22 mars : Certains matins de printemps ont une fraîcheur de révolte [MAJ 27/03]

22 mars : Paris déborde, le printemps commence [Mise-à-jour du 27 mars]

De 6h à 18h, récit non-exhaustif de la longue journée du 22 mars. Rien n’est fini, tout commence.

Paris-Luttes / lundi 26 mars 2018

Dès le début de la semaine commençaient à fleurir tags et diverses affiches annonçant le 22/03 et le 11h Nation dans l’Est parisien, de nuit en nuit les façades de certains lycées se sont vues recouvrir de mots. Déjà, le 22 mars s’annonçait comme le retour d’un printemps ardent.

Effectivement, le 22 mars fut long, très long. De 6h à 18h, récit non-exhaustif d’une journée qui annonce la suite.

Dès 6h, 13 lycées parisiens sont bloqués et une dizaine de lycées en banlieue parmi lesquels Sophie Germain, Victor Hugo, Fénelon, Charlemagne, Dorian, Paul Valéry, Arago, Hélène Boucher, Maximilien Vox, Edgar Quinet, Vilgenis (Massy), Jean Jaurès (Montreuil), Condorcet (Montreuil) et d’autres. Certains lycées sont même en grève totale, comme Suzanne Valandon. Cela faisait au moins un an que tant de lycées ne s’étaient pas mobilisés, n’avaient pas eu l’appréhension commune d’une date à ne pas rater – à construire.

Dans les facs, même élan, Nanterre est bloquée, le centre Clignancourt de la Sorbonne est bloqué, l’EHESS est bloquée. À Paris 1, trois sites (Tolbiac, René Cassin, Institut de géographie) sont fermés administrativement en prévention répressive des éventuels blocages. Peu importe, les étudiant.e.s de Tolbiac décident d’aider les lycéen.ne.s de Claude Monet à bloquer leur lycée. Pendant ce temps, le blocage de Nanterre n’empêche pas la tenue de commémorations du mouvement du 22-mars, précurseur de mai 68 – enfin, si les étudiant.e.s n’étaient pas aller lancer quelques fumigènes afin d’empêcher une énième récupération institutionnelle participant à une dépolitisation chronique de 1968. Quelques heures plus tard, la statue de la place de la République était d’ailleurs taguée d’un « mai 68 ils commémorent on recommence ». À suivre.

En banlieue, les lycéen.ne.s de Massy partent en manif sauvage jusqu’au RER afin de rejoindre le 11h Nation, des voyageurs se retrouvent à pied sur les routes afin de rejoindre l’aéroport de Roissy en raison de la grève des transports, bref, tout le monde réinvestit les axes de circulation. À Paris, la place de la Nation se remplit au rythme des arrivées de cortèges sauvages – certains arrivent du métro, du RER, d’autres à pied, du boulevard Diderot, du Cours de Vincennes, une manif sauvage serait même passée par le pont d’Austerlitz avant d’arriver à Bercy. Nous sommes plus d’un millier, prêts à partir au son de la djerbouka et d’une sono diffusant des titres restés inchangés depuis le printemps 2016.

Sur le boulevard Voltaire, les voitures se retrouvent vite bloquées face à un cortège déterminé. En tête, les banderoles sont des cartons, des sacs poubelles, des bâches – tout ce que les lycéen.ne.s ont pu trouver pour improviser un départ en manif – « contre la sélection, 11h Nation », « présent imparfait, futur plus qu’incertain », « on veut pas une plus grosse part du gâteau, on veut toute la putain de boulangerie », etc. Tandis que nous avançons, et que des banques, des panneaux publicitaires et des agences d’assurance sont refaits, la présence policière jusqu’ici camouflée commence à apparaître, avec de nombreux camions et plusieurs lignes de CRS à l’avant de la manifestation. Un gradé va même jusqu’à rentrer seul dans le cortège, mais en resort rapidement. Des torches s’allument, des fumigènes sont craqués, est clamé « Paris debout soulève-toi » parmi de nombreux autres cris, nous avançons vers République afin de rejoindre les cheminots à Gare de l’Est.

Néanmoins, la manifestation était sûrement trop joyeuse et déterminée pour la préfecture, et des gendarmes en nombre se placent à l’arrière, refermant ainsi la nasse, avec l’objectif certain de nous escorter jusqu’à la gare de l’Est. Alors que les provocations, les charges, et les gazages se multiplient, tout le monde comprend instinctivement qu’il n’est pas question de manifester une fois de plus sous escorte policière, et la manifestation se scinde en deux – la moitié tourne dans une rue perpendiculaire à gauche, l’autre moitié à droite.

À gauche, les manifestant.e.s se retrouvent pris en étau dans une rue où les CRS les attendaient – on ne compte pas le nombre de lycéen.ne.s matraqué.e.s, un étudiant est gravement blessé à la tête. Ainsi, trois manifestant.e.s sont interpellé.e.s – dont deux sont passés en comparution immédiate et ont écopé d’un rappel à la loi. Tout le monde s’éparpille ensuite puis se retrouve afin de rejoindre les cheminots. À droite, un cortège échappe à la nasse en empruntant les petites rues de l’Est en passant par Belleville puis le canal St-Martin jusqu’à la gare de l’Est – au moins 300 personnes, de plus en plus à chaque rue. L’instinct commun y est stratégique, ce sont des quartiers que nous connaissons, que nous habitons, nous parlons et nous savons où aller pour arriver sans flics. Et nous arrivons sans flics à gare de l’Est – après avoir arrêté la circulation, fait irruption sur un tournage, essayé de débrayer quelques lycées – où nous prenons la tête de la manifestation.

On se fond parmi les cheminots, tout le monde crie jusqu’à recouvrir les sonos des syndicats, il faut marcher de longues minutes avant d’arriver en tête tant les cheminots sont nombreux, venus de toute la France. En chemin, nous rencontrons le nouveau chef du PS et ses compagnons évincés aux cris de « tout le monde déteste le PS » et « El Khomri El Khomri elle est où ? ». Tandis que la manifestation est toujours à l’arrêt, de plus en plus de monde se retrouve en tête, nous devons être 2000. Les cheminots s’impatientent et lancent des pétards par dizaines. Banderoles en tête, le cortège démarre – nous n’avions plus vu un cortège de tête si hétérogène depuis le 1er mai dernier, si ce n’est depuis 2016 : les lycéen.ne.s et les étudiant.e.s du matin, des k-ways noirs, des chasubles rouges, beaucoup de cheminots nous rejoignent. Jusqu’à République, tout le monde se retrouve, comprend que rien n’a disparu, que les rencontres d’un printemps font le printemps d’après.

Après la place de la République, la ferveur monte. Slogans, silence, slogans, chants, danses, pavés. Il n’y a pas de cortège de tête, seulement une tête parce que sans ballons syndicaux, sans slogans creux pré-enregistrés, parce que compréhension commune de ce qui se joue le temps d’une manifestation. En tête il y a une foule éparse, puis des banderoles, puis du noir, puis un monde sans drapeaux ni mégaphones. On redécouvre ce phénomène né il y a deux ans comme s’il n’avait jamais existé, et on réfute les prévisions de tous ceux qui croyaient sa mort déjà actée.

Entre République et Bastille, la foule se réveille et la préfecture renie sa stratégie de désescalade. Nous sommes de plus en plus, à croire que les cheminots désertent les cortèges syndicaux. Une Volkswagen s’enflamme, toutes les agences bancaires et d’assurance voient leurs slogans macabres remplacés par de joyeux mots, par dizaines – impossible de relever tous les tags géniaux qui ont fleuris en une journée après des mois d’abstinence. Certaines agences sont même débarrassées de leurs vitrines-forteresses et font ainsi portes-ouvertes le temps d’une émeute. À chaque rue perpendiculaire, les CRS sont là, au contact – à l’inverse de ces derniers mois – et nous redécouvrons les joies des grenades lacrymogènes et désencerclantes, mais surtout du canon à eau devenu jouet favori de la préfecture. Après tout, c’est le printemps, que la préfecture nous arrose et nous nous multiplierons, germerons partout. Et parmi les pavés, le bitume et les bouteilles, dans l’euphorie tout le monde se met à danser sur Freed from desire, rythmé par les éclats de vitrines et de grenades, comme seule manière de se réchauffer sous une pluie mousseuse. Le boulevard Beaumarchais est libéré de son bitume, les pavés sont à nus et nous arrivons à Bastille.

Impossible d’avancer, nous ne sommes même pas sur la place qu’elle est déjà noire – la manif de la fonction publique est déjà arrivée et est aussi massive que celle des cheminots. Nous pénétrons la place dans les gaz, et règne un silence immense. Tout le monde – dans les deux cortèges – attend de se rencontrer, de se voir, de s’unifier. Chacun raconte sa journée, et on apprend que l’autre manif était aussi habitée d’une importante tête – tout l’Est parisien a donc été traversé en une journée, dans les lycées, dans les facs, dans les gares, à Nation, à République, à Bercy, à Bastille, etc. Il s’agit maintenant de ne plus contenir le débordement à un seul quartier, à une seule journée, à un seul événement, à un fragment de manif. Nous disions que « le 22 mars se présentait comme une occasion de réoccuper les espaces que nous avions abandonnés, de se retrouver », ce n’est finalement qu’une brêche qui en appelle d’autres.

Nous parlons avec quelques cheminots, ceux-ci se félicitent de cette première journée mais expliquent qu’il va falloir continuer autrement, que rien ne se fera avec leurs centrales syndicales en lesquelles ils n’ont pas foi. Selon eux il n’est pas question de négocier, il n’est d’ailleurs même pas question de retraites ou d’avantages – il ne s’agirait que d’une occasion pour se coordonner, s’organiser entre bases syndicales lucides et déterminées et autres manifestants. L’un d’eux ajoute qu’il n’est plus possible d’attendre, que c’est le moment, que ce ne sont pas les gares qu’il faut bloquer mais l’Élysée qu’il faut brûler. L’autre propose : « aujourd’hui on est 50.000 à Paris, la prochaine fois chacun vient avec une chèvre, on lâche les chèvres dans Paris et tout est bloqué. Il faut commencer par tout bloquer. » À méditer.

Alors que la place se vide doucement, beaucoup ne veulent pas partir, rien ne paraît fini – et du monde se réunit autour de la colonne de juillet en travaux, derrière les planches est cachée une quinzaine de CRS, prêts à intervenir pour évacuer la place. Tout le monde y voit un symbole du macronisme, de l’art de la mise en scène et du maquillage – autour d’un monument insurrectionnel, camouflés derrière des planches. Des cheminots, des fonctionnaires, des jeunes commencent à donner des coups dans les planches – à essayer de faire s’écrouler le décor – puis lançent tout ce qu’ils trouvent au-dessus des planches. Les flics repérés et assaillis prennent la fuite en lançant quelques grenades, et partent se réfugier dans un boulevard. Il n’y aura pas d’évacuation, pas même de sommation, malgré l’horaire de dispersion largement dépassé. Rien n’est fini, tout commence.

La CGT annonce déjà une nouvelle date nationale le 19 avril, il s’agit bien sûr d’en être, mais il n’est pas question d’attendre un mois. Nous avons donc un mois pour multiplier les points de conflits, de présence, avec les cheminots, dans les facs et ailleurs. Créer des dates et des lieux, construire le printemps.

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Montpellier : Pétel Pétain [Mise-à-jour du 27 mars]

Le Pressoir / vendredi 23 mars 2018

Hier soir [22mars 2018], nous, membre de l’AG inter-sectorielle de Montpellier, occupant l’amphithéâtre A de la Faculté de droit et de science politique suite aux décisions de cette même AG, avons dû faire face à une attaque d’une violence inouïe à l’intérieur même des locaux de la faculté.
Philippe Pétel, doyen de la faculté de droit, organise vraisemblablement des groupes violents et fascistes.

Durant l’après-midi et le début de soirée, une vingtaine de personnes est restée dans l’amphithéâtre, proférant insultes et menaces. « Cette nuit, ne dormez que d’un oeil » ; « Faudra pas se plaindre une fois aux urgences ».

L’un des occupants a alors été pris à partie et frappé par certains d’entre eux, menés par le professeur d’université en droit de la santé M. François Vialla.

Le doyen de l’université Phillipe Pétel a, tout le long de l’occupation, encouragé ce petit groupe d’étudiants à perturber celle-ci. Suite au refus de sa demande d’intervention policière par la préfecture, le ton monte : « vous nous prenez en otage, nous allons devoir répondre » s’exclame M. Pétel.

« Pris en otage », par une centaine d’étudiants et de travailleurs, qui ont occupé pacifiquement un amphithéâtre pour s’organiser conjointement contre la série de loi scélérate de destruction du service public portée par le gouvernement Macron.

Entre minuit et une heure, le doyen et ses adjoints contactent des étudiants en droit qui participaient à l’occupation, leur demandant de quitter l’amphithéâtre « avant que ça chauffe ». Dans les minutes qui suivent, une dizaine d’individus cagoulés, armés de bâtons et de taser le rejoint dans un coin du hall central. M. Philippe Pétel leur indique alors des issues de secours par lesquelles ce groupuscule s’engouffre en courant dans la pièce occupée.

S’en suit alors une scène d’une violence incroyable ou les assaillants s’acharnent sur les occupants non-violents, les frappants au sol et les poursuivant pendant qu’ils essayent d’évacuer les blessés.

Parmi ces assaillants, plusieurs étudiants de la faculté de droit ont eu la désagréable surprise de reconnaitre certains de leurs professeurs et chargés de TD.

  • François Vialla
  • Jean-Luc Coronel de Boissezon , chargé TD
  • Maël Souchon chargé de TD
  • Loïc Seeberger

Le doyen s’est ensuite enfermé avec les personnes cagoulées à l’intérieur de la faculté, les protégeant de la police qui venait d’arriver sur place.

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Montpellier : Tension au rassemblement contre les fachos de la Ligue du Midi [Mise-à-jour du 27 mars]

Le Parisien / dimanche 25 mars 2018

La tension est loin de retomber à Montpellier (Hérault). Deux jours après les graves incidents à la faculté où une dizaine d’hommes encagoulés et armés de bâtons sont intervenus pour déloger des étudiants occupant la fac, des militants antifascistes et des identitaires se sont provoqués ce dimanche en ville. Ils se sont insultés et jetés des projectiles.
Vers 11h, les antifascistes, dont des membres de la Ligue des droits de l’Homme, des étudiants mobilisés contre la réforme de l’accès à l’université et de jeunes communistes et anarchistes, se sont rassemblés devant la préfecture de l’Hérault. Ils ont déployé une banderole proclamant en lettres rouges «Fachos, ni dans nos facs, ni dans nos rues». Les manifestants faisaient ainsi un lien entre la présence de la Ligue du Midi dans le centre-ville et la violente expulsion de jeudi, dénonçant «une milice fasciste».
Les antifascistes ont ensuite tenté d’aller à la rencontre d’une trentaine de militants de la Ligue du Midi, un groupuscule dont le fondateur Richard Roudier brandissait un portrait du gendarme tué à Trèbes (Aude).
Positionnée entre les deux groupes pour les maintenir à distance, la police anti-émeutes n’a pas empêché Richard Roudier, 70 ans, de se précipiter vers les «antifa» ce qui a provoqué un échange de projectiles entre les deux camps, dont des bouteilles de verre.
«Pétel (ndrl : nom du doyen de la fac qui a démissionné après avoir été mis en cause par les étudiants violentés), Roudier, même combat… Cassez-vous !», ont scandé les antifascistes. «Gauchistes collabos !», «Gauchistes, terroristes, même combat !», ont répondu la trentaine de militants de la Ligue du Midi. Certains d’entre eux portaient des masques aux couleurs du drapeau français.
Après ces heurts, le président de l’Université, Philippe Augé, a annoncé dimanche que la fermeture de la faculté de droit était prolongée. Les portes resteront fermées ce lundi. Le communiqué explique qu’il s’agit «d’éviter tout risque d’altercations ou de débordements et de permettre un retour rapide à une situation apaisée». L’université dit «souhaiter que la réouverture puisse intervenir dans les meilleurs délais».
Philippe Augé avait annoncé vendredi qu’il portait plainte contre x «afin que toute la lumière soit faite sur les événements». Le parquet de Montpellier a ouvert une enquête pour «faits de violences en réunion et avec arme».
Quatre étudiants ont été blessés jeudi soir.

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Grenoble : Le colloque sur Frontex perturbé [Mise-à-jour du 27 mars]

Indymedia Grenoble / jeudi 22 mars 2018

Jeudi 22 avril, environ 150 personnes se sont rassemblées dans une ambiance festive face au bâtiment IMAG de l’Université de Grenoble. Slogans, table de presse et diffusion de tracts étaient au programme de cet après-midi. Ce rassemblement avait été appelé par de nombreux syndicats, associations et collectifs. Il contestait l’invitation à un colloque universitaire d’acteurs de la militarisation des frontières (Frontex, Euromed police, Europol, etc), dont notamment le président d’Euromed police et le directeur des affaires juridiques de Frontex.

Les organisateurs du colloque ont fait le choix de le maintenir sous haute surveillance policière, les entrées étant filtrées par des membres de la BAC.

Vers 16 heures, le groupe s’est dirigé vers la salle de conférence afin de perturber l’intervention du chef d’Euromed police, et d’interpeller les membres du colloque. Des participant.e.s ont alors ouvert les portes aux manifestant.e.s qui sont entré.e.s en scandant des slogans pendant une dizaine de minutes. La police, en tenue anti-émeute est intervenue, frappant sans sommation les manifestant.e.s afin de les faire sortir. Bloquée contre un mur, des dizaines de personnes ont du faire face aux policiers sans pouvoir éviter les coups. Les organisateurs ne sont pas intervenus.

On déplore ainsi de nombreuses blessures sur des manifestant.e.s, dont quatre ont dû être hospitalisé.e.s. Au dernier bilan, on recense deux personnes ayant eu besoin de points de suture à la tête, un doigt cassé, et une autre personne qui a dû subir un examen complet suite à de multiples coups.

Les organisateurs ont fait le choix de continuer le colloque, comme si de rien n’était. Nous dénonçons la tribune offerte à des représentants d’organisations criminelles financées par l’Union Européenne qui agissent en toute impunité sans contrôle démocratique.

Nous dénonçons l’intervention et la violence de la police.

Frontex, hors de nos facs, hors de nos vies !

Liberté de circulation et d’installation !

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Paris : Manifs sauvages et bordel 

extrait du Parisien / jeudi 22 mars 2018

Les cheminots et les fonctionnairesse rassemblaient ce jeudi après-midi à Paris [tandis que la manif appelée à Nation à 11h s’est scindée après quelques centaines de mètres en deux manifs sauvages et rageuses qui ont rejoint Gare de l’Est; NdAtt.] mais aussi dans près de 180 villes de France. De 320 000, selon le ministère de l’Intérieur, à 400 000, selon la CGT, manifestants étaient mobilisés.
Cette mobilisation a été suivie à la SNCF mais aussi dans les écoles ou le transport aérien. Etudiants et lycéens ont aussi initié une mobilisation ce 22 mars, jour du cinquantième anniversaire de la fronde étudiante qui a lancé les événements de mai 1968.

16h37. 40 000 manifestants défileraient à Paris, selon la CGT. Le syndicat estime à 400 000 le nombre total de manifestants en France.
16h13. Les débordements continuent. Selon un de nos reporters sur place, une agence bancaire a été « saccagée ». Les forces de l’ordre recourent toujours au canon à eau.
16h01. Le cortège des cheminots s’arrête à distance de la Bastille. Des éléments perturbateurs s’affrontent avec les forces de l’ordre en tête du rassemblement, sur le boulevard Beaumarchais. La police réplique au canon à eau et aux gaz lacrymogènes. Les manifestants doivent patienter le temps que ces échauffourées prennent fin.
15h47. Tensions en marge de la manifestation. Une agence d’assurance du boulevard Beaumarchais est prise pour cible par des casseurs encagoulés, brisant la vitrine et pénétrant dans les locaux. La police intervient.
15h30. De premiers débordements signalés. Selon une source policière, des jets de projectiles auraient eu lieu à destination des forces de l’ordre à hauteur du boulevard Beaumarchais, à Paris. Celles-ci auraient répliqué en usant de grenades lacrymogènes. Toujours selon la même source, un véhicule aurait été incendié dans le secteur environnant.
15 heures. Nouvelles dégradations. Après les incidents survenus en milieu de journée boulevard Voltaire, à Paris, de nouvelles dégradations sont commises en marge de la manifestation des cheminots.

Trois individus ont été interpellés en marge des manifestations, selon la préfecture. Celle-ci évoque notamment un « militant violent déjà connu des services ».

Filles du Calvaire. Pendant…

…et après

 

20minutes / jeudi 22 mars 2018

Des échauffourées ont éclaté jeudi matin entre jeunes manifestants et policiers dans l’est de Paris, a constaté un journaliste de l’AFP.
Parmi plusieurs centaines de jeunes partis de la place de la Nation pour rejoindre la gare de l’Est d’où doit s’élancer la manifestation des cheminots, des groupes souvent cagoulés se sont attaqués à deux agences bancaires et des panneaux publicitaires et ont jeté des projectiles sur les CRS. Peu avant midi, les policiers ont chargé ces manifestants et ont fait usage de gaz lacrymogènes.

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Nantes : Projectiles et peinture – et une pensée pour les morts pour la France

20minutes / jeudi 22 mars 2018

[…] Au moins 8.500 manifestants ont répondu présents selon les chiffres de la police, 10.000 selon les syndicats. Mais le défilé, encadré par un important dispositif de sécurité, s’est déroulé dans un climat particulièrement tendu. A 13h30, la situation était d’ailleurs toujours très confuse en centre-ville, où des affrontements ont lieu entre quelques centaines de manifestants et forces de l’ordre. Les transports en commun sont toujours coupés.
En fait, les choses ont dérapé à peine la manifestation engagée. Alors que de premiers slogans ont retenti (« Macron, tu sais quoi, tu finiras pas ton mandat » ou le plus traditionnel « Nantes, debout, soulève toi »), des projectiles et de la peinture ont été projetés sur la façade du commissariat, cours Olivier-de-Clisson.
Le cortège s’est ensuite remis en marche dans le calme, mais comme scindé en deux : plusieurs milliers d’étudiants, dont un groupe avait revêtu capuches et masques, ont ouvert la marche derrière leur propre banderole. Derrière, l’intersyndicale et les salariés ont défilé au son des camions.
La situation s’est de nouveau tendue au niveau de la préfecture, où les manifestants ont été accueillis par des lances à eau. « On continue d’avancer, on n’a pas peur d’être mouillés », scandait la foule. Les forces de l’ordre ont fait usage à plusieurs reprises de gaz lacrymogènes, provoquant des mouvements de panique. De nombreux pétards, fumigènes et projectiles ont fusé du côté des manifestants. A 13h30, sept d’entre eux avaient été interpellés, indique la police, qui fait état de dégradations et de tags sur du mobilier urbain.

La Préfecture de Nantes

extrait de Presse Océan / jeudi 22 mars 2018

De nombreux tags ont été réalisés en ville en marge de la manifestation pour la défense du service public à Nantes. L’une de ces dégradations, commise sur le monument aux morts du quai Ceineray, a choqué la maire de Nantes, Johanna Rolland, qui a décidé de porter plainte. […]

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Rennes : Des tentatives de manif sauvage stoppées par les bleus

extrait d’Ouest-France / jeudi 22 mars 2018

[…] Le rassemblement a réuni 7 500 à 8 000 manifestants ce jeudi matin selon les syndicats […] Certaines banques ont été taguées avec des slogans. « Moins de policiers, plus de postiers », peut-on lire sur la vitrine du Crédit Agricole.

13h48 – Alors que la manifestation officielle s’est disloquée depuis plus d’une heure, environ 200 personnes, principalement des étudiants, ont tenté de repartir en direction du centre-ville. Ils ont été bloqués par les CRS à l’angle de la rue Joffre et du boulevard de la Liberté. Ils ont ensuite été repoussés vers l’esplanade Charles-de-Gaulle, devant les locaux du Crij Bretagne. Un cordon de CRS reste présent.

11h58  – La police bloque l’accès à la place des Lices. Une partie des manifestants qui se trouvaient en tête (entre 300 et 400) ont tenté de forcé le barrage. Ils ont été rattrapés et repoussés par des tirs de lacrymogènes vers la place de Bretagne. Ils ont fini par rejoindre le cortège.

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Lyon : Début de manif sauvage

extrait de Rebellyon / jeudi 22 mars 2018

Les premières estimations, celles de la CGT, commencent à circuler. On annonce 15 000 personnes dans les rues de Lyon (qui sont loin d’être toutes et tous arrivé.e.s à la préfecture). La police s’est empressée de contrebalancer les chiffres de la CGT auprès de la presse, dont certains titres annoncent 9 200 personnes de source policière, ce qui nous parait exagérément sous-estimée au vu de la mobilisation du jour.

12h41. Manifestation sauvage sur les quais du Rhône, premières charges et lacrymo.
Une partie du cortège est parti en manif sauvage sur les quais. Les premières lacrymo commencent à fuser et les flics courent pour bloquer le cortège. Face à Face sur les quais.

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Blocages de facs et lycées

extrait du Monde / jeudi 22 mars 2018

[…] Plusieurs lycées et universités sont bloqués ou fermés par les directions d’établissement en raison de la mobilisation étudiante et lycéenne contre la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur et du baccalauréat.
A Paris, le rectorat dénombre 13 établissements scolaires perturbés, situés notamment dans l’Est parisien. Les blocages ont démarré tôt dans la journée et plusieurs étaient encore en cours en milieu de matinée.  […] Devant l’entrée du lycée Arago (12e arrondissement), une dizaine de lycéens ont entassé des barrières de chantier et des banderoles « Arago contre la sélection » et « 1968-2018 ça va vite », a constaté un journaliste de l’AFP. […] A quelques encablures de la place de la Nation, le lycée Hélène-Boucher était, lui, partiellement bloqué par des barrières et des poubelles. Réunis devant l’entrée, quelques dizaines de lycéens criaient : « Non, non, non à la sélection. » Une banderole appelle « exilés, expulsés et étudiants » à la « contre-attaque ». […]

Côté universités, Paris-I (Panthéon-Sorbonne) a fermé quatre de ses sites pour la journée, en raison de l’appel à la grève des agents publics. Il s’agit d’une mesure « de précaution » car ce sont des sites qui accueillent le public, a indiqué Paris-I. La faculté des lettres de Sorbonne-Universités a de son côté été fermée ce matin, avant de rouvrir en début d’après-midi.
A Lyon aussi, le campus Berges du Rhône a annulé ses cours ce matin.
La direction de l’université Paul-Valéry à Montpellier avait, quant à elle, décidé il y a deux jours de suspendre les cours jusqu’à lundi 26. En début d’après-midi, une nouvelle assemblée générale était organisée dans un des amphithéâtres de la fac de droit pour réfléchir à la suite du mouvement.
A Toulouse-II, les étudiants et personnels de l’université de sciences humaines Jean-Jaurès, réunis en assemblée générale, ont voté à une très large majorité la reconduction jusqu’à lundi du blocage de l’établissement entamé le 6 mars [voir ci-dessous; NdAtt.].
A Lille, l’entrée de Sciences-Po Lille était complètement bloquée, avec des barrières et des poubelles, a constaté un journaliste de l’AFP. [l’amphi B1 du campus pont de bois est également occupé, lit-on sur Indy Lille; NdAtt.]

A Lyon

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Toulouse : La fac’ occupée est menacée d’intervention policière

Communiqué des occupant.e.s de l’ARRRche à la fac du Mirail

IAATA / jeudi 22 mars 2018

Alors que le ministère de l’Enseignement Supérieur a déclaré l’université « ingouvernable » et décide de la passer sous tutelle du rectorat, nous , occupant.e.s faisons un point sur le mouvement et proposons des pistes pour les jours qui viennent.

A la fac du Mirail, la lutte a de l’allure. Le déclencheur, un projet de fusion des différentes écoles et universités toulousaines (UT2 Mirail, UT3 Paul Sabatier, INP, INSA) afin de former un grand collège universitaire. Un projet dans la pure tradition néolibérale. Un objectif, se spécialiser dans certains domaines de recherches et faire sa place dans l’infame classement de Shangaï. L’opposition à ce projet est déjà ancienne mais depuis décembre et la grève des personnels ainsi que l’annonce de la loi ORE. Aux tractages, envahissement de CA et rassemblements s’ajoute désormais des AG massives (jusqu’à 2 500 personnes) et un blocage de la fac continue depuis le 6 mars.
Nous ne sommes pas naï.ves.fs et savons bien que la fusion et le Plan Etudiant suivent une feuille de route identiques depuis longtemps inscrite dans le Processus de Bologne. Ainsi, lorsque Daniel Lacroix, président de l’UT2M, par sa voix prépondérante tranche en faveur de la candidature à l’IDEX (Initiative D’EXellence), préliminaire à la fusion, c’est grâce aux statuts de l’université instaurés par la loi LRU en 2007. De même, nous ne sommes pas surpris.e.s de voir les réformes de l’université, la sélection, sont défendues par un gouvernement qui propose également une avalanche de réformes néolibérales, une précarité généralisée, une destruction systématique des services publiques et des acquis sociaux. Ces mesures annoncées comme nécessaires ne visent qu’à nous mettre au pas, en marche forcée.
Cravacher pour avoir un Bac. Lutter pour rentrer à la Fac. Galérer pour trouver un taf imbuvable. Suer pour garder son chômage. Poireauter des heures à l’hosto. Faire ses fonds de poches pour payer un ticket de métro.
A mesure que la pression s’accroit, l’Etat affute la répression. Au quotidien c’est la chasse aux migrant.e.s, l’état d’urgence permanent, des dizaines de nouvelles prisons et des flics toujours plus féroces. Voilà ce qu’il faut désormais pour faire tenir une société qui ne tolére plus que l’excellence. Voilà , entre autres, pourquoi nous luttons et occupons l’université du Mirail.

Ce mardi 20 mars, le verdict est tombé : mise sous tutelle de l’université et imminence d’une expulsion policière de l’occupation de l’Arrrche.Ce qu’ils veulent détruire, c’est cette colère qui s’organise, ces espaces arrachés à des exigences qui se cachent derrière l’excellence pour en masquer la rentabilité.
Nous refusons d’être rentables puisque nous exigeons autre chose. L’excellence est ici puisqu’il s’agit de sortir de la torpeur politique qui nous guette : ces hectares que nous fréquentons se réduisent à des trajectoires individualisées par un pécule de compétences. Et bien non ! Nos désirs débordent : plutôt que des murs blancs des mots qui chantent, plutôt qu’une arche un labyrinthe de barricades, plutôt que des tribunes des cercles de parole, plutôt que des plats micro-ondables des récups, plutôt que la morne misère la joyeuse débrouille, plutôt que des carrières de la solidarité, plutôt que des profs des lectures collectives, plutôt qu’une chambre des dortoirs, plutôt qu’une opinion des prises de position.
Ce qui se dessine ici leur échappe, et quand bien même ils déploieraient leur arsenal répressif, nous résisterons, nous nous propagerons, car tout cela à plus de sens que leur injonctions parsemées de critères.

À Toulouse aussi la lutte collective s’organise dans des assemblées non sectorialisées, offensives dans leur essence et ouvertes à toutes et à tous, ou lors des manifestations lorsque deviennent visibles des cortèges de tête qui ont en commun non pas une étiquette mais la volonté d’abolir l’ordre établi.Ce qu’il se passe au Mirail est un combat qui dépasse éminemment le cadre de l’université, c’est un modèle de société qui est en jeu. Un modèle élitiste qui tend à marchandiser le savoir et chaque recoin de nos existences, qui se heurte à une vision du monde où les individus sont libres et affranchis de toute forme d’exclusion.
Un monde qui appartient à tou.te.s et pas seulement à une élite. Un monde où notre capacité à survivre n’est pas conditionnée par la nécessité de vendre son temps et sa force de travail à ceux qui possèdent le capital. Un monde libre. Il ne le sera pas sans révolte.

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Mai tout commence

IAATA / jeudi 22 mars 2018

Que se passe-t-il à la fac du Mirail à Toulouse ?
De l’extérieur, tout laisse à croire à un banal mouvement estudiantin bien que ces derniers étaient presque inexistants depuis 8 ans. Blocus, banderoles, AG spectaculaire et interminable, syndiqué.e.s tribuns et antibloqueurs réacs.

Seulement le campus n’a pas attendu la loi ORE pour s’agiter. En cause deux situations propre au Mirail. Tout d’abord le projet de fusion d’universités et écoles toulousaines (UT2, UT3, INP, INSA) contesté dès 2016 par les syndiqué.e.s ainsi que des étudiant.e.s non-encarté.e.s. Ceux-ci et celles-ci éditent leurs propres tracts, organisent banquets et projections pour tenter de dépasser le cadre d’une lutte menée uniquement de manière défensive.

Vient ensuite, sur un campus entièrement reconstruit en Partenariat Public Privé Vinci-État, l’annonce d’un projet de brasserie dans les locaux de l’université. Un resto pour riches porté par des investisseurs privés. Une occupation en réponse. « Parce que l’Université érige son mépris à la hauteur du prix des plats dont seul l’odeur nous sera accessible » écrivaient les occupant.e.s fin avril 2017. Ces deux situations deviendront des tremplins pour ce qui se joue actuellement au Mirail. Cela permit de voir dès décembre 2017 des AG à plusieurs centaines de personnes contre la fusion et la sélection, quand le mouvement prenait lentement dans les autres facs. Les tags et affichages sauvages commencent alors à faire un retour massif et réjouissant.
La décision d’occuper à nouveau était une évidence. C’est le cas dès le 8 février.

Depuis, sur un campus conçu comme asseptisé mais que certain.e.s n’hésitent pas à ironiquement qualifier de « mort » par la faute du mouvement, la vie débordre. L’arche, le bâtiment marquant l’entrée de la fac est occupée.

Un excellent lieu pour y apposer des banderoles, comme celle qui s’adresse à Gérard Collomb et sa « reconquête républicaine » de la Reynerie : « 1492, Collomb colonise, 2018, rien n’a changé ».
Un excellent lieu pour se prémunir des keufs, trois RG quittaient la fac sous les oeufs dernièrement.
Un excellent lieu où la bouffe, la chourre et la récup se partagent.
Un excellent lieu où circulent livres, brochures, films, musiques, savoirs, récits et envies de luttes entre deux parties de Tarot.
Un excellent lieu où peuvent se croiser deux ballets : celui du cours de danse répétant un spectacle pendant que les distributeurs de boissons se font dépouiller.
Un excellent lieu où viennent discuter des enseignant.e.s luttant contre l’expulsion par la PAF d’une élève de primaine, croisant ainsi un convoi de palettes servant à organiser les dortoirs.
Un excellent lieu où l’on parle de philosophie avant d’aller tagger les toilettes.
Un excellent lieu dont on ne se lasse pas de fignoler les barricades.
Un excellent lieu que personne ne compte lacher, et surtout pas sous la menace des flics !

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Quelques photos des manifs parisiennes (matin et aprèm) :

A Bordeaux

 

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