Tourcoing (Nord) : coup de chaud – MAJ

La Voix du Nord / mardi 2 juin 2015

Tourcoing 1 6 2015Une partie du quartier de la Bourgogne à Tourcoing a connu un coup de chaud, la nuit dernière. Une dizaine d’incendies ont été perpétrés. Deux véhicules de police ont été visés par des jets de pierres et des cocktails molotov. Deux personnes âgées de 18 et 19 ans ont été interpellées. Poubelles incendiées, détritus en flammes posés au milieu de la chaussée et qui obligent les automobilistes à slalomer, « check-point » improvisés, une dizaine de feux de voiture, un… une partie du quartier de la Bourgogne, à Tourcoing, a connu une nuit mouvementée. 

Une réaction « épidermique » en lien avec l’accident qui a coûté la vie au passager d’un véhicule après un refus d’obtempérer* ? Pour l’instant, les autorités ne souhaitent pas relier les deux événements entre eux même si le drame reste, bien entendu, dans toutes les têtes.

Tout a débuté vers 22 heures, lundi soir, avec la tentative de contrôle d’un automobiliste par un équipage de CRS circulant en voiture sérigraphiée. L’homme prend la fuite avant d’être finalement interpellé rue Vandendriessche, à Tourcoing (Bourgogne). L’automobiliste contrôlé ameute des habitants. Une vingtaine d’individus apparaissent alors pour défendre les occupants du véhicule contrôlé, et lancent des projectiles sur les policiers. Insultes, jets de pierres, jets d’engins incendiaires. Plusieurs impacts ont été répertoriés sur le véhicule de service. Les forces de l’ordre sont obligées de battre en retraite. Si personne n’est blessé, personne n’est interpellé.

C’est le début de trois heures de tension, sur un périmètre assez restreint, autour de la place de la Bourgogne et des rues du Maréchal-Juin et du docteur-Schweitzer. À 22 h 30, rue du docteur-Schweitzer, un bus Transpole est visé par des jets de pierres : une vitre est brisée sans faire de blessé. La ligne de bus a été déviée jusqu’au matin. La station de métro « Bourgogne » est restée fermée durant les événements.

Un peu plus tard, vers 0h30, à proximité d’un poste de police du quartier, des policiers qui revenaient pour s‘équiper contre les « violences urbaines » sont une nouvelle fois visés par des jets de pierre. Une cinquantaine de jeunes viennent alors au contact des policiers, mais ils sont repoussés par les CRS venus en renfort.

D’importantes forces de police ont été mobilisées pour tenter de ramener le calme. Celui est revenu aux alentours de 1h30. La Bac départementale, en planque près d’un parc, a interpellé deux individus âgés de 18 et 19 ans qui venaient de briser les vitres d’une voiture en stationnement sur un parking avant d’y mettre le feu. Ils ont été placés en garde à vue dans les locaux du commissariat central de Tourcoing. Un autre a été arrêté pour outrage. Il est également en garde à vue.

Selon la DDSP, deux voitures ont été brûlées rue du Monseigneur Leclerc et rue de Bottrop. Une tentative d’incendie de véhicule a aussi eu lieu rue Charles-Quint. La DDSP recense également sept containers poubelles brûlés rue Schweitzer et rue du Caporal-Delroeux, dans le quartier de la Bourgogne. Sur l’ensemble de l’agglomération tourquennoise, six véhicules auraient été incendiés dans la nuit.

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 * Sur France3, toujours le 2 juin, on lit aussi :

Selon la police de Tourcoing, ces tensions sont aussi probablement liées à la mort, la nuit précédente, d’un jeune homme de 19 ans qui était le passager avant d’un véhicule qui fuyait un contrôle. Après avoir grillé un feu rouge, le conducteur de cette voiture avait pris la fuite pour échapper à l’arrestation et avait perdu le contrôle de son véhicule près de la gare de Tourcoing, finissant sa course dans un arbre. Ce conducteur, dont le pronostic vital est engagé, est toujours hospitalisé. Un deuxième passager avait eu un fémur fracturé.

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MAJ :

La Voix du Nord / mercredi 3 juin 2015

[…]  Mardi soir, d’importants effectifs de police ont donc été déployés dans le quartier. Gendarmes mobiles, CRS, brigades canines et patrouilles ont quadrillé le quartier. Près de 150 policiers au sol bénéficiant de l’appui aérien d’un hélicoptère équipé d’un puissant projecteur. Si le début de soirée a été relativement calme, dès la tombée de la nuit, la tension est montée d’un cran.

Vers 23 heures, une cinquantaine d’individus désireux d’en découdre avec les forces de l’ordre étaient rassemblés place de la Bourgogne et défiaient les policiers. De nombreux groupes mobiles étaient aussi disséminés dans le quartier. Si vers minuit, on ne recensait que deux incendies de véhicules, la tension était vive dans le quartier.

À cette heure, les forces de l’ordre avaient essuyé plusieurs jets de projectiles sans que quiconque ne soit blessé. Éclairé par le projecteur de l’hélicoptère, le quartier avait des allures de camp retranché et les forces de l’ordre tentaient d’interpeller les fauteurs de trouble.

Cinq véhicules brûlés, une interpellation, un policier blessé

Au total, dans la nuit, 5 véhicules ont été incendiés, trois dans le quartier de la Bourgogne et deux rue des Omnibus dans le quartier de l’Épidème d’où sont originaires deux des victimes de l’accident survenu il y a trois jours. Un individidu a été interpellé à la suite d’un jet de projectile sur les forces de l’ordre. Le jeune homme a été placé en garde à vue. Un policier a été légèrement blessé par un jet de projectiles. Par ailleurs, dans le quartier de la Bourgogne, les forces de l’ordre ont saisi pas moins de huit bouteilles plastiques contenant de l’essence et destinées à commettre des incendies.

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La Voix du Nord / jeudi 4 juin 2015

Dans la nuit de mercredi à jeudi, de nouveaux incidents ont éclaté dans le quartier de la Bourgogne, à Tourcoing, où une quarantaine d’individus se sont opposés aux forces de l’ordre. Les hostilités ont débuté peu après 22 heures, alors que d’importants effectifs de police quadrillaient le quartier. Les policiers ont rapidement essuyé des jets de projectiles et notamment des cocktails Molotov.

Durant la nuit, dix incendies de voitures ont été perpétrés détruisant au total 19 véhicules par propagation. Six poubelles ont, par ailleurs, été incendiées. Fait nouveau, si les affrontements entre jeunses et forces de l’ordre sont restés cantonnés au quartier de la Bourgogne, les incendies criminels se propagent à d’autres quartiers de Tourcoing, Roubaix et Wattrelos. À Tourcoing, les quartiers de l’Épidème, de la Croix Rouge et du Pont Rompu ont aussi été le théâtre d’incendies. À Wattrelos, c’est à la Mousserie qu’un véhicule a été incendié. Un bus y a aussi été dégradé. A Roubaix, des incendies ont été perpétrés à La Fosse aux Chênes, à l’Épeule et aux Trois Ponts.

À Tourcoing, au cours des échauffourées, le conducteur d’un véhicule n’a pas hésité à foncer sur des policiers. Les cinq occupants de la voiture ont été interpellés. Un fonctionnaire a été légèrement blessé. Deux véhicules de police ont été dégradés par des jets de projectiles.

Dans la nuit, les policiers ont procédé à vingt interpellations. Les suspects ont tous été placés en garde à vue. Les individus interpellés à la Bourgogne les jours précédents étaient toujours en garde à vue hier soir. Ils devraient être déférés au parquet de Lille dans la journée.

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Nord Eclair / vendredi 5 juin 2015

Prémières condamnations

[…] Les trois garçons poursuivis en comparution immédiate ont de 19 à 20 ans. Aucun ne vocifère. Personne ne revendique. Le nom de Pierre-Eliott Zighem, la victime de l’accident, n’est même jamais prononcé. Il est question d’un commissaire de police et de CRS visés par une voiture-bélier, de fonctionnaires ayant dû utiliser leurs flashballs face à la violence des émeutes. Aucun n’est présent. Personne ne s’est constitué partie civile. Le procureur Thibaut Arnou s’occupera de mener la charge. Les événements de la Bourgogne se rejouent en vase clos. […] Le premier suspect se voit reprocher d’avoir monté une barricade avec une ligne de chariots de supermarchés, rue du Docteur-Schweitzer. Devant la police, ce garçon de 19 ans a farouchement nié. Là, il persiste, à peine lapidaire. Encore une fois, c’est Caroline Savey qui prend la parole. Évoquant « un bouc émissaire ». « Il n’a pas été interpellé dans l’émeute, mais à la frontière du quartier », maintient l’avocate. Casier judiciaire vierge jusque-là, le prévenu s’en sortira avec un travail d’intérêt général avec sursis.

La donne sera différente pour deux jeunes hommes appréhendés au cœur de la Bourgogne. L’un est accusé d’avoir visé une voiture de police et des fonctionnaires avec des pierres. L’autre d’avoir délibérément foncé en marche arrière sur des policiers. Là encore, des dénégations ou un acharnement à relativiser les faits. « Je ne visais pas les policiers, nuance le chauffeur (sans permis). Je voulais me dégager d’une rue bloquée. » L’autre ? « J’ai été pris pour cible, assure le prévenu, sans paniquer. Je rentrais chez moi. La police a été violente à notre égard. D’office, c’était nous. » Lui avait déjà un casier, sans séjour en prison jusqu’ici. Tous deux y ont été expédiés pour six mois.

En cinq jours, pas moins de trente-cinq personnes ont été interpellées dans le cadre des violences urbaines commises principalement à Tourcoing, dans le quartier de la Bourgogne, mais aussi dans les quartiers des villes voisines de Roubaix et Wattrelos.

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