Turin (Italie) : Manif cabaret sauvage

Macerie / vendredi 22 février 2019

21 février. Les initiatives contre l’expulsion de l’Asilo et le siège des forces de l’ordre continuent dans le quartier Aurora : tard dans l’après-midi, une manif sauvage de deux-cent personnes, avec à l’avant des masques sans scène, a traversé les rues du quartier, avec des slogans pour la liberté et des petits spectacles ironiques contre police et politiciens. La réponse du dispositif sécuritaire a été de fermer pendant des heures les rues principales du quartier.

Voici le tract diffé dans la rue par cette troupe de théâtre :

Affiches parus dans le quartier. Jeu de mot entre l' »appeso » (le Pendu des tarots) et Appendino, le nom de la maire de Turin, dont le mari, il faut le rappeler, a un magasin Via Cibrario, 19.

Ces jours-ci, l’absurdité est devenue la norme, le délire sécuritaire est devant nous, tel un cauchemar les yeux ouvert : les gyrophares, les charges de police sur les bus, les check-points à passer pour rentrer chez soi.

Celle-ci est leur normalité : violence et répression. Normaux sont les cadavres des migrants morts de froid sur les montagnes ou brûlés dans les bidonvilles du Sud. Normales sont les expulsions locatives par surprise, normales les rafles dans les squares, normale la chasse au vendeurs à la sauvette. Celle-ci est votre normalité… et alors nous, on est fiers d’être des subversifs ! On crie haut et fort qu’on veut renverser cet ordre des choses, votre normalité. Nous nous déclarons coupables, complices et solidaires de ceux qui luttent contre ce monde absurde, à côté de ceux qui ne plient pas la tête face à la violence et aux injustices. Nous avons déclaré la guerre à votre normalité qui sent le fascisme et nous visons la subversion de ce qui existe, à partir de l’imaginaire. L’art est révolte.

Nous renversons votre monde culturel fait de cartes d’abonné, de tickets très chers et d’ennui. Une culture dépourvue de tout esprit critique, pour se faire accepter, pour pouvoir espérer dans une quelconque subvention étatique-européenne, toujours à l’affût de sponsors et promoteurs. Des rangs et des rangs d’« artistes » formés dans des écoles chères, prêts à promouvoir les éventements de cette ville, afin de la rendre culturellement cinglante, pour attirer des riches et des touristes alléchés par les oripeaux artistiques cachant le conformisme gris propre à de villes toutes égales. L’art comme marchandise dans des villes qui ressemblent toujours plus à des centres commerciales.
Encore que ce ne soit pas la ville elle-même, le produit à vendre !

On les a vus, ces prétendus artistes, promouvoir le quartier Aurora tel une marchandise en solde, en montrer les beautés et en cacher les impudicités. On les a vus le sillonner, le raconter, le photographier, cela derrière une peu artistique rangée de flic.

Vos goûts se marient bien seulement avec le bleu des keufs.

L’art comme plus-value, comme valeur ajoutée. Et si la valeur d’un quartier augmente, ses prix augmentent aussi et tout devient à mesure de riche. Et ceux qui y habitaient avant ? Un bon journaflic saura les transformer en criminels, du coup ceux qui vivaient avant dans les rues d’Aurora sont aujourd’hui taxé d’être des dealers, des vendeurs à la sauvette, des insurrectionalistes, des vecteurs d’insécurité. Ce sont les infâmes plumitifs qui produisent de la peur, qui demandent expulsions, police et nettoyage. Mais maintenant que vous avez la police et qu’elle contrôle vos papiers à chaque pas que vous faites, voilà que vous découvrez ce que c’est la peur, ce que c’est la ségrégation. Voilà que la sécurité tant désirée s’est montrée avec son vrai visage : c’est du fascisme.

Derrière ce siège il y a les visages souriants d’investisseurs et avant-gardes culturelles, mais surtout du groupe lié à la Scuola Holden [école branchée de « storytelling » et de communication, fondée par le romancier-businessman Alessandro Baricco et installée dans des locaux communaux au Balôn, dans Aurora ; NdAtt.], qui déjà par le passé s’était proposé pour investir dans les locaux de l’Asilo Occupato. Pour Madame la maire, rendre un immeuble aux citoyens, cela signifie militariser tout un quartier et faire cadeau de ces locaux à une élite financière qui cache ses revenus en brandissant les drapeaux de l’instruction et de la culture.

La culture est, depuis toujours, la voix et l’image de l’État, elle est sa violence transformée en spectacle, ce n’est pas un hasard si les fascistes se cachent toujours derrière la défense de l’identité culturelle nationale. Mais votre culture n’a rien à voir avec la culture populaire qui naît de la rencontre et de l’expérience des gens ; elle n’a rien à voir avec le désir d’un changement radical ; elle ne connaît pas la farce, le jeu et la spontanéité ; mais, surtout, elle oublie ce que c’est la création, c’est à dire l’autre face de la destruction.

Dans l’Asilo, on a détruit vos logiques de domination, de marchandisation, de débilitation virtuelle, d’égoïsme et de violence envers les plus faibles. On est en train de construire un nouveau horizon, en sont démonstration l’amour et la rage qui ont révolté les rues de Turin, toutes les actions et les témoignages de solidarité arrivés de partout. Parce dans l’Asilo on construit des actions et des relations qui sont poussées par un désir inné de liberté, voilà tout.

Pour la culture de la subversion !
Liberté pour tous ! Liberté pour toutes ! Liberté pour l’Asilo ! Liberté pour Aurora.

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