qui donneront naissance à la société de surveillance. La dévastation écologique nécessaire à la numérisation du monde entraînera de grandes catastrophes (qui, en fait, elles se produisent déjà) ; l’extraction de matériaux, la fabrication et la distribution des appareils transforment le monde en une décharge chimique ; la quantité d’énergie nécessaire à maintenir ce système entraîne une accélération du changement climatique, en bref, elle contribue clairement à la dévastation.
Lutter pour une liberté qui ne rentre pas dans leurs calculs rationnels signifie refuser le contrôle techno-scientifique sur nos vies et s’opposer à ceux qui veulent artificialiser chaque aspect de nos vies.

Mort au progrès et vive l’anarchie !

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