Berlin (Allemagne) : Communiqué de revendication de l’incendie d’une voiture de sécurité privée « Securitas »

Sans Attendre Demain / samedi 3 novembre 2018

Voiture de Securitas incendiée

Le mouvement anarchiste a affiné son image. Ce qui a également intensifié la répression à notre encontre au cours de ces dernières années. Depuis le G20 en Allemagne les services de sécurité ont augmenté leurs activités partout en Europe, car ils ont réalisé qu’ils ne nous contrôlaient pas et c’était évident qu’une réaction de leur part était indispensable. Les saccages à Hambourg, l’absence de compromis et la volonté manifeste de destruction de la part des encapuchonnés ont frappé la société, précisément là où c’était attendu. Un sentiment d’inquiétude a gagné la population allemande, où les gens se définissent par rapport à leur propriété et à leur complicité totale dans une société en guerre. Les bagnoles de luxe et les véhicules de patrouille de police devant leur porte qui deviennent des tas de plastique carbonisés – des choses superflues contre la guerre menée contre les pauvres, exclues et inadaptées.

Après la publication du texte « L’autisme des insurgés » dans la publication éco-anarchiste Fenrir #9 (juin 2018), nous avons ressenti le besoin de répondre.Et nous avons attaqué pendant un court moment l’illusion de la sécurité dans cette société à un endroit bien spécifique, afin de commencer à communiquer. Et à discuter.

… Je ne sais pas quoi penser de la vision de la Praxis anarchiste développée par notre ami Alfredo Cospito, pratique devenue plus dangereuse, parce qu’elle continue à être expérimentée. Je ne peux, à vrai dire, que parler de moi-même, sur le fait que je suis devenu plus dangereux et je fais ce qu’il faut pour que le pouvoir se méprenne sur mon véritable potentiel. La disposition, y compris en étant seul.e, de la prise en charge totale de notre destin…

Mais oui, nous espérons que le pouvoir nous perçoit comme un danger, car c’est bien ce que nous prétendons être. Pourtant, il est difficile de comprendre ce qui se passe dans les têtes et les cœurs des anarchistes de praxis. Et nous aussi, nous tournons en rond.

Bien sûr, nous continuons comme beaucoup d’autres compas à travers le monde, à réaliser un nombre incalculable de petites et grandes actions en appréciant en même temps les textes enflammés lorsque les flammes ne menacent pas d’étouffer la théorie. Par ailleurs, nous prenons part à l’organisation informelle.

Notre influence n’est pas grande et même si nous ne parlons pas le même dialecte que toi, Alfredo, nous pensons la même chose. Mais n’oublions pas que les mots ne sont qu’un écran bidimensionnel pour nos pensées enfouies. Nous convenons sur le fait que toute pratique anarchiste comporte des risques. L’organisation informelle ouverte qui cherche à établir des liens avec la société édulcore l’anarchie et nous conduit à la médiation politique. Nous aussi, nous connaissons les assemblées, au sujet desquelles nous ne nous exprimons que très peu. L’organisation informelle en tant « qu’instrument de guerre » comporte le danger du sectarisme vis-à-vis du reste du monde, tout en étant déconnecté des ruptures et conflits locaux incapables d’en faire partie.

Nous choisirons l’anonymat total à un moment venu, sans faire de communiqués, puisque les pierres et les flammes ont déjà parlé d’elles-mêmes et sont intervenues dans le conflit actuel. À un autre moment, nous choisirons de communiquer avec d’autres cellules pour avancer dans la discussion et développer nos liens dans l’attaque permanente avec d’autres individus haineux. Et à un autre moment encore, nous nous bougerons de manière visible, en tentant de communiquer nos idées et nos expériences et en intervenant ouvertement dans le conflit local. Nero, l’anarchiste incarcéré à Berlin, a aussi écrit sur comment vivre cette contradiction.

Oui, il n’y a aucune « pureté » en ce qui concerne les pratiques anarchistes mais peut-être que c’est une erreur de ne pas séparer clairement les diverses stratégies. D’un côté, nous voulons tellement voir cramer pour de bon les villes et pour ce faire nous associer à ce corps social repoussant, de l’autre nous continuons à vouloir l’unique méthode sans compromis, celle de la FAI/FRI, en tant que dangereux subversifs du pays pour détruire sans interruption ce corps si repoussant.

Ce n’est pas difficile et nous voulons briser l’autisme par notre action de mis à feu réussie d’un véhicule de patrouille de Securitas dans le quartier berlinois de Wedding, dans la nuit du 15 octobre 2018, pour laquelle nous assumons la responsabilité. Nous nous référons directement à l’incendie de deux voitures de l’entreprise « Securitas » dans la nuit du 30 avril au 1er mai à Thoune (Suisse), ainsi qu’à la lutte des anarchistes contre l’extension de la prison de Bässlergut à Bâle. Les raisons pour lesquelles Securitas doit être attaquée sont exposées en détail dans une revendication venant de Suisse, de sorte que nous n’avons rien à rajouter là-dessus.

De plus, les descriptions détaillées qui peuvent être fournies à l’ennemi dans les communiqués de revendication nous semblent souvent quasi-inutiles pour accélérer la propagation de la résistance. Au contraire, il nous manque les idées des compagnon-ne-s qui jouent avec des allumettes, sur la façon dont l’étincelle de l’attaque peut aussi illuminer notre quotidien et nos relations sociales.

Nos villes doivent être des zones d’hostilité pour de tels acteurs, tel que la société « Securitas » qui garde les CRA à Berlin, sécurise les prisons en Suisse et allonge le bras étatique de la domination et du contrôle à divers endroits de ce monde. Par notre attaque, nous établissons le lien entre nos luttes disséminées et proposons de continuer à faire des entreprises de sécurité et autres multinationales les cibles de nos attaques, de sorte que l’attaque symbolique finisse par causer de vrais dégâts matériels.

Symbolique, parce que c’est en cela notre propre manière de se révolter contre cette résignation et de provoquer véritablement des petites pertes matérielles, bien que cela disparaisse dans les méandres du capitalisme. Mais revenons à nos moutons. La plupart du temps il nous reste comme choix soit la participation à un conflit soit notre absence. Mais lorsque nous réussissons à faire échouer des projets des dominant.e.s, parce que nos attaques causent plus de pertes que de bénéfice aux entreprises qui s’y impliquent, le signe de l’ampleur des dégâts peut être la première étape d’une phase perturbée. C’est là la tâche de la militance de type commando à laquelle nous nous remettons par contrainte de la réalité de notre position minoritaire, que ce soit signé FAI, anonyme ou par un groupe tel que Rouvikonas. La signature est secondaire.

En même temps, l’attaque visible des encapuchonné.e.s contre les installations du pouvoir et des flics doit se poursuivre – lors des manifestations, des émeutes dans les quartiers. Ici, nous restons uni.e.s dans les rues, à attaquer les flics et autres fascistes, à piller, à saccager les rues commerçantes, à ériger des barricades. Ça joue un rôle ici, de savoir si nous faisons tout ça avec des anarchistes, avec des camarades du DHKPC [1] ou avec d’autres potes délinquant.e.s ? D’un côté oui, mais nous devons vérifier avec qui nous agissons dans les rues et pouvons régler les contradictions. La théorie anarchiste n’a pas besoin de se démarquer en permanence vis-à-vis des autres tendances tant qu’elle peut se réaliser dans la pratique. Dans les métropoles occidentales et dans certaines régions rurales, il n’y a absolument aucun foyer de désordre, et ça ne se développera ni par des revendications d’attaques des anarchistes, ni par des appels à l’insurrection de la part des Appelistes.

En ce sens, nos moyens de communication, nos blogs et journaux, sont en réalité une expression d’autisme. Nous existons pour nous-mêmes et ignorons d’autres fronts auxquels le système mène des guerres. Des individualités s’impliquent dans une multitude de conflits différents, mais tant que ça reste limité à certains domaines, à savoir l’antifascisme, l’écologie, etc, ça n’a aucun sens de rechercher des contacts avec la société ou prêcher le militantisme en mode commando, puisque dans ce cas aucun des deux ne poursuit un projet insurrectionnel.

L’État garde sous la main les sociétés de sécurité privée afin de disposer de son propre personnel pour chasser les gens à sa guise. Notre objectif doit être de les éliminer de la vie quotidienne, des transports en commun dans lesquels ils contrôlent les tickets, des magasins où ils gardent des marchandises mortifères. Et des taules, où ils font régner la mort avec les matons.

Solidarité avec les personnes ciblées par l’opération « Scripta Manent » et « Panico », ainsi que tou.te.s celles et ceux qui doivent faire face à la vengeance étatique à travers sa justice pour une manif sauvage en 2016 à Bâle ! Nos cœurs insurgés sont à vos côtés.

Pour l’anarchie !

FAI/FRI Cellule „Amad Ahmad“

 

[Traduit de l’allemand de Chronik, 15.10.2018]

 

NdT :

[1] « Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple » est une organisation para-militaire de type marxiste-léniniste, fondée en 1994 en Turquie. Elle est toujours active.

 

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