Hambourg (Allemagne) : Les cœurs brûlants ne se laissent pas enfermer

Parkbanksolidarity / vendredi 6 septembre 2019

Liberté pour les trois de la Parkbank

Dans la nuit du 8 juillet 2019, trois de nos compas et ami.e.s ont été interpellé.e.s lors qu’ils/elles étaient sur un banc public. La même nuit, plusieurs perquisitions ont eu lieu dans différents quartiers de Hambourg ; certaines personnes ont été sorties de leurs lits par des flics armés. Selon le bureau du Procureur général, les trois sont soupçonné.e.s de vouloir causer un incendie criminel. Le 9 juillet, les trois ont été déféré.e.s devant un juge. Pour deux d’entre eux/elles, il y a eu la détention préventive, tandis que le mandat d’arrêt de la troisième personne a été suspendu sous certaines conditions (elle doit pointer une fois par semaine et ne peut pas quitter le pays) et elle est dehors depuis. Un autre audience du Juge des libertés et de la détention, demandée par la défense, deux semaines plus tard, a été annulée. Il n’y a pas d’autre date prévue pour l’instant .

Magdeburg – fin juillet

A l’heure actuelle, l’ADN des deux prisonniers a été prélevé, à des fins de comparaison. La personne dehors n’a pas dû donner son ADN, parce que les traces présumées qui ont été trouvées sont d’un ADN masculin.

Les deux détenus vont bien, compte tenu des circonstances. Puisque les flics du LKA [Landeskriminalamt, un peu comme la police judiciaire française, propre à chaque Land allemand ; NdAtt.] sont présents à chaque parloir, celles-ci ont lieu deux fois par mois, pendant une heure, et dépendent du calendriers du LKA. Leurs appels téléphoniques (1 heures par mois) et leurs lettres aussi sont surveillés, écoutés et lus par le LKA, par l’administration de la prison et par le bureau du Procureur général. Par conséquent, il n’y a jamais un moment de communication privée entre les deux et leurs ami.e.s ou leurs familles. Il est clair ce que la prison est censée faire d’eux – mais ils gardent la tête haute et ont des contacts solidaires avec des codétenus.

La troisième personne se porte bien elle aussi, compte tenu des circonstances. Toutes les expressions de solidarité, venant d’ici ou d’ailleurs, lui donnent de l’énergie et de la force pour endurer toute cette merde.

Même si elle n’est pas en prison, le fait de sortir sous conditions est aussi une forme de privation de liberté. En particulier, l’obligation de pointer chez les flics leur donne une sorte de possibilité de disposer du corps d’une personne. Toutes les mesures coercitives, comme le bracelet électronique, l’assignation à résidence ou l’obligation de pointage, sont des instruments de l’État pour montrer clairement que l’on n’échappe pas à ce système et que, en apparence, l’on est à sa merci.

Quant à eux, la presse et les flics font toujours le lien entre l’accusation contre les trois et le sommet du G20. Il faut dire ici clair et net qu’il s’agit d’une construction des organes répressifs. Pourtant, on ne peut pas considérer l’arrestation et l’incarcération préventive des compas sans tenir compte de la situation particulière qui a suivi le G20 de Hambourg et l’ambiance actuelle dans la ville. Après la défaite concrète de la police, dans la rue, lors de ces jours de juillet 2017, a suivi une contre-attaque médiatique et officielle, de la part des politiciens et de la police, sous la forme de plusieurs enquêtes publiques, de la création de la cellule de la police chargée d’enquêter sur le black bloc, etc., ce qui ouvre la voie à une campagne de dénigrement politique et juridique. Afin de rendre possibles et de mettre en œuvre les « jugements sévères » exigés par les politiciens, ils créent à dessein un climat de division, de dépolitisation et de délation.

Les autorités chargées de la sécurité de l’État et les services d’enquête disposent à la fois de fonds supplémentaires et d’une grande marge de manœuvre pour passer au crible et pour attaquer les structures radicales présentes en la ville. Observations, vidéosurveillance, logiciels de reconnaissance faciale… cette liste pourrait être poursuivie longtemps. Et nous devons partir du principe que ces méthodes sont à nouveau utilisé en ce moment.

Cette description de la situation ne doit pas être interprétée, à tort, comme une complainte. Si nous menons des luttes et des mobilisations couronnées de succès, il y aura toujours une réaction de la part de l’État. Cependant, le besoin de vengeance de l’État est toujours là et il ne répond pas seulement à des actes (présumés) ; les enquêtes et la répression de tout mouvement antagoniste, ainsi que la criminalisation des idées libertaires se poursuivent toujours. Il y a donc des procès qui continuent et d’autres détenus – comme le « processus de la Elbchaussee » [pour un épisode des émeutes qui ont eu lieu lors du G20 de Hambourg ; NdAtt.], ainsi que le gros procès, annoncé pour la fin de l’année, contre les camarades du Rondenbarg-Komplexe [un autre moment de ces journées-là ; NdAtt.]. Montrez votre solidarité et ne laissez pas les accusé.e.s seul.e.s, aussi dans ces cas-là !

Cette situation post-G20 est entourée par une ambiance autoritaire et par un glissement vers la droite en toute Europe. Enfermement à l’extérieur et répression à l’intérieur, l’appel de plus en plus fort pour le « law and order », des lois spéciales comme la nouvelle loi de police des Land, des camps pour l’internement des réfugié.e.s, la militarisation de la société… tout cela rend nos luttes de plus en plus urgentes. Alors ne perdons pas le courage ! Nous nous retrouverons là où la résistance défie l’ordre dominant !

La lutte contre les prisons et le système pénitentiaire ne peut être considérée séparément de la question sociale. Non plus séparément de la logique sociale, qui se fonde sur la domination et l’autorité, sur la discrimination, la concurrence, l’exploitation et l’injustice. La prison est l’un des nombreux éléments plus ou moins clairs et perceptibles d’un système de structures de domination qui se soutiennent, se conditionnent et se légitiment mutuellement. Il en découle donc une logique qui fait que la majorité des détenu.e.s sont des personnes pauvres et/ou non blanches.

Les lois et les règles, adoptées par une minorité pour le reste du monde, prétendent dicter ce qui est faux et ce qui est juste, qui et quoi protéger, ainsi que celles/ceux qui doivent être puni.e.s. Selon la logique de l’État, il faut se soumettre à ces normes.

Ça nous est égal que les trois compas, ou d’autres prisonnier.e.s, soient considérés « coupables » par les sbires de l’État. Ce que nous savons, c’est que les dirigeants du monde entier ont toujours envoyé des personnes en prison à cause de leurs idées. Les personnes qui se trouvent sur leur chemin parce que désagréables, inadaptés ou antagonistes, qui s’opposent à ce système et celles qui entravent et dénoncent leur soif de pouvoir.

Les prisons fonctionnent à plusieurs niveaux. D’une part, elles devraient servir d’exemple dissuasif pour l’extérieur et, au même temps, montrer le « succès » de l’État dans la lutte contre ses ennemi.e.s. De l’autre côté (des murs), la taule doit briser les individus, les rendre obéissants et dociles ou simplement les enterrer vivants, si besoin. Par conséquent, elle devient la copie conforme de la normalité : la cellule s’appelle alors « espace de détention » et la promenade « heure libre ». Il fait masquer ici le fait qu’il s’agit de l’exercice direct de la domination : cette cellule où on est enfermé.e.s 23 heures, à tourner en rond. En plus de ces fonctions de garantie de l’autorité, la prisons sert aussi, dans la même mesure, les intérêts du profit capitaliste. Ainsi, par exemple, en prison on produit à bon marché en exploitant les prisonniers et cela est présenté comme « ré-socialisation ». Mais l’augmentation rapide du nombre de nouvelles institutions d’enfermement, que ce soit, pour rester près d’ici, l’expansion de la « zone d’attente pour sans-papiers» de l’aéroport de Hambourg, où la prison pour sans-papiers prévue à Glücksstadt ou encore à la nouvelle prison pour jeunes en annexe à la prison déjà existante à Billwerder, légitime de plus en plus de prisonniers. Cela permet notamment de maximiser le profit et la domination et va de pair avec l’expansion du contrôle social, qui s’effectue principalement par l’intermédiaire du développement de la technologie.

Une chose est claire : les prisons ne rendent pas les gens meilleurs. Elles ne contribuent pas à résoudre les conflits et les problèmes sociaux. Nous sommes bien conscient.e.s que la destruction et la disparition de ces personnes ne signifie pas l’absence de conflit social. Nous serons forcé.e.s de nous affronter, aussi sur des sujets difficiles et durs. Mais c’est précisément cette confrontation et cette rencontre qui font partie d’une vie et d’un monde basés sur la liberté et la solidarité, plutôt que sur l’argent et le profit.

Cela nécessite l’auto-organisation au lieu des frontières et des voix électorales. Dans la tentative de mener une vie sans domination, mais autodéterminée, avec l’objectif de la liberté pour tou.te.s. Pour cela, nous avons besoin de relations nouvelles et différentes, libérées des contraintes et de la logique des dominant.e.s t des domin.é.s. Et nous disons clairement que non, nous n’avons pas de plan directeur. Mais nous nous préoccupons avant tout de l’élaboration commune de nos idées – et nous pensons que cela n’est pas un processus facile. Néanmoins, nous devons nous demander quelles attentes nous voulons vraiment satisfaire et ensuite nous battre pour les rendre possibles. Ce chemin est difficile et demande du courage, mais il porte peut-être aussi avec soi la découverte de nouvelles affinités.

Ce qui nous aide, ce sont la solidarité et l’entraide, à la place de la concurrence et de l’exclusion. L’objectif est un monde dans lequel peu importe la couleur de notre peau, notre sexe, d’où nous venons ou ce que nous possédons. Oui, nous rêvons et nous nous battons pour un autre monde, parce que nous ne voyons pas d’autre chemin possible et nous remarquons déjà maintenant, à petite échelle, quelle force nous pouvons déployer avec nos cœurs et notre passion pour la liberté, qui sont plus forts que leur répression.

La répression a toujours pour but d’effrayer, d’isoler, de paralyser et de séparer. Nous ne voulons pas faire semblant de ne pas avoir peur, comme si nos vies n’étaient pas touchées. Mais il n’y a pas que ça. Parce que le fait de faire face à toute cette merde signifie aussi, d’un autre côté, des moments de cohésion et de soutien d’où jaillit une force qu’on a jamais vu. Nous sommes plus proches l’un.e de l’autre, nous nous soutenons quand nous avons peur, nous rions ensemble, nous recevons du soutien depuis des milliers d’endroits et nous ne nous laissons pas réduire à l’impuissance. Nous restons en colère et combatif.ve.s. Et même s’ils manquent deux personnes à nos côtés, parfois de manière incroyable, elles sont toujours avec nous. Dans les choix que nous faisons et dans les luttes que nous continuons à mener. Ne pas les avoir avec nous crée un gros vide dans nos cœurs, les savoir en prison nous met incroyablement en colère. Ce qui nous met en colère, ce sont aussi les flics, qui se collent aux gens comme des mouches à merde, en essayant de rendre plus excitante leur vie pathétique, ennuyeuse et asservie, en nous observant. Que peuvent-ils voir ? Peut-être la solidarité incroyable, dont nous faisons partie, ainsi qu’une humanité qu’ils ont perdu depuis longtemps. Que ce soit les timbres qui nous sont offerts en cadeau au tabac lorsque le « vendeur » voit où est envoyée la lettre ou les nombreuses personnes qui, par des si différentes manières, nous offrent et nous expriment du soutien.

Les nouvelles, les salutations et les différents actes de solidarité qui nous sont parvenues nous ont souvent bouleversé.e. et nous ont toujours donné de la force. Cette solidarité nous a aidés au cours des premières semaines, souvent chaotiques, et nous a montré que nous ne sommes pas seul.e.s à nous battre. La solidarité signifie beaucoup de choses, mais aussi, toujours, l’attaque contre l’existant et la poursuite de luttes et des projets.

Nous envoyons une salutation aux compas qui ne peuvent pas être à nos côtés et leur assurons qu’ils/elles seront toujours avec nous. Nous ne sommes pas seul.e.s. Vous trois, vous n’êtes pas seul.e.s.

Une autre salutation va à tou.te. celles/ceux qui se trouvent dans des situations similaires, partout dans le monde, où que vous soyez !

Ils peuvent nous prendre nos ami.e.s, mais pas nos idées.
Feu à toutes les taules ! Liberté pour les trois de la Parkbank et pour tou.te.s le autres prisonnier.e.s !

Collectif de solidarité avec « les trois de la Parkbank »
parkbanksolidarity.blackblogs.org

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