La Dépêche du Midi / samedi 16 mai 2026
[…] Un mirador de chasse installé début mai à Consenvoye, dans la Meuse, a mystérieusement disparu après avoir été proposé en « don gratuit » sur Leboncoin par un inconnu. Une histoire qui peut paraître amusante mais qui a conduit l’Association communale de chasse agréée (ACCA) à déposer plainte et à saisir la gendarmerie de Stenay, selon nos confrères de L’Est Républicain.
Tout commence le 2 mai, lorsqu’un nouveau mirador est installé sur le territoire de chasse. Une semaine plus tard, une annonce apparaît sur Leboncoin : l’équipement y est présenté comme donné, avec photo à l’appui et localisation précise. L’auteur du message évoque une prétendue maladie et invite les intéressés à venir démonter eux-mêmes la structure.
« Mon père m’a appelé pour me dire que le mirador était en don gratuit, à venir chercher sur place », raconte le président de l’ACCA, Nicolas Fasse. Après un échange avec la personne qui a publié l’annonce, il comprend que cette dernière refuse toute rencontre et insiste sur le fait qu’il suffit de venir démonter l’installation sur place. Malgré un signalement, le 9 mai entre 16 h 30 et 21 h 30, le mirador disparaît purement et simplement du terrain. « À 16 h 30 il était encore là, le soir il n’y avait plus rien », constate le président, abasourdi.
Au-delà du vol, le préjudice est important pour l’association. Le mirador servait à la régulation du sanglier en plaine, une obligation réglementaire visant à limiter les dégâts agricoles et à garantir la sécurité des tirs à proximité des habitations et des axes routiers.
L’ACCA évoque également des dégradations répétées sur ses installations ces dernières années, sans pour autant établir de lien direct avec cette affaire. L’hypothèse d’un acte militant est pour l’instant écartée, faute d’éléments. Face à cette situation, l’association a tout de même décidé de suspendre temporairement la chasse au sanglier sur la commune, en attendant que la lumière sur cette histoire soit faite.
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Mise à jour du 24 mai : le mirador est de retour… en morceaux !
France Info / dimanche 24 mai 2026
À Consenvoye, dans la Meuse, l’affaire du mirador « donné » sur Leboncoin ressemble à une plaisanterie. Sauf qu’ici, personne ne rit. Le mirador, flambant neuf, appartenait à l’association communale de chasse agréée (ACCA). Il a disparu en une nuit. Et l’enquête, elle, se joue dans le monde virtuel des pseudonymes et autres faux numéros. Elle avance au rythme des réquisitions judiciaires.
Tout commence le 10 mai, à 16 h 51. Une annonce est publiée sur Leboncoin : « Don (gratuit) : mirador à venir démonter sur place. Urgent. Premier arrivé, premier servi. » L’auteur, un certain Philippe, prétend être malade et incapable de se déplacer. Il envoie même les coordonnées GPS du mirador. « Nous, on l’avait installé le 2 mai« , raconte Nicolas Fasse, président de l’ACCA. À 20 h, son père est tombé sur l’annonce le soir même. Il cherche régulièrement des pièces détachées pour réparer une Jeep. Coup de chance. « Sinon, on aurait jamais su comment il avait disparu. Là on a une piste. »
Des chasseurs tentent de contacter le mystérieux Philippe. Il répond, mais uniquement par écrit, par la messagerie du site de petite annonce. Il refuse tout rendez-vous. « Vous n’avez pas besoin de moi. Je suis malade », répète-t-il. Puis : « Si ce n’est pas vous, ça sera un autre. »
Le lendemain matin, après l’annonce, Nicolas Fasse se rend à la gendarmerie de Stenay. Il dépose une plainte. Les gendarmes lui demandent de laisser le mirador en place. Il obtempère. Et le surveille. « À 16 h 30, il était encore là. À 21 h 20, plus rien. » Malgré sa vigilance, le mirador a disparu. Il apprendra plus tard qu’il a été découpé avant d’être emporté. Il faut dire qu’il est en fer.
Face à la situation, Nicolas Fasse et les chasseurs investissent les réseaux sociaux et annoncent avoir déposé une plainte auprès des gendarmes. Les caméras du village permettent d’identifier la camionnette. Résultat : l’homme qui a démonté le mirador s’est présenté de lui-même à la gendarmerie de Verdun. Il se dit de bonne foi. « Il pensait que c’était un vrai don. Maintenant, il se retrouve avec une plainte pour vol. Il doit se retourner contre l’autre personne.
Le maire confirme : l’homme était venu pour la ferraille, persuadé d’avoir affaire à un don légitime. Il souhaite rendre ce qu’il a pris, mais en morceaux. « Moi, je n’en veux pas en tas de ferraille« , tranche Nicolas Fasse. Après tout ce tapage numérique, l’annonce a disparu.
C’est là que l’histoire se complique. Selon nos informations, la gendarmerie a lancé une première réquisition judiciaire pour obtenir l’identité du propriétaire du compte Leboncoin. Résultat : un faux nom. Une deuxième réquisition est nécessaire pour remonter au numéro de téléphone et à l’adresse mail. À ce stade, l’enquête suit son cours. Le numéro sur l’annonce était bidon lui aussi car Nicolas Fasse avait tenté lui-même de l’utiliser.
Le compte, lui, existe pourtant depuis 2023. Pas un profil créé pour l’arnaque du jour. Les caméras du village ont permis d’identifier la camionnette venue récupérer le mirador, mais pas l’auteur de l’annonce. Le compte a été supprimé le 21 mai. L’enquête avance donc par couches successives, au rythme administratif des réquisitions. « Ce sont des procédures, des procédures et des procédures« , s’impatiente le président de l’ACCA.
Les habitants voisins du chemin qui mène au mirador n’ont jamais vu autant de monde de passage. Pendant plusieurs jours, c’était un défilé. Sans doute certains venaient pour embarquer le mirador pensant être les premiers à voir l’annonce, d’autres cherchaient le site par curiosité. « Les gens montaient pour voir si le mirador était encore là. Ça a créé une attraction. »
Dans les chalets alentour, l’inquiétude s’installe : si un mirador peut disparaître sur simple annonce, pourquoi pas un portail, une voiture, n’importe quoi ? « Demain, on prend en photo votre portail, on le met en don, et le lendemain vous n’avez plus rien. C’est de la folie. »
Le mirador n’était pas un simple perchoir. Il est obligatoire pour les tirs de protection des cultures, selon un arrêté préfectoral. Sans lui, impossible de tirer les sangliers. La chasse est donc suspendue sur la commune. « On nous a déjà volé deux miradors, cassé quatre. Là, on a enfin une piste avec Le Bon Coin. » Nicolas Fasse espère désormais que la Fédération des chasseurs de la Meuse se constitue partie civile aux côtés de l’association. Le maire, lui, déplore la situation et confirme que l’homme venu démonter le mirador devra se retourner contre l’auteur de l’annonce.
En attendant, l’enquête suit son cours, dans les méandres des faux profils que permettent les sites en ligne. Contacté, Leboncoin n’a, pour l’heure, pas répondu à nos questions.





















































