Barcelone (Espagne) : Des milliers de pierres

barcelona.indymedia.org / samedi 7 décembre 2019

Le 3 décembre, vers 9h15 du matin, quatre types des renseignements des Mossos d’Esquadra [la police de la Catalogne autonome ; NdAtt.] se pointent devant ma porte ; ma mère ouvre et leur dit que je ne suis pas là ; ils lui disent qu’ils savent que je suis à l’intérieur et que s’ils ne me prennent pas à ce moment-là, ils le feront quand je vais chercher mon fils à l’école ; je sors et ils me disent que je suis accusé d’avoir jeté un projectile contre une rangée de flics.

Le 15 [probablement le 15 octobre, quand des grosses manifestations ont suivi la condamnation, la veille, de neuf dirigeants indépendantistes ; NdAtt.], je suis descendu dans la rue me battre, non pas pour l’indépendance, mais pour chaque mort en Méditerranée, pour chaque abus policier, parce que nous sommes gouvernés par des gens corrompus qui nous trompent, aussi bien à Madrid qu’ici en Catalogne, et j’en passe. Vers 1h du matin du 16, à quelques un.e.s, sans se connaître, (quelque chose de beau et que je répète encore une fois), on a décidé, spontanément et peut-être avec plus de cran que de jugeote, de descendre au commissariat de la Via Laietana*, un commissariat avec une histoire très sombre, pour leur faire comprendre que ce n’est pas qu’on ne les aime pas, mais qu’on les déteste. Nous avons réussi à faire légèrement reculer la police nationale, mais là est arrivée « notre police ». Ironie du sort, ils nous dispersent et vers 2h, près de la place Urquinaona, ils chargent, avec leurs fourgons qui montent sur le trottoir, sans lumières, ils nous prennent en chasse, en courant je tombe et je me ramasse un coup de matraque, je crie et me lève avec la clavicule fracturée je m’étonne qu’on m’a pas arrêté sur le champ, mais je suppose qu’ils avaient déjà ce qu’ils voulaient.

Ils me cassent la clavicule, ils viennent me chercher chez moi, ils essaient de m’intimider mais ils n’y arriverons pas.
J’avais besoin d’écrire ça presque comme une thérapie.
Amour pour les compas avec qui, de ce soir-là, on a essayé de leur rendre un peu de la peur que ressent chaque personne victime de la police, chaque immigré emprisonné dans un centre de rétention ou déportée, pour Juan Andrés Benitez, Pedro Alvarez** et pour beaucoup d’autres que chaque jour souffrent la répression, par chaque expulsion locative.
Amour pour les compas qui, sous la pluie, ont attendu qu’ils me laissent sortir – vous êtes géniales.
Haine éternelle pour tout politicien, pour toute organisation qui d’abord se mobilise et puis laisse les gens dans la moise ; haine pour toute police.
Pour chaque expulsion, mille pierres.
Pour chaque violence policière, mille pierres.
Pour chaque personne morte au commissariat, dans les prisons, mille pierres.
A bas les frontières. Mort à l’État
Il y a peu de choses plus belles que de faire reculer une ligne de flics anti-émeute.
Des milliers de pierres, jusqu’à les enterrer.

Vive l’Anarchie !

 

 

Notes d’Attaque :
* Le commissariat du 43, Via Laietana, également siège de la Direction générale de la police nationale pour la Catalogne, était tristement connu pendant la dictature franquiste comme lieu de torture des opposant.e.s au régime.
** Juan Andrés Benitez, militant gay, est mort après avoir été passé à tabac par les Mossos d’Esquadra, à Barcelone, la nuit du 5 au 6 octobre 2013. Pedro Alvarez a été tué d’une balle dans la tête le 16 décembre 1992, suite à une embrouille entre automobilistes. Le tireur était un flic hors service.

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