Saronno (Italie) : Liberté pour Vince

Round Robin / lundi 26 août 2019

Lecco 13/08/2019

Juillet 2001 – août 2019.
De Gênes à Saint-Gravé, dans le Morbihan. Avec l’arrestation de Vincenzo, l’État ferme le cercle – son cercle – sur le G8 de Gênes. Tous les condamnés ont été trouvés et emprisonnés. Dix-huit ans après les journées de Gênes, onze ans à purger. Si l’on considère que la cavale est un choix, mais quand-même un choix imposé par des contingences répressives, on arrive à vingt-sept ans de vie.
L’État démontre qu’il a beaucoup de mémoire, qu’il n’est pas pressé et qu’il a des tentacules globales.

Aujourd’hui plus que jamais.
Aujourd’hui, quand on est plus que jamais esclaves du capitalisme et de la globalisation, des mots refoulés du discours public. Aujourd’hui, alors que l’État-nation a de moins en moins de raisons d’exister, face à un État-monde omniprésent et omniscient (que l’on pense en particulier la chasse à l’homme global, de l’affaire Cesare Battisti à ce dernier cas, avec Vincenzo). Aujourd’hui, alors que les politiciens tirent de plus en plus de consensus et de pouvoir du fait de bâtir des murs contre les damnés de la Terre, volés et pillés.
Le G8 reste un grand refoulé de la mémoire collective, et on ne peut pas éviter d’en tenir pour responsable la gauche, avec ses discours de récupération institutionnelle des poussées contraires à la globalisation. On le voit encore aujourd’hui : la guerre entre capitalisme fossile et green economy.
Rien d’autre que la même « évolution » qui nous est refourguée avec le numérique : grande économie de papier, plus d’arbres, plus de vitesse, plus soutenable.
Des conneries.
Le mal est à la racine, et c’est le capital. L’appeler d’une autre manière revient à édulcorer les armes de la critique.

Quelles sont, à votre avis, les perspectives d’avenir dans 30 ans ? Il n’y a même pas besoin de lire les articles alarmantes sur la catastrophe climatique. Si aujourd’hui on est plus de 7 milliards et demi de personnes sur Terre, on peut vraisemblablement penser qu’en 2050 on sera presque 10 milliards.
Et si aujourd’hui déjà la misère est endémique (sauf pour les patrons du monde et leurs serviteurs), avec des mégalopoles concentrationnaires, dont la richesse est séparée de la misère par du barbelé, cela va de soi que la perspective – et la nécessité primaire de l’ordre établi – est d’asservir, de désamorcer tout sentiment radical visant au changement. Et en cela vient à l’appui une standardisation des habitudes, des coutumes et des sentiments qui paraît invraisemblable. Dans un texte récent, Bonanno mettait en évidence le fait que les capacités grandissantes de l’Intelligence Artificielle sont combinées à une habilité humaine décroissante, avec un double mouvement de rapprochement qui permettra bientôt à la machine de reproduire l’humain. D’ailleurs, chaque photo sur les réseaux sociaux, chaque captcha, chaque information qu’on donne augmente la précision de la répression. Ceux qui ne s’en aperçoivent pas, c’est parce que, même s’ils se baladent à travers le monde, ils restent dans l’enclos, en plus, chose très importante, d’avoir les bons passeports dans leurs poches (du tourisme comme opium des peuples, on en parlera une autre fois).
Le dernier bulletin du Ministère de l’intérieur augmente le dégoût, mais donne aussi un aperçu de cette époque : le gouvernement parle d’une augmentation de 180 % des arrestations des anarchistes : 39 arrestations au lieu de 14 l’année d’avant.

Qu’on y ajoute les nouvelles insistantes à propos de planètes habitables, à des distances qui pour l’instant sont indépassables, mais qui laissent entrevoir la perspective du capital et du pouvoir : tirer le maximum de bénéfices, comme toujours, pour toujours et en tout cas.

Et alors ? Alors, défendre Vincenzo, défendre la révolte de Gênes de juillet 2001, aiguiser nos armes. L’affrontement social, en cette époque de manque d’offensive et de radicalité est en train d’aller à vitesse grand V vers l’exploitation, le contrôle, la tristesse, la destruction et l’abrutissement.

Mala tempora currunt, sed peiora parantur [l’époque est mauvaise, ma celle qui se prépare est pire ; NdAtt.].

Saronno, 2 août 2019
M.B.

 

Pour lui écrire :

Vincenzo Vecchi
Centre pénitentiaire de Rennes-Vezin
Rue du Petit Pré
35132 – Vezin-le-Coquet

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