Sélection à la fac ? Non, dévastation des facs ! [MAJ du 19/3]

Besançon – Occupation sauvage à la fac des lettres (15 mars)

Indymedia Grenoble / dimanche 18 mars 2018

A Besançon comme dans de nombreuses villes (Montpellier, Nantes, Rennes ou Toulouse), plusieurs facs étaient bloquées ce jeudi 15 mars, journée de grève contre les dernières réformes de l’éducation et de l’enseignement supérieur.

Mais à Besançon, cette troisième nuit d’occupation de l’université de lettres a été particulièrement sauvage, ce que pouvaient laisser présager plusieurs inscriptions sur les murs de la fac depuis le début du mouvement : « soyons sauvages ; nous ne sommes rien soyons fous ; qu’apprends-tu à la fac, si ce n’est à te soumettre ? ; « Nous ne sommes pas des étudiant-e-s, nous sommes des délinquant-e-s ; vivons debout bloquons tout ». Aux habituels tags réalisés lors des occupations nocturnes ou en pleine journée « normal » de cours se sont ajoutés quelques destructions de quelques instruments de l’aliénation technologique : dans trois salles informatique du site Mégevand, plus de 40 écrans d’ordinateurs ont été brisés ; des rétroprojecteurs d’autres salles ont été arrachés du plafond, dégradés et dérobés. Sur le site d’Arsenal, des salles info ont été apergées à l’extincteur. De plus, des distributeurs de bouffe et de boissons, ainsi que des machines à café sont régulièrement vidés et saccagés. Les dégâts se chiffreraient en dizaines de millieurs d’euros.

Par ailleurs, les bureaux du doyen de la fac des lettres André Mariage et du responsable du personnel administratif, Thierry Liégeois, ont été tagués et leurs serrures engluées. Etait-ce une réponse directe à leurs coups de pression et menaces de sanctions disciplinaires à l’encontre de certaines composantes du « mouvement » qui tenait une table d’info en début de semaine ? Ou serait-ce pour les conseils de discipline de l’an dernier contre deux étudiants opposés à la sélection en master ? Ou encore le management façon France Telecom du nouveau responsable du personnel administratif ? Une chose est sûr, c’est que les raisons ne manquent pas.

Toujours est-il que les syndicats, absents quand il s’agit de lutter et de riposter à la répression mais toujours présents quand il s’agit de sauver leur cul auprès de l’administration, se sont fendus d’un communiqué de dissociation et d’une petite entrevue cordiale dans le bureau du doyen, histoire de réaffirmer une bonne fois pour toutes qu’ils sont, en mai 68 comme aujourd »hui, bel et bien ennemis de tout révolté contre l’ordre social, à la fac comme ailleurs…

Il est important de rappeler le rôle de domestication et d’aliénation que joue l’université. Lutter contre la sélection, mise en place depuis toujours bien qu’elle devienne sans cesse plus drastique et formalisée, ne nous suffit pas. La recherche, qu’elle soit privée ou publique, a pour but de renforcer cette société d’exploitation, de contrôle et de soumission. Par exemple, la filière du Traitement Automatique des Langues (au sein du laboratoire du CRIT), se vantait il y a quelques semaines de sa collaboration avec l’armée. On pourrait énumérer les multiples études en géographie, visant à satisfaire les besoins des architectes, urbanistes et promoteurs immobiliers dans leur processus de gentrification à Besançon : par exemple, des études allant dans ce sens ont été récemment menées, d’une part au sujet de l’affichage dans l’espace public, dans le but d’assainir la ville, d’en faire un espace toujours plus propre, plus propice à la consommation de masse et au bien-être des plus riches, d’autre part au sujet des moyens de transport urbain utilisés par les gens, cherchant à fluidifier les déplacements labellisés « écolos » (vélos et voitures en auto-partage, tramways, bus… ) en mettant en place des « pôles multimodal », bien pratique pour augmenter les loyers et dégager les pauvres…

Bref, le monde éducatif et universitaire, à travers ses dispositifs de contrôle, en inculquant l’obéissance, la discipline et le travail, sert avant tout à préparer les soldats de l’économie de demain et à faire tourner ce monde de misère et d’exploitation.

Il y a 50 ans comme aujourd’hui, mort à l’Etat et ses outils de domestication !

 

[in english]

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Besançon : Sélection à la fac ? Non, dévastation de la fac ! 

L’Est Républicain / vendredi 16 mars 2018

« Indignation », « exaspération », » découragement »… Ce vendredi matin, les mots se bousculent dans la bouche du directeur de l’UFR SLHS, André Mariage, pour caractériser les spectaculaires dégradations ayant frappé la fac de Mégevand.
« Les six salles du bâtiment Parisiana ont été dévastées. Et j’insiste sur ce terme. Dévastées. Tous les moniteurs d’ordinateurs ont été détruits (Ndlr : une quarantaine au total). Tous les meubles audiovisuels ont été détruits. Cinq autres salles du site Megevand ont été ouvertes. Des vidéoprojecteurs ont été volés, leurs fixations au plafond ont été arrachées. Tout le câblage a été détérioré. Mes services sont en train de chiffrer le préjudice, mais je pense qu’il se comptera en dizaine de milliers d’euros », décrit le directeur.
La veille, les locaux de Granvelle avaient été occupés par un groupe de jeunes étudiants. Les accès bloqués. Les cours annulés. Une situation qui s’était déjà produit le 14 février dernier , en écho à un projet de réforme de loi sur l’accès à l’université.

Les actes du jour font suite à une première série de vandalisme, perpétrée le 9 mars dernier : « L’amphi Donzelot et l’Arsenal avaient été tagués avec des messages haineux à connotation politique. Ce qui nécessitera des heures et des heures de peinture à refaire. Des distributeurs de friandises et de boissons avaient aussi été explosés », liste André Mariage.
Le directeur de l’UFR projetait ce vendredi matin de diffuser un message à l’intention de l’ensemble des étudiants et du personnel, pour dire « son indignation face à des actes aussi lâches », explique-t-il. « Il y aura bien sûr dépôt de plainte », ajoute-t-il, « ces destructions volontaires d’un bien commun sont inacceptables. Tous les efforts de l’UFR à propos des équipements et de la remise en état des locaux sont bafoués. Ces actions de certains individus ne correspondent en rien à l’intérêt d’un mouvement et donnent une image déplorable ».

Une pensée pour les familles des machines à café…

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Nantes, 15 mars, éclaircies dans un ciel gris ?

Indymedia Nantes / vendredi 16 mars 2018

4 000 manifestants dans la rue, dont 2 000 jeunes –

Malgré les attaques en flux continu du gouvernement Macron contre la quasi totalité des secteurs du monde du travail, de la jeunesse, et contre des portions de plus en plus large de la population, la rue reste calme, trop calme. Mais ces dernières semaines, des frémissement s’incarnent à travers des mouvements d’occupation en solidarité avec les exilés, qui s’organisent dans de nombreuses villes, en particulier dans les facs. En parallèle, la lutte contre la sélection à l’université, qui exclura de fait les plus précaire de l’accès aux études supérieures, se construit patiemment. De nombreuses universités se sont mises en mouvement au mois de février et de mars, notamment Bordeaux, Poitiers, Toulouse, Rennes, Caen, Nantes, et bien d’autres. Des assemblées réunissent un nombre toujours plus conséquent d’étudiants, et les blocus se multiplient.

La manifestation du jeudi 15 mars fait donc figure de retour d’une certaine conflictualité après une trop longue accalmie sociale. Avant le lever du jours, les étudiants reconduisent le blocage du campus de Nantes. A Nantes, en début d’après-midi, les colères se convergent et la manifestation est particulièrement hétéroclite. Se côtoient retraités, salariés d’EHPAD réclamant plus de moyens, étudiants en lutte, ou encore exilés qui participent au mouvement d’occupation solidaire. Sous une pluie diluvienne, la foule de plusieurs milliers de personne fait preuve d’une grande patience en attendant la fin des discours des organisations. Le cortège syndical démarre, retraités en tête, mais s’arrête quelques seulement dizaines de mètres plus loin, devant la préfecture. Les organisateurs ont décrété la fin du parcours. Une grande partie des 4000 manifestants semble attendre la suite. Il paraît inconcevable d’en rester là.

Contre toute attente, une salve de feux d’artifice atterrit rue de Strasbourg sur une ligne de policiers qui tirent immédiatement une grande quantité de gaz et de balles en caoutchouc sur la foule. Foule qui repart en sens inverse, pour une longue manifestation sauvage, emmenée par la jeunesse nantaise. D’un pas rapide, un gros millier de manifestants arrivent à emprunter les rues d’ordinaire interdites par les dispositifs policiers. Les slogans font le lien entre la sélection à l’université, la sélection raciste des exilés aux frontières, et la question des expulsions. La convergence des luttes en mots et en actes. La rue du Calvaire est reprise dans une grande clameur, puis le cortège redescend vers la Place Graslin, se heurtant à des policiers de plus en plus nombreux et agressifs, qu’il s’agit d’éviter et de contourner. Place Bretagne, une agence de trader voit sa vitrine brisée, alors que les manifestants se retrouvent nassés sur la voie de tram. Un groupe tente de s’échapper par la rue de l’Arche Sèche, et se retrouve sévèrement poursuivi par des BACeux. Les manifestants restants sont chargés par des gendarmes qui envoient de nombreuses grenades lacrymogènes, parfois en tir tendu. Les derniers courageux se dispersent par grappes, et sont parfois poursuivis par la police, qui a manifestement, ici encore, la consigne de terroriser. « A Nantes on ne peut pas manifester librement, sans que la police intervienne » déclare un étudiant. 4 interpellations sont à déplorer, et au moins un blessé.

Loin d’être aussi morose que prévue, cette manifestation a montré son hétérogénéité, et a mobilisé malgré un temps exécrable. Le cortège, composé pour moitié de lycéens et d’étudiants, qui ont poursuivi la prise de rue pendant plusieurs heures, a su déployer beaucoup d’énergie. Quelques rayons de soleil dans une période maussade. Plutôt encourageant, en attendant la grande journée de mobilisation du jeudi 22 mars ! […]

Nantes Révoltée

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Plusieurs facs bloquées, notamment dans le sud, mais des manifs en sourdine

extrait de Paris-Luttes / mercredi 14 mars 2018

Au retour des vacances scolaires et universitaires, les AG, blocages et occupations ont repris de plus belle dans de nombreuses universités. Comme depuis le début de la mobilisation, le sud reste à la pointe avec des AG oscillants entre 1000 et 2000 personnes à Toulouse et à Montpellier. Au Mirail, un bâtiment est occupé depuis maintenant près d’un mois, les journées de blocage ponctuel ont laissé la place à un blocage reconductible depuis maintenant une semaine. À Bordeaux, un amphi occupé a été violemment évacué par les flics mardi 6 mars, en réponse le blocage de la fac a été voté pour ce jeudi.
La mobilisation demeure également importante à Tours, où la fac des Tanneurs est bloquée et occupée ce mercredi 14 pour protester contre la venue de Macron et Vidal. Du côté de Rennes 2, à peine rentrée de vacances ce lundi, le blocage a été voté pour la journée du 15. […]

Du côté de l’Ile-de-France, si les universités de Nanterre (blocage jeudi dernier) et de Paris 1 (reprise des AG sur les différents sites) restent les plus mobilisées, la contestation commence à s’élargir. Une fac comme Paris-Sud, absolument pas mobilisée avant les vacances, a ainsi vu sa première AG organisée jeudi dernier sur le campus d’Orsay. Par ailleurs, l’AG inter-établissements continue à se réunir régulièrement afin de proposer un cadre de coordination aux différentes luttes de l’éducation en IDF.

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