Imola (Italie) : Et si les mots se changeaient-ils en pierres ?

Insuscettibile di ravvedimento / dimanche 3 mai 2020

En mars 2020, à Imola (province de Bologne), ont fait leurs apparitions des nombreux tags qui pestaient contre l’État policier et l’obligation de rester enfermé.e.s chez soi, avec des arrestations domiciliaires démocratiquement « volontaires ».

Quelques semaines après que, sur les réseaux sociaux, des bons citoyens et des notables de la politique locale se sont plaints de la rage et de la violence exprimées par ces mots, ainsi qu’à cause de la dégradation des précieux murs de la ville, on a été interpellé.e.s (de la façon assez ridicule propre aux forces de l’ordre d’Imola) lors de nos balades habituelles méprisant les interdictions. Ce jour-là, en plus de l’énième amende, sont arrivées les notifications des plaintes.

Selon l’enquête, encore ouverte, nous sommes accusé.e.s des tags, de « provocation aux crimes et délits », instigation à la désobéissance à une loi, dégradations, outrage envers la République et les forces de l’ordre, violence ou menace de violence à l’encontre d’une institution et il y a aussi le démarrage d’une procédure pour interdiction de paraître à Imola.

Au delà du fait de qui est l’auteur.e de ces tags, au-delà de notre culpabilité ou pas, nous ne pouvons pas cacher notre joie lorsque nous pensons a celles/ceux qui continuent encore, et on espère sans problèmes, à briser le calme. L’accusation de provocation, pour ce tags, ne nous paraît pas absurde, au contraire. Au fond, quel devrait être le but de tags exprimant de la haine envers tout ce qui représente Ordre ?

Face à de telles accusations, nous ne nous sentons donc ni préoccupé.e.s ni insulté.e.s, puisque chaque fois que nous nous exprimons, par des textes ou en nous chouchoutant, burlesquement, des idées à l’oreille, nous nous sentons et nous sommes des Délinquants. Et si quelqu’un.e, en parlant avec nous ou en savourant un texte à nous, devait se sentir instigué.e, bien, c’est de la propagande bien faite !

D’ailleurs, quelques jours après cette notification, ont continué à apparaître des affiches sagement faits à la main (on imagine à cause de ce temps sans imprimeries) disant, plus ou moins : « L’obéissance n’est pas être responsables. Ils sont en train de détruire nos vies par la techno-sociabilité et la militarisation des rues, faisons en sorte qu’il ne manque pas la révolte ». Sûrement, le refrain du « tout ira bien », des arcs-en-ciel, et du « restonscheznous » n’a pas fait prise sur toute la population de la ville ; peut-être que la vague d’amendes et de plaintes, d’intimidations et de poursuites n’ont pas éteint l’envie de s’exprimer.

Tout comme nous n’étions pas fidèles au Devoir avant, nous ne le sommes pas maintenant et jamais ne le serons.
On se voit à la mer, phase deux, phase trois ou merde !

deux vagabonds aux temps du covid – qu’estcequej’aifait ? qu’estcequej’aidit ?

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