Bâle (Suisse) : Sabotage de trottinettes électriques

Indymedia Nantes / jeudi 26 décembre 2019

La semaine dernière à Bâle, nous avons saboté des dizaines de trottinettes électriques de multiples manières et les avons rendu inutilisables. Contrairement à ce qui a été dit dans la presse, nous nous sommes toujours assuré-e-s à ce que les utilisateurs/utilisatrices n’encourent aucun danger. Il existe tellement de raisons de s’en prendre à ces trucs. Il ne s’agissait pas du fait que les trottinettes électriques nous gênaient pour se déplacer et « dérangeaient », mais qu’elles font partie du système capitaliste actuel : pseudo-écologique, néolibéral, qui exploite et un exemple de la numérisation de l’ensemble des domaines de nos vies. La durée de vie d’une trottinette électrique est de quelques mois. Déjà lorsque la capacité de chargement de la batterie tombe en-dessous de 50 %, elles sont collectées et chargées dans une camionnette diesel le soir. A cela s’ajoute la production des batteries, leur acheminement par bateau de la Chine vers l’Europe et leur traitement une fois usées qui est particulièrement nocif.

Écologie et capitalisme

Les trottinettes électriques sont souvent présentées comme écologiques. Mais elles rivalisent plutôt avec les transports publics, le vélo et la marche qu’avec la voiture.

Le marché de la trottinette électrique tente de se peindre en vert et s’inscrit ainsi dans le principe du marché destructeur actuelle. Un autre domaine de la vie quotidienne est alors soumis à la logique de la valeur capitaliste. Aujourd’hui, il n’y a rien de plus facile que de gagner l’argent en estampillant de vert les « innovations et technologies ».

Contrôle et surveillance

Les applications de trottinettes électriques telles que WhatsApp, Google etc collectent des données : qui, comment, à quelle fréquence, où elles vont et les informations de paiement exploitées. Elles gagnent de la thune en les vendant, pas en fonction des distances parcourues. L’échange de données personnelles est une activité lucrative en augmentation constante. Par le biais de cette commercialisation, le consommateur/la consommatrice devient lui/elle-même une marchandise d’une entreprise.

Les entreprises de trottinettes électriques sont conçues pour jouer un rôle dans la planification des transports publics.

Le tout passe sous le label de « Smart City » dans laquelle tous nos mouvements sont enregistrés et évalués pour l’optimisation des services. Ainsi, des entreprises privées dans un premier temps puis des institutions d’État reçoivent des données détaillées sur qui va où et à quel moment.

Conditions de travail précaire

Les trottinettes électriques sont avant tout utilisées par des touristes et des personnes privilégiées sur le plan financier. Cela créé une exclusivité et renforce les hiérarchies financières : les trottinettes sont notamment collectés par celles qu’on appelle « Juicer » avec des camionnettes et rechargées. Les « Juicer » travaillent dans des conditions précaires similaires aux livreurs « Uber Eats » ou de colis. Ces personnes travaillent soit à leur compte, soit employé.e.s à des sous-traitants. Elles paient elles-même l’électricité pour recharger les batteries. A cela s’ajoute le prix de location du camion de livraison , du carburant, de l’assurance et des taxes. Elles sont payées par chaque trottinettes rechargées. En raison de ces conditions, c’est même quasi impossible d’avoir le salaire minimum. Les « Juicer » sont en concurrence les unes aux autres en permanence, ce qui augmente encore plus la pression. Ce sont souvent les pauvres et les migrants qui sont poussés à faire ces jobs précaires.

Accélération

Les trottinettes électriques parcourent en moyenne une distance de deux kilomètres. Une distance que les gens parcourent à pied ou bien à vélo. Cette évolution fait partie d’une accélération de la société dans laquelle même le dernier kilomètre est motorisé. On est forcé de plus en plus adapter nos vies à une efficacité totale. Les gens sont de plus en plus dépendants aux machines et aux robots, qui sont censés leur permettre de se déplacer facilement. Pour rester exploitables, les entreprises créent des dépendances énormes aux technologies et à l’automatisation. Le fait de se déplacer entre dans une logique de marché et transformé en marchandise.

Comment continuer ?

Nous considérons le sabotage comme un moyen légitime et efficace dans un système caractérisé par l’exclusion et l’exploitation. La semaine dernière, le sabotage a par exemple conduit à ce qu’une entreprise retire rapidement de la circulation tous ses appareils d’un quartier (du site de 20 Minutes en allemand : https://donotlink.it/Oaw0M).

Il existe un panel de possibilités de s’attaquer aux trottinettes électriques. Le plus simple c’est de recouvrir le QR-Code avec un marqueur ou de coller un sticker dessus. Mais si vous voulez que ça dure plus longtemps, prenez une pince coupante de taille moyenne et coupez le câble, ou brisez l’écran avec un objet dur et pointu (attention : si vous jouez avec le frein, il faut aussi dans tous les cas rendre le QR-Code inutilisable, afin de ne mettre personne en danger).

Il n’y a aucune limite à la créativité. Nous déconseillons de jeter ces trucs dans la flotte car l’acide de la batterie est extrêmement nocif pour les animaux et les plantes.

Il y a déjà eu des actions comme celles-ci à différents endroits dans le monde (par exemple en octobre dernier en Allemagne : https://de.indymedia.org/node/36572) [en France, la secte ecolo-citoyenne-spectaculaire Extinction Rébellion a revendiqué la sabotage de 3600 trottinettes, à Paris, Lyon et Bordeaux, à l’occasion de la grève du 5 décembre; NdAtt.]

Organisez ce même genre d’action, à Bâle ou dans votre ville, ne vous faîtes pas prendre et ne laissez aucune trace !

(Traduction de barrikade.info, 17. Dezember 2019)

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