Prison de Piacenza (Italie) : Une lettre de Nicole et Elena

Round Robin / jeudi 21 mai 2020

Prison de Piacenza, 15 mai 2020

Merci à vous tous !
Merci pour les enveloppes et les timbres!

Elena et moi (Nicole) [les deux compagnonnes sont parmi les sept compas emprisonné.e.s lors de l’opération Ritrovo, du 13 mai ; NdAtt.] nous trouvons dans la section AS3. Nous sommes arrivées ici vers 11h30 du 13 mai, et, après être d’abord passées par une tente externe au bâtiment, pour qu’on nous mesure la température, nous avons été mises en isolement sanitaire pendant 15 jours (dans deux cellules individuelles, mais mitoyennes). Nous n’avons pas le droit d’aller à la salle de sport, ni à la bibliothèque, à cause de l’épidémie de Covid-19 et de notre isolement, même si les deux premiers jours on a eu le droit. Après cette période, on ne sera plus des possibles porteuses d’infection… après qu’on a pété les plombs on nous a donné 4 livres et ils sont en train de nous préparer une édition du règlement intérieur de la prison (c’est depuis qu’on est arrivée que nous le réclamons)… on verra.

Nous avons deux heures de promenade par jour, qu’on fait séparées des autres prisonnières, toujours à cause de l’épidémie de Covid-19, et qu’on fait donc ensemble (avec les masques) entre 12 et 13 heures et entre 15 et 16 heures.
Comme vous le savez peut-être, ici il y a aussi Natascia [arrêtée le 21 mai 2019 lors de l’opération répressive Prometeo ; NdAtt.], que pour l’instant on arrive à voir seulement par bribes, quand on traverse le couloir, mais ses sourires ont été et sont fondamentaux pour nous. On espère de pouvoir bientôt lui donner l’accolade. Aujourd’hui on a été interrogées par le juge et on a fait valoir notre droit de ne pas répondre. C’était en visioconférence, comme pour tous les autres.

Lundi on verra les avocats. Hier il y a eu la nouvelle qu’à partir du 19 mai et jusqu’au 30 juin il y aura à nouveau les parloirs et les parloirs via Skype seront maintenus.
Cette opération (qu’il nous semble avoir compris s’appelle « Ritrovo ») a comme chefs d’inculpation les désormais connus art. 270 bis et 270 bis1 (circonstance aggravante), pour 11 inculpés sur 12, pour tous il y a la provocation à crimes e délits, par des articles, des tracts et des affiches, avec la circonstance aggravante de l’utilisation d’instruments télématiques (tribolo.noblogs.org et la plateforme roundrobin.info), la dégradation d’un distributeur de billets de la banque BPER pendant une manifestation sauvage, le 13 février 2019, la dégradation par tag de bâtiments à Modena et à Bologne, avec des tags qui ont été faits de décembre 2018 à aujourd’hui. Pour l’un des inculpés, en plus que pour des personnes non encore identifiées, il y a l’accusation de l’incendie des antennes-relai de la télévision en rue Santa Liberata (Bologne), dans la nuit du 15 au 16 décembre 2018.

Quoi dire… « le fait que des délits-finalité aient eu lieu […] n’est pas nécessaire » (écrit à la page 21 de l’ordonnance d’arrestation)… peut-être que c’est l’énième tentative, après les opération répressives Outlaw et Mangiafuoco [qui ont frappé ces dernières années les compas de Bologne ; NdAtt.], finies en rien, de fermer la bouche à ceux qui « détestent les exploiteurs » (écrit à la page 20 de l’ordonnance) ? Et, ce qui est le plus important, ils ne le cachent pas, mais ils le crient sur tous les toits. L’ordonnance d’arrestation porte la date du 6 mars. On se demande si ces misérables êtres sans qualités ont décidé de repousser nos arrestations jusqu’au 13 mai afin de nous épargner l’entrée en taule au beau milieu de l’urgence Covid-19 ou s’ils l’ont fait pour éviter la présence dans les cages de l’État, en cette période, d’autres personnes difficiles et rebelles. La réponse vient toute seule. Les médecins et les matons, ici comme ailleurs confondus dans un seul corps, revendiquent leur « choix de vie ». En particulier, les médecins, pressés par nos questions provocatrices sur leur rôle, lors de la première visite, ont fièrement affirmé qu’ils effectuent leur travail afin de sauvegarder la santé des personnes en taule.

Tout compte fait, au vu des morts et des malades dans et à cause de la prison, on ne peut que conclure et leur crier à la gueule que leur travail ils le font décidément mal, en plus d’être en complète harmonie avec les matons.

Dans de tels lieux, la protection de la santé des personnes ne peut pas exister, à cause de ce que ces lieux sont et de ce qu’ils représentent. La seule sécurité est la liberté pour toutes et pour tous.

On voulait remercier toutes les personnes qui nous ont fait ressentir leur proximité par des télégrammes, qui ont été nombreux ; peut-être que dehors cela peut sembler peu de chose, mais ici ils nous ont réchauffé le cœur et l’esprit. Notre pensée va, avant tout, à Stefania, parce qu’elle est la seule parmi nous à se retrouver seule, dans la prison de Vigevano, ainsi qu’à tous nos amis et compagnons de lutte à Ferrara et Alessandria, à ceux frappés par l’interdiction de sortie de la commune de Bologne et aux compagnonnes et aux compagnons dehors qui continuent à lutter à nos côtés.

Nicole et Elena

 

Pour écrire aux deux compagnonnes :

Elena Riva et Nicole Savoia
Strada delle Novate, 65
29122 – Piacenza (Italie)

et aux autres compas arrêté.e.s avec elles :

Stefania Carolei
Via Gravellona, 240
27029 – Vigevano (Italie)

Duccio Cenni et Guido Paoletti
Via Arginone, 327
44122 – Ferrara (Italie)

Giuseppe Caprioli et Leonardo Neri
Strada San Michele 50/A
15121 – Alessandria (Italie)

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