Athènes (Grèce) : Sur l’anarchie et ses spectateurs, depuis Exarcheia sous occupation

Anarchists Worldwide (NB : traduction assez libre) / mardi 3 septembre 2019

Beaucoup de choses se sont été perdues, au cours de la dernière semaine, dans le flot des nouvelles venants d’Exarcheia et de ses défenseur.euse.s. Un flot constant d’images et de textes à ce propos, impossibles à classer dans des simples récits pour les curieux. Pour celles/ceux qui résistent, il n’y a pas eu et il n’y aura jamais des questions de clarté. Ces images comblent l’écart entre passif et agressif. Entre ramper et totalité. Là où la haine nue, celle que la société bien-pensante éprouve pour ses démons, est placée sur un piédestal comme un flambeau de l’ordre. Ils/elles se rassemblent autour de sa chaleur pour ressentir le confort de l’autorité.

Les anarchistes, nous n’avons pas besoin de récits et d’expériences pour comprendre les conditions dans lesquelles la normalité fonctionne. Nous savons que l’uniforme et le fusil sont un symbole d’autorité pour les masses en situation précaire, qui préfèrent souvent la mort à la résistance, le confort plutôt que la liberté. En tant qu’anarchistes, nous désirons la liberté ! Notre ennemie, l’autorité, attend l’occasion de se manifester, quand notre existence devient incontrôlable. Et quand le monde s’enfonce dans le désordre, Exarcheia, symbole pour nous de ce qui est possible, se transforme pour eux en barricades.

Le temps peut apporter la justice ou au moins une once de vérité, mais dans le brouillard de la guerre, il n’y a que des côtés. Les individus qui ne se sont jamais posé la question d’agir contre l’autorité ne peuvent pas envisager la portée de cette situation. Certains voient des hommes armés qui entourent un quartier, qui vérifient les pièces d’identité et qui attaquant la foule, comme une occupation brutale ; d’autres le voient comme une dure nécessité pour l’ordre. Même le journaliste progressiste venant de l’élite intellectuelle ne peut voir que « les deux côtés ». Lorsque l’émeutier, un individu opposé à l’ordre, doit être puni, qu’il en soit ainsi, même si cela provoque des dommages collatéraux. Après tout, qui ne voudrait pas que la normalité soit maintenue ?

Même si, cette normalité, elle est tout sauf maintenue. Depuis une décennie, le monde connaît une dégradation continue des conditions de vie. L’effondrement économique du système bancaire en 2007 s’est transformé en une forme d’austérité répandue dans toute la planète. Ce système est insoutenable, à peine maintenu à flot par les aides financiers venant des pays riches. L’horloge s’est arrêté.

Le monde se dirige de nouveau vers la récession économique. Nous faisons face à une catastrophe. Exarcheia est un quartier qui promeut l’auto-organisation contre l’efficacité économique. La raison pour laquelle ils nous attaquent devrait être évidente, l’autorité n’a pas besoin de raisons complexes, juste de continuité. Et maintenant que leur confort commence à se réduire, Exarcheia et ses habitant.e.s sont considéré.e.s comme les ennemi.e.s indésirables de l’ordre. En tant qu’anarchistes, nous n’avons jamais nié cela ! La menace de l’anarchie grandit à mesure que leur ordre s’affaiblit.

Les forces qui appliquent l’ordre sont obsédées par les indésirables. La haine de l’individu est une précondition nécessaire à la totalité du contrôle. Et à l’intérieur de cette condition, il existe une échelle variable de niveaux de criminalité. Il ne faut pas s’étonner des attaques de plus en plus durs contre les personnes indésirables. Depuis toujours, ce n’est pas grand-chose qui différencie ceux qui brûlent les gens de ceux qui font respecter la loi. Ce sont habituellement les mêmes qui donnes les ordres ! La connaissance et la différence engendrent la dissension vis-à-vis de l’ordre. Pour eux, le diable n’est jamais seulement une idée. Qu’il s’agisse de femmes, d’étudiants, de réfugiés, d’anarchistes potentiels ou d’autres, les individus sont toujours à balayer.

Du coup, on passe la plus grande partie de la journée enfermé.e.s chez nous, nous déplaçant en groupes, regardant par-dessus nos épaules et en attendant ce qui pourrait arriver. Beaucoup de celles/ceux qui ont un travail ou une école en dehors des limites du quartier sous occupation sont contrôlé.e.s et bloqué.e.s quotidiennement. Faire face au harcèlement fait maintenant partie du fait de quitter le quartier et d’y entrer. Bien sûr, pour la société bien-pensante, ceux/celles qui sont désirables aux yeux de la loi peuvent passer librement. Les individus considérées comme différents doivent esquiver l’œil vigilant.

La guerre arrive donc dans nos rues et remplit nos nuits et, avec elle, l’œil du monde cherche à comprendre ce qui se passe. Mais il n’y a pas d’autre optique pour le voir, que notre idéal. Et cet idéal, l’anarchie, est la raison pour laquelle nous nous battons encore ! C’est à travers ces batailles qu’Exarcheia, qui bouillonne maintenant de résistance, va se répandre vers l’extérieur. La question est de savoir s’il est possible de l’arrêter. L’occupation totale peut-elle vaincre un idéal, un quartier et son histoire ?

L’État croit que par l’occupation constante et la brutalité, Exarcheia sera saignée de ses désirs. Cependant, cette stratégie n’a jamais pris en compte la condition qui, au début, leur a permis de commencer l’attaque. Le désastre économique à venir ! Nous devrions donc nous demander : qui va disparaître ? Celles/ceux qui désirent la liberté à tout prix ou bien un gouvernement qui fait déjà face à des conditions qui se détériorent et qui anéantissent ses propres plans pour ce quartier ? Comment sera-t-elle la situation, dans un mois ou dans un an, pendant d’une nouvelle crise économique ? Même s’ils ont raison des squats et s’ils frappent et arrêtent des centaines de personnes, qu’adviendra-t-il de leurs plans, alors que le monde lui-même est remis en question ?

L’avenir n’est pas écrit.
Pour la liberté, pour Exarcheia.

Exiled Arizona
2 septembre 2019

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