Quelques exploiteurs de prisonniers

Cettesemaine / mercredi 18 février 2015

Des câbles pour Airbus, des accessoires de voitures de luxe fabriqués derrière les barreaux

Le Parisien | 10 Févr. 2015

La mise sous pli ou le conditionnement ne sont pas les seules activités rémunérées derrière les barreaux. On coud des nappes, on fabrique des bougies en cire d’abeille, on assemble des câbles qui à terme équiperont les Airbus, on fait du marquage laser sur des prises électriques, on monte des essuie-glaces pour des voitures haut de gamme.

C’est ce qu’explique Nicolas Thomazo, président de Sodexo Justice Services, l’une des entreprises à qui l’administration pénitentiaire française sous-traite les services « hors sécurité », de la restauration à la maintenance de l’établissement, en passant par l’insertion et le travail des détenus.

Sodexo intervient aussi dans d’autres prisons du monde « à condition qu’il s’agisse d’un pays démocratique où la peine de mort n’est pas en vigueur », recadre Nicolas Thomazo.

Une main-d’œuvre pas chère

En France, Sodexo Justice compte sur une dizaine de commerciaux pour dénicher des marchés pour les détenus, notamment auprès de sous-traitants industriels. L’imprimerie, le montage de panneaux publicitaires (PLV), les contrôles qualité de pièces sont les plus importants pourvoyeurs d’emplois. Des tâches qui ne nécessitent pas toujours de qualifications. Chez Sodexo, on explique que les tâches les plus minutieuses sont confiées aux détenues femmes.

« Ce n’est pas de l’occupationnel, nous avons des clients, un engagement à respecter et il faut faire preuve de réactivité, reprend Nicolas Thomazo. Nos concurrents sont les pays de l’Est, la Chine, le Maghreb, il faut offrir une bonne qualité de service. »

Le faible coût de la main-d’œuvre ne suffit pas à garantir la pérennité de l’emploi en prison. Une entreprise qui ne va pas bien préférera rapatrier le travail en interne pour éviter de licencier ses salariés plutôt que de continuer à faire travailler les prisonniers.


2 000 Vélib’ réparés par des prisonniers de Villepinte

Le Parisien | 10 Févr. 2015

C’est derrière les barreaux que JCDecaux a implanté le dernier-né de ses ateliers . Une quarantaine de vélos y sont remis en état chaque semaine. Un ex-détenu a même été embauché l’an dernier.

Vous ne le savez peut-être pas, mais les vélos en libre-service à Paris et en proche banlieue doivent tous passer dans des ateliers de réparation deux ou trois fois par an. Ce n’est pas si surprenant vu la manière dont certains utilisateurs les maltraitent.

Les ateliers sont répartis à Paris et en banlieue : à Saint-Denis, à Cachan (Val-de-Marne) et depuis un an à Villepinte. Le dernier-né des ateliers a vu le jour derrière les barreaux de la maison d’arrêt de Seine-Saint-Denis où une poignée de détenus veillent, six heures par jour, au bon fonctionnement des deux-roues.

Bien que la main-d’œuvre carcérale soit deux fois moins chère, ce n’est pas ce qui a motivé l’entreprise Decaux. Il faut plutôt y voir une dimension « sociale » avec une volonté de participer à un effort de réinsertion. «  JCDecaux est une entreprise fondatrice de l’association Sortir de prison, qui vise à favoriser la réinsertion des sortants de prison », explique Anthonin Darbon, directeur d’exploitation de chez Cyclocity, filiale de JCDecaux chargée du dispositif Vélib’, qui n’avait jamais fait grand bruit de cette initiative. Il propose une formation de mécanicien de cycle — plutôt porteuse vu le développement du marché de la petite reine — mais aussi des embauches à la sortie. Un détenu a été embauché en 2014, et un autre doit l’être ces prochains jours. Le choix de la prison de Villepinte s’est imposé pour des raisons de proximité géographique avec les autres ateliers.

Dans les faits, faire rentrer un vélo en prison n’est pas chose facile. « C’est très lourd à organiser, aucune pièce ni outil ne doit sortir de l’atelier, tout est soumis à une procédure pointilleuse et la planification est millimétrée », insiste le directeur d’exploitation. Six à dix détenus sont employés à raison de six heures de travail par jour. Ils ont bénéficié de deux mois de formation. L’administration pénitentiaire explique qu’une surface dédiée a été créée au sein des ateliers de travail pénitentiaire, sous la supervision d’un contremaître de Decaux. Une quarantaine de vélos y sont réparés chaque semaine, soit 2 000 en une année sur les 55 000 réparations effectuées au total par JCDecaux. Le travail d’atelier est exactement le mêmes que celui qui se fait dans les autres ateliers Vélib’. « En général ce sont les détenus les plus sérieux qui sont envoyés dans les ateliers », estime un avocat rappelant que le travail est très demandé en détention. A Villepinte, 60 à 80 postes existent, en général sur des ateliers de façonnage et conditionnement, pour un millier de prisonniers.

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