Thessalonique (Grèce) : Un poste de police attaqué aux cocktails Molotov

AMW English / mardi 24 novembre 2020

Pas une goutte n’a été vaine.
La fleur de notre jeunesse a été irriguée.

Université polytechnique d’Athènes, 14-17 novembre 1973

Et maintenant que le terrorisme d’État et des médias s’est atténué, il est temps pour nous de parler. Disons ouvertement que la journée du 17 novembre doit rester inscrite dans la mémoire collective de la lutte et de la résistance. Avec sincérité et humilité devant notre histoire, avec respect pour tou.te.s ceux/celles qui, il y a 47 ans, ont eu leur part de responsabilité dans le déclenchement du soulèvement de l’Université polytechnique*. Pour nous tou.te.s, la révolte de l’Université polytechnique vit quand nous ne la laissons pas mourir dans la bouche du pouvoir. Elle n’est pas une commémoration, ni un récit du passé. C’est la flamme vivante qui brûle dans la résistance d’aujourd’hui. C’est l’étincelle qui aiguise la nécessité d’un bouleversement social. C’est le flambeau d’autres soulèvements, demain. C’est un hommage révolutionnaire rendu au fil des années à des combattants tels que Kaltezas, Koumis, Kanellopoulos** et tou.te.s celles/ceux qui ont irrigué de leur sang la fleur de la résistance.

Dans le cadre de la guerre anti-autoritaire, l’histoire est le seul narrateur qui a besoin de gagnants et de perdants. L’histoire juge ceux/celles qui ont défendu avec constance et application, jusqu’au bout, la cause de la libération collective, au mépris de celles/ceux qui se sont enfui.e.s en désordre.

Cette année, les journées de commémoration et de lutte en souvenir du soulèvement de l’Université polytechnique ont montré la polarisation entre deux mondes. Avec méthode et stratégie, l’État et ses appareils ont crée un climat omniprésent de peur, de panique et de terreur à l’encontre de la naissante insurrection sociale. Par des mesures rappelant le sombre passé, les gardiens en uniforme de la République sont descendu dans les rues, une interdiction de circuler a été imposée, ainsi que des poursuites pour celles/ceux qui incitaient à la désobéissance et une interdiction des rassemblements de plus de 4 personnes. Le 17 novembre, l’État ne visait pas qu’à interdire les manifestations, mais à faire respecter le silence de la résistance militante. Ce silence a cependant été rompu par les cris de milliers de combattant.e.s qui, dans la pratique, ont défié le pouvoir du totalitarisme d’État et la barbarie de la répression.

A partir du matin de cette journée, des centaines de flics ont envahi les rues de la ville. Mais rien n’est impossible pour la détermination : les forces de la désobéissance sociale ont brisé les barrières et les interdits et ont organisé des rassemblements dans les dortoirs étudiants occupés et devant le consulat des États-Unis. Les cortèges ont été bloqués par les forces de la répression, la manifestation en centre ville a essuyé une attaque violente et l’arrestation de 6 combattant.e.s. Et c’était là le moment pour nous de prendre le relais de la résistance. Dans l’après-midi du mardi 17 novembre, nous avons mené une attaque aux un cocktails Molotov contre le poste de police de Sykeon, à Thessalonique. Attaquer les forces de l’ordre n’est pas seulement un choix révolutionnaire, c’est une obligation sociale historiquement justifiée, contre les auteurs de la violence d’État. Avec nos modestes forces, nous envoyons notre ardente solidarité à chaque combattant.e. qui a été pris.e pour cible, persécuté.e, arrêté.e ou torturé.e lors des événements du 17 novembre et des jours précédents.

L’attaque contre les tortionnaires au service du Pouvoir est le retour de bâton minimal de la violence accompagnant l’existence de l’État et du capital. Parce que, lorsque les combattant.e.s disent que rien ne restera sans réponse, elles/ils sont sérieux.ses. Nos feux sont une réponse minimale à l’humiliation quotidienne, à la torture, aux viols, aux arrestations et aux emprisonnements effectués par les ordures en uniforme, qui tendent à devenir une nouvelle normalité. Ils sont une réponse aux attaques et au terrorisme qui cible les communautés de résistance (expulsions des squats, tactiques policières, emprisonnement et persécution de militant.e.s, etc.). Ils sont une réponse à la mort quotidienne des femmes migrantes en rétention, aux frontières, dans les mers et dans les métropoles. Enfin, ils sont la preuve concrète du défi lancé à toute mesure répressive contribuant à l’intensification du contrôle social. Nous avons frappé le panoptique moderne dans l’un de ses temples.

Nous portons la responsabilité de maintenir en vie les soulèvements d’hier, d’allumer nos propres luttes avec leur flamme. Mais nous portons également la responsabilité d’écraser ceux qui, par leurs actions, tuent chaque jour les insurgé.e.s. Les hommes d’État qui profanent les morts de l’Université polytechnique, en déposant des couronnes d’hypocrisie et de politique, en discréditant et en réprimant en même temps celles/ceux qui défendent l’actualité du soulèvement. Les idiots de la gauche traîtresse, qui ont vendu le soulèvement en insultant les militant.e.s, les traitant de provocateur.trice.s et qui s’empressent maintenant de tirer profit de la révolte de l’Université polytechnique, en tant que symbole de leur parti. Tous ceux qui, indépendamment de leur identité politique et de leur opportunisme, veulent que la révolte de l’Université polytechnique ne soit rien d’autre qu’un joyau bon marché dans la vitrine du passé. Pour eux tous, celui de l’Université polytechnique, et chaque soulèvement, est une menace vivante, à cause de la cohérence, de la foi et de l’engagement de la désobéissance sociale dans le projet d’un bouleversement total. Le soulèvement de l’Université polytechnique appartient à chaque combattant.e dévoué.e, qui le commémore avec une pensée, une fleur, un slogan, un cocktail Molotov, une balle.

Le soulèvement de l’Université polytechnique vit dans le dévouement de chacun.e d’entre vous.
A bas le pouvoir, le combat continue…

Gouttes de novembre

 

Notes d’Attaque :
* le 17 novembre 1973 a eu lieu, à l’Université Polytechnique, la révolte qui a signé le début du processus aboutissant à la fin de la dictature militaire/fasciste « des colonels ».
** Michalis Kaltezas, 15 ans, a été assassine d’une balle dans la nuque lors des manifestations du 17 novembre 1985 (le flic qui a tiré sera acquitté en appel). Comme acte de vengeance, le 26 novembre de la même année, l’organisation révolutionnaire « 17 novembre » a fait exploser une bombe contre un car de police et tué un flic.
Iakovos Koumis et Stamatina Kanellopoulou ont été tué.e.s pendant les manifestations du 17 novembre 1980.

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