Ukraine : Qui peut juger ? A propos des coups de feu contre le tribunal a Kiev

reçu par mail / mercredi 27 mars 2019

Le moment est venu d’en dire plus sur notre attaque contre le tribunal de l’arrondissement de Goloseyevsky, à Kiev.

Parmi les commentaires de cette attaque, on a lu à plus d’une reprise que des gens ne comprennent pas nos motivations. Ils/elles ne voient pas qu’est ce que l’arrestation d’Azat Miftakhov à Moscou a à voir avec un tribunal à Kiev. Nous essayerons de l’expliquer, parce que c’est important de faire passer ce message, apparemment évident.

Sur le choix de l’objectif :
Nous avons décidé de nous en prendre à un palais de justice. Bon nombre d’entre nous, de ces jours, ont une idée bien précise de ce que c’est un palais de justice. Qui parmi nous n’a jamais été dans un tribunal ? Qui n’a jamais eu un.e ami.e ou une connaissance qui passait sous procès ? Tout le monde a prouvé ce mépris absolu pour les toges des juges, et même de la peur, pour ceux/celles qui sont plus faibles de cœur.
Pourquoi devrions-nous les accepter et les respecter ? Quelqu’un leur a donné le droit de prendre notre liberté et nos vies, du coup maintenant ils siègent là, là haut, pendant que tu est en train de croupir en dessous, derrière des barreaux, avec un chien de garde en uniforme qui te colle.

Un tribunal, comme tout autre instance du pouvoir législatif, exécutif ou judiciaire, est un instrument dans les mains de l’État. Un instrument pour réprimer toute activité sociale qui fait peser une menace sur le gouvernement. Tous les États autoritaires (et tous les États tout court) autorisent des activités de protestation, jusqu’au moment précis où elle deviennent un vrai danger, ou jusqu’à quand le système capitaliste peut profiter économiquement de cette protestation.
Quelques instants après que vous avez dépassé la ligne de la légitimité et de l’innocuité, toutes les trois branches du pouvoir, chacune en couvrant et en aidant l’autre, commenceront à vous isoler, à vous emprisonner, à vous torturer et à vous tuer. Rappelons-nous de comment, en 1905 à Saint-Pétersbourg, des centaines de manifestants pacifiques se sont fait tirer dessus par les soldats du régime impérial. De comment, en juin 1962, le pouvoir soviétique a massacré les travailleurs en grève et les habitants de Novocherkassk [en juin 1962, une grève dans une usine de locomotives de cette ville située sur le Don a été réprimée dans le sang par l’Armée rouge, avec 26 morts et une centaine de blessées ; NdAtt.]. Il n’y a aucun doute sur le fait que les snipers qui ont tiré sur 50 personnes, au moins, le 20 février 2014 sur la Place Maidan à Kiev, étaient eux aussi en train d’obéir aux ordres de ceux qui détiennent le pouvoir.

Les tribunaux ukrainiens ne sont pas très différents de ceux de Russie. On a vu un tribunal donner sans peine un mandat pour la perquisition d’un appartement à Lviv. Ce n’est pas un secret que les nazis de la police et du SBU [Service de sécurité d’Ukraine, les héritiers de la branche locale du KGB soviétique ; NdAtt.] ont une influence énorme sur les juges. Tout comme en Russie et en Biélorussie : flics et agents des services contrôlent tout. A travers toutes les époques, les juges de l’État ont toujours été les ennemis de ceux/celles qui combattent pour le liberté. Eux contre nous – nous contre eux.

En 2016, plusieurs cocktails Molotovs ont été jetés par des anarchistes sur le tribunal de l’arrondissement de Goloseyevsky. Suite à cet incendie, les autorité se sont débrouillées pour trouver une « Russian connection » et ont installé des grillages sur leurs fenêtres pour se protéger de nouveaux cocktails Molotov. C’est si simple et si banal de mettre tout acte de résistance sur le dos d’agresseurs pro-russes. Mais non, ça n’a rien à voir avec la Russie ou des motivations criminelles. Notre attaque est une action de solidarité anarchiste avec notre compagnon rebelle Azat Miftakhov.

Tous les États sont des prisons. Les tribunaux ne sont qu’un rouage dans la machine gouvernementale que les anarchistes de tout le monde essayent de détruire. La lutte révolutionnaire contre l’oppression étatique ne reconnaît pas les frontières tracées par les gouvernements. Nous sommes solidaires de tou.te.s nos compas à travers le monde. Les policiers, le personnel enquêteur, celui du ministère public et les juges – ils sont les mêmes partout dans le monde. Ils sont des instrument d’oppression dans les mains de l’État, ce qui signifie que nous devons les prendre pour cible partout où c’est possible, indépendamment du lieu. Luttez où vous êtes !

L’anarchiste Azat Miftakhov est prisonnier de l’ennemi en Russie, nous avons attaqué un tribunal en Ukraine. Au jour d’aujourd’hui, la situation entre ces deux pays est particulièrement bizarre. Tandis qu’ils font étalage d’hostilité l’une envers l’autre, les cliques dominantes des deux pays sont au fait les meilleurs complices. Elles nourrissent l’incident international qu’elles-mêmes ont crée pour maintenir leur position de pouvoir. Poroshenko [le président ukrainien ; NdAtt.] et Poutine – ils sont si semblables.
Vérifiez sur la liste des anarchiste emprisonné.e.s dans le monde aujourd’hui. Pensez-y, qui a prononcé les sentences et emprisonné ces personnes courageuses ?

Dans des nombreux autres pays, l’utilisation d’armes à feu est une pratique courante pour les anarchistes, cela depuis un certain temps déjà. A cette époque-là, nous avons été impressionnés par les tirs sur le PDG de l’entreprise nucléaire italienne Ansaldo, de la part de la cellule  » Olga  » de la FAI/FRI (en 2012 à Gênes), par l’attaque à main armée contre une patrouille de police, par la cellule  » Mariano Sanchez Añon » de la FAI-M (à Chalco, Mexique, en 2012), par les attaques contre les bureaux et le siège du PASOK, par l' » Organisation d’auto-défense révolutionnaire » (en 2014 et en 2017, à Athènes) – il y a des nombreux exemples. Mais, malheureusement, pas en Russie, Biélorussie et Ukraine. Tout cela est arrivé quelque part ailleurs, au delà de la frontière. Voilà pourquoi on a décidé que le temps est venu de faire monter notre résistance à un niveau complètement nouveau. La lutte et la solidarité ne sont pas juste question d’autocollants, de tags, de banderoles et de rassemblements – il y a aussi les expropriations, les sabotages, les incendies, les bombes et les coups de feu.
Depuis un moment, nous cherchions des manières d’obtenir fusils et munitions ; avec le temps on a réussi à tout se procurer. Après beaucoup d’entraînement et de préparatifs, nous nous sommes senti.e.s enfin prêt.e.s. Nous avons démontré notre engagement et notre détermination et nous avons aussi obtenu une expérience inestimable. Toute action de ce type nous donne plus de force, plus de confiance en nous et plus de savoir-faire.

Pour éviter d’être filmé.e.s par les caméras, on a tiré depuis une distance d’environs 40 mètres. C’est bizarre que les dégâts aux fenêtres ont été découverts seulement quand les juges sont arrivés à leurs bureaux, c’est à dire pas avant 9 heures du matin. Cela nous a donné une quantité énorme de temps pour nous échapper sans encombre. L’augmentation de l’activité policière dans l’arrondissement de Goloseyevsky (probablement à cause des élections présidentielles) nous avait fait attendre une réaction immédiate. Pendant la préparation de l’action, nous avons du nous baisser et nous cacher pendant quelques minutes, en attendant qu’une voiture de la police passe.

Pour tou.te.s ceux/celles qui veulent se bouger, au delà des tags et des banderoles :
pour un cas comme celui-ci, nous avons acheté un pistolet 9mm qui utilise des cartouches 9×19 Parabellum. Quand nous avons enfin trouvé le pistolet, trouver les cartouches a été facile. Nous devrions probablement développer plus ce point, puisque tout ce qui est connu des criminologues ne devrait pas être un secret pour les anarchistes. On a utilisé des cartouches fabriquées par l’entreprise Tchèque  » Sellier & Bellot « , avec des balles blindées. La police a retrouvé 15 douilles avec le sigle  » S&B  » sur le fond. Toutes les 15 balles qu’ils ont extrait du mur ont un blindage en laiton. Du coup, avec cette information, la police pourra en savoir beaucoup sur l’arme, à cause des traces laissées sur ces douilles et balles. Le fait d’utiliser la même arme dans le futur signifiera faire un lien avec cette attaque. Très probablement nous nous débarrasserons de cette arme pour de bon. Il vaut mieux éviter de laisser derrière nous une telle preuve. Un revolver ou un filet pour récupérer les douilles sont adaptés pour ce but. Il y a toujours de la place pour des expériences, par exemple des munitions incendiaires ou des munitions anti-blindage. Ça serait beau d’utiliser quelque type de silencieux ou de dispositif qui tire sans faire de flamme, ou même des munitions subsoniques.

Notre but est de transformer la société moderne. Il faudrait qu’il n’y a pas de gouvernements, pas d’États, pas de propriété, pas de nation, pas de dieux, pas de cultes. Nos moyens : le feu, les armes, les explosives.

Le jeune héro anarchiste Mikhail Zhlobitsky est dans nos cœurs.
Notre solidarité va a toutes les personnes arrêtées et emprisonnées, en attendant l’heure de leur libération.
Notre solidarité va a tou.te.s les migrants et les fugitifs, en attendant la révolution dans leur patrie.

Dépêche-toi, compagnon.ne, tire sur un flic, un juge, un riche, avant que la nouvelle police commence à te mettre en taule. Dépêche-toi, arme-toi.

[désolé les compas, mais les appels aux dons ne sont pas trop les bienvenues sur ce blog ; NdAtt.]

Des anarchistes,
27 mars 2019

 

NdAtt. : ce communiqué en anglais.

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