Mort à la démocratie : Directe ou pas, c’est la même frange à caca !

Indymedia Nantes / samedi 7 septembre 2019

Aaaaah, ça m’énerve ! Pourquoi faut-il toujours que les gens ramènent ce vieux truc ? Pourquoi faut-il toujouuurs qu’ils s’y rattachent comme si rien, vraiment rien d’autre n’existait ? Mais encore si ce n’était que ça ! Si ce n’était qu’un vieux brol fossilisé ? Un machin un peu rance, un peu poussiéreux mais inoffensif ? Sauf que pas du tout ! On parle bien d’une sacrée merde, d’une fameuse gangrène, du mode de domination universel sous nos latitudes, j’ai nommé : la démocratie !

Dans les camps militants, les centres sociaux occupés, les mouvements d’opposition à l’austérité, on voit des anarchistes prendre part, mettre en place et même promouvoir des pratiques démocratiques. On voit des orgas anarchistes diffuser des autocollants « pour la démocratie directe » ou des anarcho-stars comme David Graeber chanter ses louanges et s’émerveiller de son instauration dans les plaines du Rojava. Récemment, lors d’un débat j’entendais enfin quelqu’un s’offusquer qu’on utilise le mot « démocratie » dans un sens positif alors que pour lui, c’est plutôt quelque chose à attaquer… vous auriez vu les gueules de certains dans l’assistance…

Les mouvements récents comme les 15M ou Nuit Debout, reproduisent les structures autoritaires en « jouant à la démocratie ». Ils pataugent dans des bacs à sable où ils expérimentent les institutions de demain. Assemblées, commissions, motions, délégués, porte-paroles… dessinent une parodie du système en place. Se rendent-ils compte que reproduire les codes de l’État, c’est ouvrir grand la porte à la récupération ? Que c’est lui offrir des petits leaders et des embryons d’institutions pour renouveler son paysage politique ? Critiquer la démocratie, ce n’est donc pas une question de pureté théorique. C’est une nécessité si on ne veut pas s’égarer sur la voie de la compromission avec le pouvoir. J’essaierai donc de m’attaquer à la démocratie, représentation bien sûr, mais directe aussi.

¡ DEMOCRACIA REAL, YA BASTA !

Bien sûr, s’organiser de façon démocratique, partir d’un principe égalitaire, vaut bien mieux que d’un principe autocratique ou élitiste, là n’est pas la question. Le problème de la démocratie, c’est que c’est une forme de gouvernement : elle suppose de faire régner un ordre, d’imposer certaines décision, de faire respecter certains principes – par la force s’il le faut.

En réalité, les volontés individuelles sont multiples, elles partent dans tous les sens – ce qui a le don d’exciter les maniaques de l’ordre. Ce n’est que dans la méthode pour leur donner une direction commune, pour les écraser, que les régimes autoritaires et démocratiques se différencient. Démocratie et anarchie sont donc tout bonnement irréconciliables. Gavés toute notre vie de propagande démocrate il nous faut faire l’effort de voir l’opposition nette entre oppression et liberté.

S’organiser, c’est faire des choix qui sont autant de prises de position. Il me semble que l’exigence de cohérence entre théorie et pratique est une des plus grandes richesses de l’anarchisme. Quel sens aurait notre lutte si nous reproduisons déjà les cadres autoritaires dans nos façons de faire ?

Les assemblées générales, les tours de parole, la modération, l’empowerment, etc. sont autant de techniques expérimentées dans les lieux alternatifs qui se veulent démocratiques. Dans une certaine mesure, elles permettent de sortir de l’isolement, de l’aliénation, de se mettre en mouvement contre ce qui nous opprime. Mais il faut bien se rendre compte que s’organiser sous forme de parti permet aussi tout cela. Seulement, si la plupart des anarchistes sont bien conscients que le parti reproduit par ailleurs toute une série de merdes imbuvables, qui se permet de remettre en question l’organisation démocratique aujourd’hui ?

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Les AG, qu’on y décide par majorité ou consensus, sont conçues comme des moments particuliers, codifiés. Or, séparer chaque partie de la vie, distinguer la vie quotidienne de la politique, la politique de l’économie, séparer travail et loisirs, c’est la première étape pour (faire) accepter des saloperies autoritaires.

On n’imagine pas les Cro-Magnons appeler une AG après l’occupation d’une grotte, vanter les mérites du marché libre pour l’échange de gourdins, ni tenter de fabriquer une carte à pointer les heures de chasse. Nous sommes généralement fiers d’être plus « évolués » que nos ancêtres en peaux de bête, mais c’est parce que nous refusons de voir que nos « progrès » sont teintés de sang, marqués par la domination. « Nos » institutions permettent en réalité aux dominants de maintenir leur position, légalement ou moins légalement.

« La politique est l’art de la séparation. Là où la vie a perdu sa plénitude, où la pensée et l’action des individus ont été sélectionnées, cataloguées et enfermées dans des sphères séparées, là commence la politique. Ayant éloigné certaines activités des individus (la discussion, le conflit, la décision en commun, l’accord) en une zone en soi qu’elle prétend gouverner, forte de son indépendance, la politique est en même temps séparation parmi les séparations et gestion hiérarchique du cloisonnement.

Elle se révèle ainsi comme une spécialisation, contrainte à transformer le problème en suspens de sa propre fonction en un présupposé nécessaire pour résoudre tous les problèmes. C’est justement pour cela que le rôle des professionnels de la politique est indiscutable – et la seule chose qu’on nous laisse faire c’est les substituer, en changer de temps en temps. Chaque fois que les subversifs acceptent de séparer les différents moments de la vie et pour changer, en partant de cette séparation, les conditions données, ils deviennent les meilleurs alliés de l’ordre du monde. C’est justement parce qu’elle aspire à être une sorte de condition première de la vie que la politique insuffle partout son haleine mortifère. » [Dix coups de poignard à la politique]

Démocratie par ci, démocratie par là, au parlement comme en place publique, à l’école comme en entreprise… Une fois synonyme de « pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple », une autre fois simplement de « ce qui est bien » ; d’« état de droit » ou de « droit de vote » ; de liberté ou d’égalité ; de ceci ou de cela ; la démocratie est partout, elle est TOUT.

A force de surcharger ce mot de signification, il gonfle tant qu’il en devient creux. Son sens s’envole et dérive au gré du vent. Mais quelque part, son vide, c’est sa force. Prétendument valeur fondamentale de nos sociétés, universellement partagée, elle permet à chacun de l’investir d’une foi toute personnelle, de la charger du sens qui lui convient. Chacun pour soi et la démocratie pour tous ! Ah, c’est sûr, ça facilite le consensus !

Puis, quand on sait que c’est en son nom que les armées démocratiques bombardent les pauvres mal disciplinés de latitudes inférieures, quand même, on se dit que le foutage de gueule, c’est une ressource phénoménale !

Pour y voir clair, prenons la peine de faire un brin d’étymologie et examinons le mot « démocratie » : demos et kratos, littéralement, le pouvoir au peuple. Mais de quel peuple on parle ? Qu’est ce qui définit un peuple ? Qui en fait partie ou non ? Et sur quelle base ? Les démocraties supposent l’existence d’une forme de citoyenneté exclusive. Il y a ceux qui font partie du « club » (les citoyens), et ceux qui en sont exclus (les étrangers). Les uns comme les autres n’existent pas d’emblée : ils sont produits par l’État et ses politiques d’inclusion/exclusion. L’école, la famille, les services sociaux sont chargés de forger de braves petits sujets de l’État. De l’autre côté, la police, l’armée, Frontex répriment les dissidents et maintiennent l’intégrité territoriale contre les envahisseurs. Entre-temps, les naufragés de la démocratie s’entassent au fond du grand cimetière méditerranéen.

La deuxième partie de notre mot, kratos, est encore plus à gerber. Kratos, c’est le pouvoir, mais pas le pouvoir dans le sens de capacité à faire les choses, non, le pouvoir qui impose, celui qui fait respecter les décisions et autres décrets. Dans la mythologie grecque, Kratos est le Titan qui enchaîna Prométhée à un rocher lorsque celui-ci s’empara du feu sur le Mont Olympe pour le donner aux hommes et ainsi les rendre égaux aux dieux. S’il y a une figure à laquelle les anarchistes peuvent s’identifier dans la mythologie grecque, c’est Prométhée – il représente la savoir, la volonté, il ne respecte pas l’autorité des dieux (puis, bon, le feu…). Kratos, c’est tout le contraire, non seulement c’est le pouvoir, mais c’est le pouvoir dans sa forme brute et stupide, du genre « je ne fais que suivre les ordre ». En gros c’est l’État dans tout ce qu’il a de répressif et que la démocratie partage avec l’autocratie, l’aristocratie ou tout autre système l’ayant précédé – comme la Justice, la police ou l’armée.

Il y a quelque temps, en France, on a vu un banquier sortir de son coffre fort, être bombardé ministre de l’économie, fonder un parti de toute pièce se mettre tous les gros médias dans la poche, et sortir en tête du premier tour des présidentielles. C’est déjà incroyable mais l’histoire ne s’arrête pas là. Au deuxième tour, le voilà confronté à la progéniture du Diable en personne : Le Pen Jr. Autant dire que royale sera la voie vers l’Élysée : Il n’y aura que lui, c’est du tout cuit. Et pourtant, le peuple de France n’est pas sûr de lui. Il ne semble ne pas se rendre compte de l’abomination à laquelle le preux chevalier Macron doit faire place. Et seule une minorité (40%) se déplace pour lui prêter allégeance. Sauf que le lendemain, la presse, qui ne nous prend pas pour des cons, annonce 66% en faveur de Macron : Sonnons le clairon ! Abstentionnistes, non-inscrits, indécis… laissons tous ces moucherons sur le perron ! Dans ses comptes, l’État s’est simplement débarrassé de l’encombrant fardeau de tous ces inutiles. L’alchimie électorale a su transmuter un parfait inconnu en candidat à 20 puis à 40%, et finalement en président disposant d’une majorité. L’exemple est peut-être extrême. Mais c’est dans le principe même des élections à deux tours – ou en Belgique, des coalitions – de fabriquer de la légitimité. Généralement, aucun candidat, aucun parti ne convainc directement la plupart des citoyens. Mais la mécanique électorale permet qu’au final, suite à quelques péripéties relayées frénétiquement par les médias, le gouvernement se retrouve avec une majorité derrière lui. Et grâce à ces tours de passe-passe, tu auras beau te plaindre de la situation sociale, il y aura toujours un réac pour te rappeler que ton avis, c’est bien beau, mais que le peuple a tranché. C’est ainsi qu’on comprend que les élections sont une technologie de pouvoir. Une machine à légitimer l’enflure qui occupera le trône de France pendant les cinq prochaines années. L’élection, c’est le droit divin de ce début de XXIe siècle.

Et si les AG, c’était pas si différent ? La démocratie « réelle » ou « directe » que les anarcho-démocrates appellent de leurs vœux pourrait bien ne pas être beaucoup plus reluisante. Car tout comme les élections de la démocratie représentative, les AG de la démocratie directe visent à légitimer un certain pouvoir.

La démocratie directe a elle aussi ses gardes fous, ses « droits de l’homme » inaliénables. Ses droits de veto. Ses codes. Ses interdictions. Ses prérogatives de minorité discriminée.

L’une comme l’autre limitent ma liberté. Les deux permettent qu’un petit flic, payé ou non, en uniforme ou non, vienne me dire : « La loi belge/la charte du lieu ne permet pas cela ».

Alors, oui ! Comme la démocratie bourgeoise est plus douce que la dictature, la démocratie directe pourrait bien être préférable à la démocratie bourgeoise. Elle permettrait probablement plus de marge de manœuvre, plus de libertés et d’autonomie. Elle offre plus d’outils contre les dominations. Plus d’espace pour ceux qui ne rentrent pas dans les cases. Et si la charte de tel lieu ne me plaît pas, pourquoi ne pas aller fonder mon propre lieu ailleurs ?

Seulement, de la même façon que les élections ne changent rien mais ne font qu’entériner le rapport de force déjà présent, j’ai bien l’impression que les assemblées militantes remplissent grosso modo le même rôle. Les personnes vont user de ruses, de rhétoriques, de manipulations, etc. pour faire passer en assemblée ce qui a été déterminé ailleurs, de façon plus informelle. L’AG, comme les élections, sert donc de processus de légitimation.

C’est tout ce côté cinéma, tout ce jeu de rôle, ce spectacle, qui me gonfle. Je voudrais que les gens AGISSENT. Qu’ils discutent à l’occasion ou quand c’est nécessaire. Mais qu’ils assument leurs actes, leurs décisions en leur nom propre et ne se retranchent pas derrière une quelconque instance démocratique.

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Dénoncer l’oligarchie, accuser le système de ne pas être assez participatif… Voilà bien une ornière dans laquelle se vautrent comme des moutons les critiques en carton. Bien sûr, ils sont bien peu à prendre les décisions. M’enfin quel angle d’attaque inoffensif ! L’État parle déjà tout le temps de se démocratiser, de se rendre plus participatif ! Souvent c’est fort timide, voire carrément de l’embrouille. Mais imaginons qu’ils mettent en place des moyens techniques pour que chaque décision du gouvernement puisse être soumise au vote de la toute la population, à l’aide de smartphones par exemple. On comprend bien la force de légitimation qu’aurait un tel système. Ce serait une forme de totalitarisme démocratique.

La première question à nous poser est : devons nous décider tous ensemble, de tout, toujours ? Pourquoi imposer une telle homogénéité ? Ça ne peut mener qu’au plus petit dénominateur commun, à une réduction drastique de la diversité et des possibilités de liberté.

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Enfin, il y a comme un goût de religieux au royaume prétendument laïque de la démocratie. La critiquer, c’est violer un tabou, c’est blasphémer, c’est profaner ses limites. Païen ! Montre-toi pieux envers les institutions démocratiques ! Adore ses icônes citoyennes ! Respecte ses rites électoraux ! Tu refuses de voir la Lumière ? Serais-tu un de ces adorateurs d’Hitler ? Un idolâtre de Staline peut-être ? Vade retro !

Cette dictature de la pensée permet de rejeter toute critique un minimum radicale. La démocratie n’est pourtant pas l’alpha et l’oméga de l’humanité. C’est le résultat de luttes, d’oppressions, de hasards. Un jour ou l’autre, cette prison de la pensée s’effondrera et on passera à autre chose, pour le meilleur ou pour le pire.

Que l’État chante ses propres louanges, ça ne devrait surprendre personne. Mais qu’on retrouve ce genre de sacralisation chez des gens en révolte, c’est plus inattendu. Il n’y a pas si longtemps, quelqu’un proposait dans un centre social que les conflits se règlent systématiquement en assemblée plutôt qu’en privé. Bien sûr, le privé peut être le refuge de relations de domination. Mais vouloir tout déléguer à l’AG, ça montre bien la fétichisation de l’assemblée, fantasmée comme le lieu de toutes les discussions, de toutes les décisions. Pourtant, quand je vais à une réunion, j’aimerais au contraire n’y discuter que des points pour lesquels je me suis joint à d’autres personnes, je n’ai pas besoin de mettre mon nez dans toutes leurs affaires.

CAUSE TOUJOURS, TU M’INTÉRESSES

Pour que vive la démocratie, toute graine d’insurrection doit être tuée dans l’œuf. T’insurger ? N’y pense même pas ! Sois plutôt un « citoyen » ! Nul besoin de te révolter dans la violence, viens, discutons plutôt ! Communiquons ! Délibérons ! Mais sache que si tu acceptes de jouer le jeu, une étape essentielle est franchie : tu intègres le code fondamental de la démocratie. A la limite, « indigné » que tu es, tu oseras taper du poing sur la table des négociations, mais tu finiras bien par te rasseoir et t’excuser de t’être ainsi emporté. De cette manière, les tensions sont canalisées, les aspérités limées, les possibilités bloquées. Ton individualité s’homogénéise avec celle des autres, et toutes se diluent dans le peuple [1].

L’instauration (et la reproduction continue) de la démocratie parlementaire permet d’évacuer la question sociale. La division entres classes est rendue invisible par la fable de l’unité nationale. Évaporation de la domination d’une sur l’autre, puisque « nous » sommes tous des citoyens, égaux devant la loi, pouvant – devant ! – participer aux affaires communes. Aucun conflit n’est réellement indépassable, on peut simplement s’en remettre à l’autorité de l’État et à son juste arbitrage. Alors pourquoi s’évertuer à se confronter dans la violence ?

Pour se maintenir, la démocratie doit absolument supprimer toute incompatibilité fondamentale. Voilà pourquoi islamistes, communistes, anarchistes et autres excentriques sont indiscernement pointés comme « terroristes » : ils refusent les fondements de nos sociétés libérales, ils s’écartent un peu trop sérieusement du débat « acceptable ». Sous son vernis généreux et ouvert, la démocratie doit purement et simplement supprimer de telles tendances, car elles menacent de l’exposer dans toute son étroitesse.

La démocratie vise à normaliser les conduites, les façons d’être, de faire. Nous sommes invités à voter plutôt qu’à renverser, à participer plutôt qu’à attaquer, à discuter plutôt qu’à frapper, à concilier plutôt qu’à s’opposer. L’État doit maintenir la paix civile, éviter à tout prix la violence insurrectionnelle. Mais il n’a pas le monopole de ces techniques de contrôle. Nombre d’associations locales, de syndicalistes, de militants de gôche se chargent de la sale besogne à sa place.

Et encore une fois, les « radicaux » ne sont pas en reste. C’est encore nos conduites qu’on façonne lorsqu’on accepte de lever la main avant de s’exprimer, de se soumettre au modérateur, de respecter le tour de parole, les décisions de l’AG du mois passé, la « modération québecoise », l’usage de termes certifiés politiquement corrects, etc. De nouveau, je ne tiens pas à pointer tout ça comme forcément inacceptable en tout circonstance. Mais cette tendance à vouloir instaurer toutes ces techniques comme immuables, à les institutionnaliser : ça me débecte.

De plus, dès qu’on sort un peu du cadre, on entend des « oui mais attention à notre image », « oui mais attention à ne pas mettre en danger les plus faibles d’entre nous », « oui mais c’est aux premiers concernés à prendre l’initiative », « oui mais le moment n’est pas encore venu » etc. Bien réfléchir avant de se lancer dans l’action, je ne peux qu’applaudir ! Mais ces discussions interminables ne produisent que discours, arguments et contre-arguments, à la limite synthèses ou prises de position. Mais en tout cas ces délibérations sans fin limitent l’initiative, surtout quand la pression à trouver un consensus guide des gens qui, en réalité, ne partagent que très peu – ce qui est souvent le cas lorsqu’on se regroupe pour lutter sur telle ou telle thématique sans plus d’affinité que ça.

Alors qu’un blocage ou un sabotage, une grève ou une occupation, requièrent la participation active et déterminée de personnes en lutte, l’assemblée générale relève de la même passivité que les élections officielles. On peut « décider » d’une manif, d’une grève ou d’une occupation, mais on ne la rend réelle qu’en y prenant part. Et pour se mettre en grève ou pour attaquer, pourquoi devrait-on demander une autorisation préalable ?

Petite parenthèse/hypothèse gratuite : On pourrait interpréter l’émergence de certains groupes non-mixtes (femmes, TPG, racisés…) dans ce même contexte de pacification/homogénéisation. Les AG qui regroupent « tout le monde » évacuent les différences, les particularités, les individualités. Une façon de réagir à cet écrasement par la majorité est de remettre en avant les caractères « invisibilisés », les intérêts propres de certains groupes ou « minorités marginalisées ». On voit bien comment la base de l’AG, s’inscrivant dans la logique de la politique, entraîne son flot de conséquences politiciennes : ses logiques de pouvoir/contre-pouvoir, de représentation, de droits et autres. C’est tout cet imbroglio, ce fatras, que j’aimerais balancer. Adopter l’action directe pour se délester de la politique de la représentation – que ce soit l’assemblée qui entérine les décisions de sa sous-section non-mixte ou l’État qui brandit le drapeau arc-en-ciel sur ses mairies au passage de la gay pride.

DÉPASSEMENT

On entend souvent que la démocratie serait le moins mauvais des systèmes. Mais qui veut d’un n-ième moindre mal ? Qui réclame cette douce torture, cet écartèlement sous sédatif ? Moi, je veux la liberté pleine et entière. Que personne, quelle que soit son étiquette, ne puisse m’embrouiller d’une quelconque manière pour pourrir mes désirs.

Je ne veux plus de porte-paroles et de groupe de comm’, personne pour prétendre parler au nom du groupe ou du centre social, du mouvement, de la zad… Je veux pouvoir prendre mes responsabilités, parler en mon nom propre.

Je veux rejeter tout fétichisme de la forme (assemblée comme ci, modération comme ça…) pour maintenir le lien constant entre théorie et action, entre éthique et lutte. Je veux mettre en place des formes d’organisation qui correspondent à mes besoins, mes désirs, mes convictions. Rejeter tout programme, tout plan d’architecte pour la construction d’un monde à venir. Remettre en question régulièrement, questionner mes modes d’organisation.

Je ne veux pas de négociations, de tergiversations à n’en plus finir avec des gens qui en fait, ne partagent pas ma révolte. Je refuse de me laisser normaliser par des conventions, même gauchistes, même « bienveillantes ».

Je veux partir de l’individu, de moi-même. Chercher des complices, des affinités. Trouver avec qui ça résonne, monter des projets ensemble, les abandonner ou les transformer quand ils ne nous conviennent plus. Ne pas me jeter avec plein de gens dans un même espace et forcer le consensus. Assumer le désaccord. Agir différemment sans que forcément, on entre dans l?e mépris? ou la compétition. Accepter la diversité mais aussi savoir rompre quand les positions sont inconciliables.

[De la revue apériodique Attak Attak]

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