Mexique : Compte-rendu des émeutes du 8 juin contre la police et une brève réflexion

reçu par mail / dimanche 21 juin 2020

Quelques jours après les manifestations émeutières à Guadalajara, San Luis Potosi, Mexico et Xalapa à cause de brutalités policières et de l’assassinat de Giovanni Lopez, il y a eu des nouvelles mobilisations à nouveau à Mexico, Guadalajara et Xalapa.

Troisième jour de protestations à Guadalajara (6 juin)

Un troisième jour de protestations a eu lieu à Guadalajara : environ 400 personnes ont manifesté au rond-point de La Minerva, dans le centre-ville, et ont ensuite avancé sur l’avenue Vallarta-Juarez ; il y a eu des tags et quelques tentatives d’affrontement avortés, à la fin de la manifestation. Le gouvernement de l’État de Jalisco, guidé par Enrique Alfaro, se caractérise par la brutalité de sa police et nous rappelle la répression brutale mise en œuvre le 28 mai en 2004, contre la lutte antimondialisation dans le cadre de l’opposition à l’ALCUE [Cumbre América Latina, el Caribe y la Unión Europea : sommet de chefs d’États de l’Union Européenne, d’Amerique latine et des Caraïbes ; le troisième sommet s’est justement tenu à Guadalajara en 2004, des nombreux manifestant.e.s arrêté.e.s lors de la manifestation du 28 mai ont été torturé.e.s dans les locaux de la police ; NdAtt.]. Les disparitions de détenu.e.s, les abus sexuels et la torture continuent.

Émeutes à Mexico (8 juin)

Les esprits se sont échauffés après qu’une compagnonne, Melanie a été tabassée par les flics pendant des émeutes du 5 juin, lors du rassemblement à l’ambassade des États-Unis. Ceux/celles qui n’ont pas vu le tabassage en direct ont pu en voir les photos sur internet et sont allé.e.s au rassemblement appelé en réponse. En haussant le niveau des protestations contre la police, les manifestant.e.s ont défilé le long du Paseo Reforma armé.e.s de bâtons, de fusées, de tournevis, de marteaux et de bombes aérosol, ils/elles ont abattu les barrières anti-émeute, attaqué des monuments, vandalisé des commerces comme le KFC, l’hôtel Fiesta Americana, la Banque du Mexique et des caméras de surveillance privées et publiques (du réseau de vidéosurveillance C5 [dont un des constructeurs principaux est l’entreprise française Thales ; NdAtt.]), ont pillé des magasins et laissé dans la rue, à disposition de tout le monde, des tas de produits qui ont été volé ; l’un des magasins les plus touchés a été celui d’Adidas ; dans l’Hémicycle Juárez des barrières ont été abattues et plusieurs journalistes ont été attaqués et menacés.

Attention : un article du journal Universal du 11 juin, écrit par le journaliste Hector de Mauleón, fait connaître les noms et prénoms de plusieurs compas, en racontant même le CV criminel et politique de chacun.e ; cela démontre une fois de plus le rôle de complice de la presse et les raisons de l’attaquer pendant et hors des manifestations.

Émeutes à Xalapa (8 juin)

Deux manifestations sont appelées, l’une pacifique et l’autre avec des suggestions d’actions directes. La manifestation a suivi l’avenue Avila Camacho jusqu’au centre-ville, en détruisant tous les symboles capitalistes, étatiques et religieux. Des groupes de personnes habillées en noir et portant des cagoules ont attaqué plusieurs banques ; trois églises ont été vandalisées avec des graffitis et leurs vitraux et leurs portes ont été détruits, ainsi que des statues d’idoles religieuses à leur intérieur ; les bureaux du journal Diario de Xalapa ont été durement pris pour cible, des nombreux centres de spéculation et des prêteurs sur gages ont été détruits et le feu a été mis à une porte du palais du gouvernement ; un bâtiment de la police (SSP) a été vandalisé aussi et à la fin de la marche, sur la place principale de la ville, des symboles de l’État de Veracruz [où se trouve Xalapa ; NdAtt.] ont été détruits et un mannequin représentant un policier a été incendié. En plus de Giovanni Lopez, Carlos Andres Navarro et George Floyd, on a rappelé les militant.e.s assassiné.e.s dans l’État de Veracruz, comme Nadia Vera, Ruben Gonzales et l’anarchopunk originaire de Oaxaca Salvador Olmos, et ont été faites des revendications féministes et anarchistes.

Une brève réflexion

Face à toutes ces expressions de violence contre la police et la normalité, il est important de souligner qu’une perspective anarchiste cohérente ne peut pas se limiter à lutter de manière circonstancielle et mono-thématique en réponse à un cas précis de brutalité policière, comme dans la situation présente, qui a été déclenchée par la diffusion sur les réseaux sociaux de l’assassinat de Giovanni Lopez à Jalisco, car ce n’est pas le premier meurtre perpétré par l’État et la police, ça ne sera pas non plus le dernier, et ce n’est pas le seul qui nous indigne ; au Mexique, c’est notre pain quotidien, et même si la police agissait dans le respect de l’État de droit, nous la combattrions quand-même, puisque nous sommes contre l’État, le capital, sa civilisation et la nouvelle normalité à laquelle il veut nous amener. Si les familles, qui demandent justice aux mêmes policiers et dirigeants qui ont assassiné l’un des leurs, cachent ou renient les actes de vandalisme et la propagation violente de l’anarchisme, cela devrait nous aider à lever le voile des « héros du peuple », afin d’arriver à nous voir comme des véritables vandales et criminel.le.s (à notre manière), désenchantés du monde et de la société actuelle, à la recherche d’une dignité qui nie l’existant et qui fait face aux oppresseurs. Nous avons l’habitude de ne pas être pris en considération, et c’est mieux ainsi, parce que le jour où les masses consommatrices commenceront à nous applaudir, cela voudra dire que nous sommes en train de faire quelque chose de mal. Ni les luttes entre les puissants, ni l’ignorance des citoyens ne pourront sortir du récit conspirateur de la lutte entre les partis politiques : que nous sommes payé.e.s par les conservateurs pour déstabiliser le gouvernement d’AMLO [l’actuel président mexicain, de gauche, Andrés Manuel López Obrador ; NdAtt.], que nous sommes des racailles, que AMLO est derrière ces manifestations, qu’il y a encore la main du PRIAN [référence aux deux partis de centre-droite, Partido Acción Nacional, PAN et Partido Revolucionario Institucional, PRI, principaux adversaires du président AMLO ; NdAtt.], etc… La stupidité qui se déguise en analyste politique. Ils ne comprendront jamais l’essence de la vieille phrase « nos rêves ne rentrent pas dans leurs urnes », ni, encore moins, « le monde que nous portons dans nos cœurs » ou « la négation de l’existant ».

Du coup :
Pas d’agression sans réponse!
Solidarité et complicité !
Nous ne nous joindrons pas à vos demandes de justice, nous ne lécherons pas des bottes !
Contre le réformisme et le citoyennisme !
Pour la propagation de l’attaque contre l’autorité !
Face à leur nouvelle normalité : notre anarchie éternelle et irréductible !
Profitons des émeutes pour voler au profit de nos projets !
Contre l’enfermement volontaire : santé et conspiration !
Que la pandémie ne nous emprisonne ni physiquement ni mentalement !
Pour l’extension du conflit : non au train Maya ni à aucune nouvelle entreprise du pouvoir et de la techno-industrie !
ACAB !

 

A Mexico :

A Xalapa :

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