Calais : Trois nuits d’affrontements entre migrants et flics

Le Monde / mercredi 11 novembre 2015

Calais 2Pour la troisième nuit d’affilée, des heurts ont de nouveau eu lieu, mardi 10 novembre au soir, aux abords du bidonville de Calais entre des migrants et quelque 250 policiers mobilisés. Si le ministère de l’intérieur a qualifié la nuit de « bien plus calme » que les deux précédentes, des CRS ont tout de même tiré une soixantaine de grenades lacrymogènes contre de petits groupes qui leur jetaient des projectiles. Les nuits précédentes, les policiers en avaient tiré en moyenne 300, et 27 d’entre eux et un migrant avaient été blessés.

Calais« On continue le travail d’identification de tous ceux qui se livrent à des violences ou qui peuvent inciter les autres à en commettre », a fait savoir un porte-parole de la Place Beauvau. Ces affrontements sont le résultat, selon la police, de tentatives inédites par des groupes de migrants de bloquer la circulation sur la rocade portuaire en y jetant divers objets. Dans l’embouteillage créé, ils tentent de monter à bord de camions qui s’apprêtent à embarquer sur des ferries pour l’Angleterre. Selon le ministère de l’intérieur, il n’y a eu dans la nuit de mardi à mercredi aucune tentative de monter dans des camions, contrairement aux nuits précédentes.

Ces heurts se produisent alors que les barrages policiers au port de Calais et à l’entrée du tunnel sous la Manche ont été renforcés, condamnant à l’échec nombre de tentatives de passage. Malgré 300 tentatives par nuit en moyenne, plus aucun migrant n’a traversé la Manche depuis trois semaines, assure la préfète du Pas-de-Calais, ce qui explique en partie la montée des violences.

Dans le même temps, la taille du bidonville dans la lande augmente. Quelque 4 500 personnes y vivent dans une extrême précarité, selon les derniers chiffres du ministère. Tous espèrent gagner l’Angleterre, qu’ils considèrent comme un eldorado, via le tunnel sous la Manche ou le port de Calais. […]

Gilles LeboveLes syndicats de police s’inquiètent de ces violences, une « première » estimait lundi Gilles Debove [photo à gauche; NdAttaque], responsable du syndicat SGP Police-Force ouvrière dans le Calaisis. […] Mardi, la préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, reconnaissait que le verrouillage du port créait « peut-être plus d’agressivité » de la part des migrants. Elle accusait également des militants altermondialistes membres du groupe No Border, « qui les organisent, qui leur donnent des outils pour venir à la rencontre des forces de l’ordre ».

La préfecture s’attachait également à rassurer les riverains. Depuis peu, certains migrants fouilleraient dans des pavillons voisins du camp pour y trouver les objets qui leur permettraient de bloquer la rocade. La préfecture a promis mardi de rendre les forces de sécurité plus « visibles ».

Selon la Voix du Nord, la préfète a annoncé la mise en place d’un dispositif pour sécuriser les habitations des riverains. « On doit être aussi mobiles et s’adapter autant que les migrants », dit-elle. Environ 250 policiers, dont une majorité de CRS, étaient mobilisés mardi soir autour de la « jungle » : douze camions, dont deux aux gyrophares allumés, stationnaient devant une dizaine de pavillons.

La maire de Calais, Natacha Bouchart (Les Républicains), a de nouveau réclamé l’intervention de l’armée, une demande qu’elle avait émise en octobre. En France, la sécurité intérieure est assurée « par la police et la gendarmerie », a répondu la préfète. […]

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Un No Border interpellé

La Voix du Nord / vendredi 13 novembre 2015

Ce jeudi soir, un homme appartenant à la mouvance No Border a été interpellé. Il est soupçonné d’avoir participé aux affrontements à la « jungle », en début de semaine, qui ont opposé des migrants à des CRS. Selon les syndicats de police, des No Borders présents dans le bidonville auraient pu inciter des migrants à se mobiliser contre les forces de l’ordre. […]

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Dimanche : première nuit d’affrontements

La Voix du Nord / lundi 9 novembre 2015

Des violences entre migrants et forces de l’ordre ont eu lieu aux abords de la « jungle » de Calais dans la nuit de dimanche à lundi. Seize policiers ont été contusionnés dans les affrontements, selon la préfecture du Pas-de-Calais. Le calme est revenu aux alentours de 1 h du matin.

Vers 23 h dimanche, « plusieurs groupes de migrants, jusqu’à 200 personnes, ont tenté de ralentir, voire de bloquer le trafic sur la rocade portuaire de Calais », indique un porte-parole de la préfecture. « Ces tentatives se sont poursuivies jusqu’à 1 heure du matin, nécessitant l’adaptation d’un dispositif de sécurité, avec des migrants qui ont jeté divers objets sur la rocade », ajoute cette source, précisant que les CRS ont dû employer des gaz lacrymogènes pour repousser les migrants. Selon une source policière, les forces de l’ordre ont utilisé « presque 300 grenades » lacrymogènes. Le calme est revenu vers 1 h du matin, a fait savoir la préfecture. Les blessures légères des policiers sont dues à des jets de pierre, selon la même source.

ludovic houchart« C’est la première fois que c’est aussi violent et qu’on a malheureusement autant de collègues blessés », a indiqué Gilles Debove, responsable du syndicat SGP Police-Force Ouvrière dans le Calaisis. « On est inquiet, si un jour on a une révolte au sein du camp, ça va être la folie », a-t-il poursuivi. « La tension est très palpable. Ces affrontements d’une ampleur inégalée montrent d’une part qu’il est plus difficile de passer, d’autre part que la résistance vis-à-vis des forces de l’ordre est de plus en plus vive, commente Ludovic Hochart (UNSA Police) [le chauve au milieu dans la photo ci-contre; NdAttaque]. Ce genre de violences risque de se reproduire. »

Les syndicats de police décrivent un climat lourd du côté des forces de l’ordre, avec le sentiment que les autorités, qui veulent une baisse de la population de la « jungle », en demandent trop aux agents à qui des objectifs chiffrés sont imposés. « Moralement, c’est dur, poursuit Ludovic Hochart, il était demandé aux agents une moyenne de 50 placements par jour en centre de rétention, loin de Calais. Un objectif intenable qui est descendu à 25 placements par jour. Le but, c’est d’éloigner les migrants, de leur casser le moral, même si pour le moment il est trop tôt pour dire si cette stratégie aura des effets. »

Les syndicats rapportent des affrontements désormais réguliers, la nuit, avec des migrants « qui testent le dispositif policier ». La semaine dernière déjà, des affrontements ont eu lieu entre les agents postés sur la rocade, qui ont tiré des gaz lacrymogènes, et des personnes se trouvant dans la « jungle » lançant des cailloux vers les agents. Ces images, qui selon leur descriptions aurait été filmée le 2 novembre, sont visibles sur le site d’information Révolution permanente (qui se revendique du courant communiste révolutionnaire du NPA).

Environ 6 000 migrants se trouvent actuellement dans la « jungle » de Calais, le camp toléré par l’État installé aux abords du centre d’accueil de jour Jules-Ferry. Des travaux pour l’installation du campement humanitaire de 1 500 places, annoncé par Manuel Valls le 31 août ont débuté début novembre, ainsi que l’augmentation de la capacité d’accueil des femmes et les enfants. Les départs de migrants à destination de centres dans d’autres régions de France ont également débuté, dans le cadre du dispositif annoncé par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve. Près de 1 000 migrants auraient déjà été éloignés de Calais. Début novembre, le tribunal administratif de Lille a contraint l’État à prendre des mesures d’urgence pour améliorer les conditions de vie des migrants dans la « jungle » de Calais.

Il y a actuellement 1 125 membres des forces de l’ordre mobilisés à Calais pour gérer la pression migratoire et assurer la sécurité des installations du tunnel sous la Manche. la maire de Calais Natacha Bouchart avait manifesté son souhait de voir l’armée intervenir pour « surveiller » sa ville.

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Lundi : deuxième nuit d’affrontements

Le Monde / mardi 10 novembre 2015

Des heurts ont de nouveau éclaté dans la nuit de lundi à mardi 10 novembre entre quelque 250 migrants et les forces de l’ordre, sur la rocade d’accès au port de Calais. Des heurts similaires avaient eu lieu la nuit précédente, blessant légèrement 16 policiers et un migrant.

Entre 23 heures lundi et 4 heures mardi, des migrants ont, « à plusieurs reprises, tenté de ralentir le trafic sur la rocade portuaire en posant divers objets sur la chaussée », a expliqué un porte-parole de la préfecture du Pas-de-Calais, précisant qu’avaient été dénombrés « onze blessés très légers parmi les policiers », sans mentionner d’éventuels blessés parmi les migrants. « Les policiers ont dû repousser à plusieurs reprises les migrants de la rocade. Des projectiles ont été lancés sur les policiers ».

La rocade portuaire a été fermée pendant deux heures, puis a ouvert et fermé plusieurs fois, a affirmé le centre régional d’informations et de coordination routière (CRICR). Selon une source policière, les policiers ont dû faire usage de gaz lacrymogènes de nombreuses fois. De leur côté, les migrants ont « démonté des panneaux de signalisation pour faire des barrages sur la rocade », selon cette source, qui évoque l’aide de militants altermondialistes « No Border ».

En outre, mardi matin vers 9 heures, entre 200 et 250 migrants ont fait irruption sur la rocade portuaire, certains lançant des pierres en direction des policiers, a rapporté la préfecture. « Une cinquantaine d’entre eux ont jeté quelques pierres sur la rocade en vue de créer un ralentissement. Les CRS ont été déployés sur place et à 9 h 30 la zone était entièrement sécurisée ». La rocade portuaire a rouvert vers 11 heures, selon le CRICR. « Jusqu’à présent les migrants reculaient lorsque les policiers avançaient, maintenant c’est eux qui viennent à nous, avec des cailloux », a avancé la source policière.

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