Hambourg (Allemagne) : Le bruit des clefs et du métal

Lettre de l’un des compagnons emprisonnés à Hambourg

Parkbank Solidarity / vendredi 6 septembre 2019

Le bruit des clefs qui tintent, des charnières métalliques qui claquent les unes sur les autres, des serrures et des portes qui se verrouillent nous accompagne du le réveil, à 6h45 du matin, jusqu’à tard dans la nuit, quand les maton.ne.s font leurs rondes dans la cour, éclairée comme un stade. Il s’agit d’un bruit si omniprésent ici, qu’on a rapidement l’impression qu’une bande sonore industrielle tourne continuellement en boucle, en arrière-plan, et que, de temps en temps, elle devient plus calme ou plus forte.


Ici, quand les détenus travaillent, à un moment donné ils obtiennent « même » la clef de leur cellule. Une manœuvre qui a des fins de pacification, d’un cynisme qu’on peut guère surpasser. Comme beaucoup d’autres de ces agissement, qui vont dans le sens de la carotte et du bâton, cela fonctionne malheureusement très bien. Ça commence par des petites choses. Quand, par exemple, la cellule n’est plus appelée cellule mais « espace carcéral » ou, comme sur certains formulaires à remplir, « lieu de travail ». Cette logique est appliquée rigoureusement, ici. Ainsi, les sanctions habituelles, en dehors de la cellule de sûreté et du régime punitif, sont principalement l’annulation, par exemple, de l’« autorisation à travailler », de l’« autorisation à faire des achats » ou encore de l’« autorisation à louer une télévision avec abonnement à une chaîne », pour un prix élevé.

Je comprends que beaucoup de détenu.e.s désirent travailler, parce que c’est une possibilité de sortir de sa cellule ou de financer les achats nécessaires à la survie. Cependant, je pense qu’il est important de ne pas brouiller les frontières entre prisonnier.e.s et gardien.ne.s. Je trouve dommage que les maton.ne.s participent activement aux ainsi-dites « activités de loisirs ». De même, je n’aurai pas de conversations personnelles avec eux/elles juste parce que je suis obligé de partager un espace avec. Je ne suis pas ici de mon gré et elles/ils m’enferment une fois de plus chaque jours. Beaucoup trop souvent, j’entends dire ici : « Ils font seulement leur travail ». Ici, on ne peut pas être sur un pied d’égalité et je ne doit pas m’attendre à un traitement non hostile. Naturellement, il est trop épuisant et parfois dangereux de chercher en permanence un conflit ouvert avec le personnel pénitentiaire. Mais il est possible de limiter la communication aux nécessités techniques indispensables à la survie en ce lieu.

Comme partout, ici la responsabilité est déléguée, mais dans un lieu comme la prison, l’exercice permanent de la domination sur les autres personnes est très clairement visible. Quand, une fois de plus, un.e prisonnier.e.r se fait engueuler par un.e gardien.ne parce qu’il/elle doit poser une question très courante pour subvenir à sa (sur)vie ici. Quand une personne doit demander à nouveau, parce qu’elle n’a pas les connaissances linguistique pour comprendre les ordres, qui normalement sont donnés uniquement en allemand, rarement dans un anglais fantaisiste. Quand les gardien.ne.s deviennent alors agressif.ve.s et racistes, pour cacher leur propre ignorance. Quand les prisonnier.e.s sont escorté.e.s une fois par jour dans une cour pour y marcher en rond pendant une heure et ensuite enfermé.e.s dans leurs cellules pendant 23 heures.

Toutes les choses parfaitement normales et vitales, comme la stimulation mentale, le fait de voir des images, de pouvoir lire quelque chose, d’avoir une conversation avec une autre personne ou même simplement de recevoir des informations et des nouvelles du monde en dehors des murs, de savoir quelle heure il est, pour ceux qui n’ont pas de montre, sont présentées et traitées comme des privilèges dont la/le détenu.e devrait être reconnaissant.e.

Il n’y a aucune justification pour la prison, car même ceux/celles qui s’y trouvent à cause d’actes incompatibles avec une vie libre, ne changent pas ici. Chaque personne qui travaille à cette structure, que ce soit en tant que technicien.ne, médecin ou travailleur.euse social.e, apporte sa contribution au fonctionnement de l’ensemble, ferme la serrure derrière elle de sa propre main.

Un prisonnier
Hambourg, juillet 2019

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