Berlin (Allemagne) : Un message à nos compagnon.ne.s inconnu.e.s dans la jungle de la société prison

Insurrection News / jeudi 8 mars 2018

L’incendie de véhicules de sécurité privée à Berlin comme outil utile de communication.

En citant d’autres communiqués de revendication, nous rejoignons la proposition de se mettre en relation les un.e.s aux autres, afin de développer une mobilisation plus large des groupes combatifs en Europe, ainsi que de développer notre base théorique.

Nous reconnaissons vos mots à propos  de la solidarité et nous les partageons, quand le groupe Rouvikonas a écrit au sujet de l’attaque de l’ambassade de l’Arabie Saoudite à Athènes, le 19 décembre 2017 :

« En tant qu’anarchistes, nous savons que la seule réponse définitive se base sur la solidarité internationale entre les personnes opprimées, organisées et en lutte. Nous ne nous faisons pas d’illusion sur le fait que la solidarité, encore naissante, puisse renverser les plans des dirigeants globaux. Dans la situation actuelle, ce que nous pouvons atteindre c’est de mener des petites batailles, là où cela est possible, afin de saboter le processus de guerre qui est en cours. (Cela est nécessaire pour) préserver la conscience sociale, (afin) qu’elle soit utilisée dans le cas où l’enfer devienne inévitable ».

Des personnes à Rome ont exprimé nos pensées quand ils ont revendiqué, en tant que cellule Santiago Maldonado de la FAI/FRI, l’attaque explosive contre une caserne des Carabinieri dans le quartier de San Giovanni :

« Ceux et celles qui veulent rester à regarder, resteront à regarder. Ceux et celles qui ne veulent pas agir en se donnant des justifications politiques, continueront à ne pas agir. Nous n’attendons aucun train de l’espoir, nos n’attendons pas des temps mûrs. Les conditions changent grâce à la lutte. Le mouvement est mouvement s’il agit, faute de quoi il reste immobile. L’émancipation de l’individu vis-à-vis de l’autorité et de l’exploitation est faite par le premier concerné.

L’action directe destructrice est la réponse élémentaire face à la répression. Mais pas que. La praxis anarchiste est aussi une relance, une proposition qui va au-delà de la solidarité, brisant la spirale répression-action-répression. Les actions de solidarité sont importantes, mais nous ne pouvons pas nous enfermer dans la critique, bien que armée, d’une quelconque action répressive o d’un quelconque procès.

Frapper là où ils ne t’attendent pas. Aujourd’hui nous frappons au cœur de la capitale militarisée, pour défier les délires sécuritaires. Demain, qui sait, peut-être en banlieue, où vous ne vous l’imaginez pas. Ne pas laisser de trêve, mais en choisissant nous-mêmes ces moments. C’est depuis toujours le principe même de la guerilla métropolitaine.

Avec cette action nous lançons une campagne internationale d’attaque contre les hommes, les structures et les moyens de la répression. Chacun.e avec l’instrument qu’il/elle considère le plus approprié et, s’il/elle le désire, en participant au débat. »

Nous n’aimons pas uniquement parler de l’ennemi, mais aussi de nous, comme quelques compas, quand elles ont attaqué la gendarmerie de Meylan, en France :

« Parce que nous ne voulons pas rester dans la position de victimes dans laquelle la société voudrait nous placer en nous reconnaissant comme meufs. Victimes, parce que nous ne serions pas capable d’être autonomes, de nous défendre, de mener nos vies comme nous l’entendons. Nous serions des individues faibles, trop sensibles, soumises aux humeurs hormonales, dépendantes et fragiles. Nous aurions besoin de figures fortes pour nous en sortir, de médecins pour nous soigner, d’hommes pour nous épauler, d’enfants pour nous épanouir, de flics pour nous protéger.

On prépare nos revanches pour toutes les fois ou l’on s’est découragées en se persuadant que l’on était pas capables, qu’on avait pas les compétences, pas la force, pas les moyens, pour désamorcer cette logique qui nous fait repousser à toujours plus tard le moment d’exprimer nos colères et nos désirs.

Nous avons ciblé les voitures privées des flics, au détriment des quelques sérigraphiées, parce qu’on avait envie de s’attaquer plutôt aux individus qui portent les uniformes qu’à leur fonction, plutôt à leurs biens personnels qu’à leurs outils de travail. Nous pensons que les rôles existent parce qu’il y a des personnes pour les remplir. Si derrière l’uniforme il y a un humain, c’est à lui que nous avons cherché à nuire.

Nous sommes persuadées que nos limites sont à la fois mentales et sociales, qu’en endossant ces rôles, nous sommes nos propres flics.
Par l’organisation affinitaire, et par l’attaque, nous repoussons ces limites. »

Parfois il est nécessaire de définir le cadre dans lequel nous agissons, comme l’ont fait des anarchistes à Bar-le-Duc, quand ils ont dépensé beaucoup de rage et quelques flammes dans un parking d’Enedis :

« Ces derniers mois, plusieurs attaques contre ENEDIS ont été revendiquées, nous avons voulu y faire écho, ça nous a fait plaisir, et la nôtre est un clin d’oeil aux personnes qui se sont mises en jeu pour les faire.
Nous pensons qu’il n’y a pas besoin d’attendre d’être beaucoup et faire masse pour attaquer, qu’il est aussi possible de le faire a quelques un-e-s, les possibilités sont différentes, mais pas moins réjouissantes. Nous nous réjouissons des attaques récentes sur les antennes relais, qui ouvrent de nouvelles perspectives d’actions directes. »

Au petit matin du 6 mars, nous avons attaqué l’illusion de sécurité à Berlin. Même quand nous sommes peu nombreu-x-ses, nous pouvons nous organiser, au lieu d’attendre qu’une opportunité nous soit offerte par les soit-disant « organisateurs du mouvement », ou au lieu de simplement réagir à l’énième attaque des autorités. Nous pouvons agir et choisir nos occasions par nous-mêmes.

On nous dit tous les jours de rester silencieux.se.s, gouverné.e.s par l’État et ses institutions, qui sécurisent le monde capitaliste. Les gens se bourrent le crâne de conneries, tête baissée pour fixer leurs smartphones, juste pour regarder ailleurs quand un contrôleur demande les tickets dans un train, quand un flic est en train de dire à un SDF de partir de là où il a trouvé un peu de chaleur, quand les armes allemandes sont en train de tuer le peuple kurde dans la guerre génocidaire d’Erdogan. Pour l’instant nous avons ciblé des sociétés de sécurité, mais toute autre entreprise qui maintient les structures capitalistes et autoritaires peut être une cible. Chaque nuit peut être une nuit d’attaque.

Nous avons incendié des voitures de Bosch et de Tyco à Berlin-Pankow. Bosch est une entreprise de sécurité privée bien connue. On trouve sa technologie dans des nombreuses installations de sécurité, dans les postes de police, les prisons, les barrières aux frontières, les caméras de surveillance…

Tyco est une entreprise qui fait fonctionner les installations d’alarme dans les prisons, avec ce qu’ils appellent « Businness Logic Engines ». Ils donnent aux matons les opportunités de la « ville intelligente » : traquer les prisonniers avec des puces RFID.

Nous envoyons rage et solidarité aux antifascistes et aux anarchistes emprisonnés et persécutés en Russie. Nous entendons vos voix, vous n’êtes pas seul.e.s. Même si nous n’avons pas la capacité d’ouvrir physiquement les portes des prisons, les idées et la solidarité anarchistes dépassent les frontières, les portails et les murs et peuvent remplir nos esprits dans les moments de torture et de répression les plus durs.

Nous avons suivi la lutte de Dinos, en Grèce, contre l’administration pénitentiaire. Avec nos incendies, nous soutenons ce type de résistance – la déclaration des prisonniers de Korydallos et les menaces des groupes d’affinité dehors, d’attaquer et de détruire la ville, sont la stratégie adéquate dans cet affrontement avec l’État.

Cette action est aussi dédiée à Lisa, dans la prison de Willich, et aux prisonnier.e.s de la forêt de Hambach en résistance.

 

6 mars 2018

Fédération Anarchiste Informelle – Cellule Minorité Violente

 

 

 

 

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