Athènes (Grèce) : Que le feu de la révolte brûle leur monde de papiers et de frontières

Act for freedom now! / mardi 6 octobre 2020

De nos jours, la plupart des États aiment se présenter comme pacifistes, ce qui n’est bien sûr qu’une façade. Cet ordre social est maintenu par des guerres, par la production d’armes qui y est associée et par le contrôle des frontières. Même si, dans la plupart des pays européens, les conséquences de tout cela peuvent facilement être ignorées, c’est précisément ici que l’on trouve les plus grands producteurs et exportateurs d’armes. Du coup, même si les bombes n’explosent pas devant notre porte, nous sommes entouré.e.s par ceux qui les conçoivent, les construisent et en tirent profit.

Chaque jour, des millions de personnes franchissent les frontières, malgré tous les obstacles que ce monde leur met devant, comme les barbelés, l’argent, les cartes d’identité, l’armée, la surveillance, etc. Il devient de plus en plus difficile de se déplacer sans être détecté.e et les autorités publiques développent de nouvelles technologies pour rendre les déplacements clandestins impossibles. Un exemple de cela est l’expansion de la reconnaissance faciale biométrique, qui permet d’identifier et de suivre des personnes grâce à des caméras reliées à des bases de données d’images.

Les nouveaux développements technologiques confirment également le fait que la guerre et les massacres (causés par des différends territoriaux, religieux et économiques) deviennent quelque chose d’abstrait. Parce que le fait d’appuyer sur quelques boutons ou d’utiliser un joystick crée une plus grande distance entre le tueur et le tué et cela provoque moins de conflits éthiques.
La guerre effective et le contrôle des frontières sont atteintes grâce à la création de structures supranationales telles que l’UE, l’OTAN, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), etc. La Grèce, par exemple, peut se présenter en martyr de la protection des frontières européennes. Ils peuvent donc utiliser tous les moyens (coups de feu, gaz lacrymogènes, destruction de bateaux de réfugié.e.s, etc.) tout en étant soutenus par les autres pays européens, parce que, après tout, c’est leur frontière extérieure commune.

Mais la façade de leur jeu dégoûtant – dans lequel un individu ne vaut rien, est effacé dans une masse à gérer et devient l’objet d’enjeux politiques/de pouvoir – s’effondre. Après 170 jours de couvre-feu, une quarantaine pour tou.te.s les habitant.e.s du camp, de nombreux cas de tuberculose et de gale, sans nourriture et sans soins médicaux – le camp de Moria, sur l’île de de Lesbos (conçu à l’origine pour 3 000 personnes, y vivaient plus de 13 000 personnes), brûle presque complètement, dans la nuit du 9 septembre. Quelques jours plus tard, un incendie se déclare également au Camp Vathy, sur l’île de Samos, mais il est rapidement maîtrisé. Depuis lors, plus de 12 000 personnes dorment dans les rues de Lesbos – sans abri, sans installations sanitaires et sans accès à de la nourriture, bloquées et attaquées par les flics et les fascistes. L’État grec a rapidement ouvert une nouvelle prison administrative, qui consiste en plusieurs centaines de tentes blanches, sur un ancien champ de tir militaire. Cependant, les gens là-bas disent clairement : « Nous préférons mourir ici plutôt qu’aller dans un autre camp ». Les détenu.e.s du camp Moria ne sont pas plus sans-abri qu’avant. Moria n’était pas une maison, c’était une prison.

Cela ne nous intéresse pas de demander que l’État délivre de papiers, ouvre les frontières ou protège les soi-disant droits de l’homme. Parce que tant qu’il y aura des papiers, il y aura des inclus.ses et des exclus.ses. Tant qu’il y aura des lois et des agents de police, il y aura le légal et l’illégal. Et tant qu’il y aura des États et des frontières, il y aura des guerres, l’exploitation et la répression.

Nous ne voulons coopérer en aucune manière avec leur logique dégoûtante et nous pensons qu’il est possible d’attaquer, partout, les structures de domination qui construisent un tel monde.

Des représentants des forces de police, du monde politique et des armées du monde entier se réuniront du 24 au 26 novembre à l’hôtel Divani Caravel d’Athènes, pour le Congrès mondial de la sécurité des frontières (www.world-border-congress.com), afin de renforcer leurs relations internationales et d’échanger sur leurs expériences, leurs nouvelles technologies et leurs stratégies. Alors que la misère des réfugié.e.s sur les îles atteint son paroxysme, les responsables de leur situation se réuniront à Athènes pour discuter des moyens de renforcer la sécurité de leurs frontières et de développer leurs politiques de défense. Notre réponse ne peut être que l’attaque ! Sabotons et attaquons ce congrès ! Et allons plus loin encore et détruisons leur société-prison ; il y a une infinité d’angles d’attaque ! Les responsables sont là, ils ont des noms et des adresses et ils nous entourent. Le parlement, le ministère des Migrations, les bureaux des partis, les postes de police, les agences pour l’emploi, les start-up technologiques, les producteurs d’armes, les entreprises qui construisent les camps de déportation et les prisons et tous les autres qui contribuent à la misère quotidienne.

Que l’étincelle de la révolte de Moria soit le début d’un feu qui embrase leur monde de frontières, de nations et d’enfermement ! Ici et partout !

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