Milan (Italie) : Casa Brankaleone résiste

Round Robin / vendredi 24 janvier 2020

Nous sommes les barbares descendus pour piller la ville-vitrine et faire ripaille sur ses ruines. Nous sommes ce qui est sauvage et infeste les failles de cette civilisation. Nous ne comprenons pas le travail et ça ne nous intéresse pas de le comprendre. Nous sommes vivants, non pas des engrenages en métal qui visent à la production et à la reproduction de cette société. Vos cages dorées ne nous intéressent pas. Et, vues de près, elle ne sont même pas tellement dorées. On entend tout le temps parler de « réaménagement », de « réhabilitation de l’habitat insalubre », de « sécurité et légalité ». Ce qu’on voit c’est de la spéculation immobilière pour faire grimper la valeur des bâtiments, l’augmentation des loyers, l’expulsion des pauvres, la destruction de vies et de liens sociaux et la consommation des terrains que la nature a durement regagné à la civilisation.

Votre lutte contre l’insalubrité est une lutte contre les pauvres, les déviants, les exclus. Une lutte contre tout ce qui dérange le regard du bien-pensant e qui, avec sa déviance, pourrait faire baisser la perspective de rente spéculative. La sécurité semble, quant à elle, une blague. Vous ne voulez pas la sécurité de votre liberté, mais la tyrannie, le contrôle qu voit tout et qui frappe violemment ce qui est diffèrent, marginal, ainsi que quiconque vous rappelle l’injustice, l’exploitation, la douleur et la mort sur lesquels se fondent votre civilisation, votre supposé bien-être et ces fantômes que vous appelez vie. Vous parlez continuellement de la loi, c’est à dire ces chaînes que les patrons utilisent pour vous garder entravés au vide de vos existences.

On vous donne une mauvaise nouvelle : la horde d’or arrive. La horde n’est pas une maison, un bâtiment, une organisation, un collectif ou un projet politique.
La horde et l’ivresse incontrôlable, c’est les liens qui nous unissent, c’est la joie armée de nos corps. Vous pouvez détruire les bâtiment où nous passons les hivers, dans l’espoir de nous frapper, mais nous rirons sans frein de votre stupidité. Nous sommes nomades par instinct, tout simplement nous occuperons une autre maison abandonnée.
Cachez vos trésors : l’incendie de Milan pointe à l’horizon.

Cordialement,
les porteurs de votre perte

 

Note d’Attaque : mardi 21 janvier, la police a essayé d’expulser le squat Casa Brankaleone, dans le quartier de Bovisa, à Milan. Deux compas sont restés sur le toit pendant deux nuits et une journée (plus de 30 heures), pour résister.

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