Italie – Procès Scripta manent : déclarations des inculpés

NdAtt. : Une soixantaine de compas solidaires étaient présents à Turin pour le début du procès Scripta manent. Aucun des compas emprisonné.e.s n’était là (ceux et celles qui en avaient le droit l’ayant refusé, en solidarité avec ceux et celles à qui avait été imposé la visioconférence). Après la lecture de la déclaration d’Alfredo, en visioconférence, et de celle de Claudia et Stefano, qui comparaissaient libres, tout le monde est sorti de la salle, laissant le théâtre de la Justice se dérouler sans eux. Gioacchino, qui ne s’est pas présenté au tribunal, a envoyé sa déclaration sur le site Anarhija.info. 

 

Benevento, 14 août 1878 – Torino, 16 novembre 2017

Procès aux malfaiteurs

(Déclaration d’Alfredo)

traduite depuis Croce Nera Anarchica / vendredi 17 novembre 2017

 

« L’association est ton outil, ton arme, elle aiguise et multiplie ta force naturelle. L’association n’existe que pour toi et par toi, la société au contraire te réclame comme son bien et elle peut exister sans toi. Bref, la société est sacrée et l’association est ta propriété, la société se sert de toi et tu te sers de l’association. »
Max Stirner, « L’Unique et sa propriété »

« O Gentilhommes, la vie est courte… Si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois »
Shakespeare, « Henry IV »

« Je regrette chaque crime que dans ma vie je n’ai pas commis, je regrette chaque désir que dans ma vie je n’ai pas assouvi »
Senna Hoy

Je veux être le plus clair possible, que mes mots résonnent comme l’admission d’une culpabilité. Pour ce qui peut être possible d’appartenir à un instrument, à une technique, avec orgueil et fierté je revendique mon appartenance à la Fédération Anarchiste Informelle – Front Révolutionnaire International. Avec orgueil et fierté, je me reconnais dans son histoire toute entière. J’en fais partie à plein titre et ma contribution porte la signature de la « Cellule Olga ».
Si cette mascarade s’était limitée à moi et Nicola [l’autre compagnon qui a revendiqué son appartenance à la « Cellule Olga » et l’attentat contre Adinolfi ; NdAtt.] aujourd’hui je serai resté en silence. Mais vous avez impliqué une partie importante de ceux qui, pendant ces années, nous ont donné de la solidarité, parmi eux mes proches les plus chers. En ce moment, donc, je ne peux pas ne pas dire ce que je pense ; restant en silence, je me rendrai complice de votre infâme tentative de frapper dans le tas d’une partie importante du mouvement anarchiste. Des compagnonnes et des compagnons enfermés derrière des barreaux et jugés, pas pour ce qu’ils ont fait, mais pour ce qu’ils sont : des compagnonnes et des compagnons anarchistes. Arrêtés et jugés non pas pour avoir revendiqué une action avec l’acronyme FAI-FRI, comme je l’ai fait, mais pour avoir participé à des assemblées, écrit sur des journaux et des blogs, ou simplement, pour avoir donné de la solidarité à des compagnons lors d’un procès.


Je n’utiliserai pas ces compagnon.ne.s comme des boucliers. Dans une époque où les idées ne comptent pas, être arrêtés et jugés pour des idées en dit beaucoup sur la force bouleversante qu’une vision donnée de l’anarchie continue à avoir et en dit beaucoup aussi sur la coquille vide que sont la démocratie et lesdites libertés démocratiques. Vous avez vos raisons, je ne le nie pas, au final il n’y a pas d’anarchistes gentils, dans chaque compagnon et compagnonne anarchiste couve le désir de vous jeter en bas de cette chaise. De ma part, aucune tentative de faire passer la FAI-FRI pour une association récréative ou pour le club des Castors Juniors. Ceux qui ont utilisé cet instrument, ou, comme vous diriez vous, ignorants de l’anarchie, « ceux qui sont de la FAI-FRI » le revendiquent à tête haute, comme mes frères et sœurs arrêtés par le passé, comme moi-même à Gênes il y a quelques années et aujourd’hui dans cette salle. C’est notre histoire qui vous l’apprend, une histoire que nous sommes en train de payer, jamais martyrs, jamais vaincus, avec des années de taule et d’isolement un peu partout dans le monde. Ceux qui ne font pas partie de cette histoire à nous, quand ils sont ramenés entravés devant vous se taisent par solidarité, par affect, par amour, par amitié, des sentiments impensables, incompréhensibles pour vous, serviteurs de l’État. Votre « justice » est l’oppression du plus fort sur le plus faible.
Je vous l’assure : dans ce procès, parmi les inculpés, vous ne trouverez pas de lâches ou d’opportunistes. Le prix de la dignité est incalculable et ses cadeaux sont chers, au-delà des limites et de l’imagination, et ça vaut toujours le coup d’en payer le prix, et je suis prêt à le payer à tout moment. Pour vous cela ne devrait avoir aucune importance de savoir si c’était vraiment moi qui a mis ces bombes. Parce que je me sens de toute façon complice de ces faits, comme de toutes les actions revendiquées FAI-FRI. D’autant plus que les actions dont vous m’accusez sont toutes en solidarité avec des migrants et des anarchistes prisonniers et je les partage pleinement. Comment pourrais-je ne pas me sentir complice quand ces explosions ont été pour moi telle des lueurs dans l’obscurité ? Tant stupide que cela puisse vous paraître, pour moi, il y a un avant et un après la FAI. Un avant, quand j’étais fanatiquement et bêtement convaincu que seulement les actions non revendiquées puissent avoir une utilité, une reproductibilité, convaincu que l’action destructive devait nécessairement parler par elle-même et que tout acronyme était la merde du diable.
Un après, pendant lequel, avec un coup de pistolet contre Adinolfi [Roberto Adinolfi, à l’époque PDG d’Ansaldo Nucleare, blessé à une jambe par Alfredo et Nicola à Gênes le 7 mai 2012 ; NdAtt.] j’ai mis en discussion ces dogmes insurrectionnalistes, arrivant à concrétiser mes nouvelles convictions dans une action. C’est peu de chose, dirait quelqu’un, et cela serait vrai si, derrière cet acronyme, il n’y avait pas une méthode qui pourrait vraiment, pour nous anarchistes de praxis, faire la différence, au delà et en dehors de la répression et des salles de tribunal. Aussi petite qu’a pu être ma contribution, aussi tard qu’elle a pu arriver, je me sens complice en tout et pour tout des frères et des sœurs qui ont tracé en premiers ce chemin. Peu importe qui ils sont, où ils sont, j’espère qu’ils ne m’en voudront pas si je fais miennes leur actions, ils me représentent. Peu importe si je ne les ai jamais regardé dans les yeux, j’ai lu leurs mots de feu, je les ai partagés, j’approuve leurs actions et cela me suffit ; aucune volonté d’appropriation de ma part, plutôt une forte et fière volonté de partage des responsabilités.
Juges, j’aurais aimé vous cracher à la gueule (comme j’ai fait à Gênes) ma responsabilité directe dans les faits dont vous m’accusez, mais je ne peux pas m’approprier de mérites et d’honneurs qui ne sont pas les miens, cela serait trop tiré par les cheveux. Vous devrez et je devrai me contenter de ce que vous, dans votre langage saturé d’autoritarisme, appelleriez « responsabilité politique ». Ne craignez rien, tout capable comme vous êtes à inventer des preuves en béton, même si farfelues, et à ressusciter, depuis le néant de vieux procès classés, des étonnantes, même à ce point inconsistantes, traces d’ADN, vous n’aurez pas de difficultés à ramener chez vous un joli butin fait d’années de taule. Et puis, si vous voulez vraiment le savoir, une condamnation, pour moi, ça serait parfait, rien que pour mon adhésion à la FAI-FRI ; adhésion à une méthode, pas à une organisation, pour ne pas parler de mon inébranlable concrète volonté de vous détruire et de détruire tout ce que vous représentez.
Vous avez frappé au hasard les proches les plus chers, famille, amis, tirant à l’aveugle. Les scrupules moraux ne sont pas votre fort, vous avez fait du chantage, menacé, utilisé l’éloignement d’enfants de leur parents comme instrument de coercition et de pression. Traîné devant vous des des compagnonnes et des compagnons qui n’ont rien à voir avec la FAI-FRI, avec des accusations et des preuves inexistantes. Une des raisons, pas la principale, pour laquelle j’ai revendiqué comme FAI-FRI [en 2012 ; NdAtt.] a été celle de pas exposer le mouvement anarchiste à une criminalisation facile. Aujourd’hui je me trouve dans un tribunal à faire face à vos représailles, votre mesquine tentative de mettre sur le banc des accusés « Croce Nera », un journal historique du mouvement anarchiste, qui, avec ses hauts et ses bas, depuis les années soixante, accomplit son rôle d’appui aux prisonniers de guerre anarchistes. Dans vos délires fascistoïdes, vous essayez de le faire passer comme l’organe de presse de la FAI-FRI. Même en 1969, dans le plein de la campagne anti-anarchiste, [les enquêteurs] n’étaient pas allés si loin. A cette époque, vos collègues, repus de chair humaine avec l’assassinat du fondateur de la « Croce Nera » italienne, Pinelli, se sont limités à l’incrimination de certains compagnons pour des faits spécifiques, tout le monde sait comment cette histoire a fini [à ce propos, voir le texte d’Alfredo « Aux origines de la victimisation » ; NdAtt.]. Aujourd’hui, faute de sang, vous ne vous contentez pas des accusations pour des actions précises, contre quatre compagnons, vous allez plus loin, jusqu’à criminaliser toute une partie du mouvement. Tous ceux qui ont participé à la rédaction de Croce Nera, qui y ont écrit, ou qui ont simplement été à ses présentations publiques, dans votre vision inquisitoriale, appartiennent tous à la FAI-FRI. Ma participation à la rédaction de Croce Nera et d’autres périodiques anarchistes, chose dont je suis fier, ne fait pas de ces journaux les organes de presse de la FAI-FRI. Ma participation est individuelle, chaque anarchiste est une monade, une île à part, sa contribution est toujours individuelle. J’utilise l’instrument FAI-FRI seulement pour faire la guerre. L’utilisation de cet instrument, l’adhésion à la méthode qui s’en suit, ne touche pas toute ma vie d’anarchiste, n’implique pour rien d’autres rédacteurs des journaux auxquels je participe. Une caractéristique de mon anarchisme est la multiplicité des pratiques mises en œuvre, toutes clairement séparées entre elles. Je répond seulement pour moi, chacun répond pour soi. Ça ne m’intéresse pas de connaître ceux qui revendiquent en utilisant l’acronyme FAI-FRI, je communique avec eux seulement à travers les actions et les mots qui les accompagnent. Je pense que c’est contre-productif de les connaître personnellement, et je ne vais pas les chercher, encore moins pour faire un journal avec eux. Ma vie d’anarchiste, même ici en prison, est bien plus complexe et diversifiée d’un acronyme et d’une méthode et je lutterai jusqu’au bout afin que le cordon ombilical qui me lie au mouvement anarchiste ne soit pas coupé par l’isolement et par vos taules. Fourrez-vous le bien dans la tête: sans vouloir diminuer la contre-information, la FAI-FRI ne publie pas de journaux ou de blogs. Elle n’a pas besoin de spectateurs ou de supporteurs, ou de spécialistes de la contre-information, ça ne suffit pas de la regarder avec sympathie pour en faire partie, il faut se salir les mains avec les actions, risquer sa propre vie, la mettre en jeu, y croire vraiment. Même des têtes pourries par l’autoritarisme comme les vôtres devraient l’avoir compris : font partie de la FAI-FRI seulement les frères et sœurs anonymes qui frappent en utilisant cet acronyme et les prisonnier.e.s anarchistes qui en revendiquent l’appartenance, le reste ce sont des généralisations et des instrumentalisations, utiles pour la répression.

Je saisis là l’occasion que vous me donnez avec ce procès pour enlever le bâillon étouffant de la censure et dire mon opinion sur des sujets qui sont importants pour moi, dans l’espoir que mes mots puissent arriver, au delà de ces murs, à mes frères et sœurs. Ma « communauté d’appartenance » est le mouvement anarchiste, avec toutes ses facettes et contradictions. Ce monde riche et diversifié dans lequel j’ai vécu les 30 dernières années, des années que je n’échangerais avec rien d’autre. J’ai écrit sur des journaux anarchistes, je continue à y écrire, j’ai participé à des manifs, des affrontements, des occupations, j’ai mené des actions, j’ai pratiqué la violence révolutionnaire. Ma « communauté de référence » ce sont tous ceux et celles, frères et sœurs, qui utilisent la méthode de la FAI-FRI pour communiquer, dans mon cas sans se connaître, sans s’organiser ensemble, sans se coordonner, sans céder aucune liberté. Je n’ai jamais fait de confusion entre les deux plans : la FAI-FRI est simplement un instrument, un des nombreux à disposition des compagnon.ne.s anarchistes. Un instrument bon seulement pour faire la guerre. Le mouvement anarchiste est mon monde, ma « communauté d’appartenance », la mer dans laquelle je nage. Ma « communauté de référence » ce sont les individus, cellules d’affines, les organisations informelles (coordinations de plusieurs groupes) qui communiquent, sans se rencontrer, par le biais de l’acronyme FAI-FRI, parlant à travers les revendications des actions. Une méthode qui donne, même à moi, anti-civilisateur, anti-organisateur, individualiste, nihiliste, la possibilité d’unir ses forces avec d’autres individus anarchistes, des organisations informelles (coordinations de plusieurs groupes), cellules d’affines, sans leur céder ma liberté, sans renoncer à mes convictions et tendances personnelles : je me définis comme anti-civilisateur car je pense que le temps à notre disposition est bref, avant que la technologie, prenant conscience de soi, domine définitivement l’espèce humaine. Je me définis comme anti-organisateur car je me sens faire partie de la tradition anti-organisatrice illégaliste du mouvement anarchiste, je crois dans des rapports fluides, libres, entre compagnon.ne.s anarchistes, je crois dans le libre accord, dans la parole donnée. Je me définis comme individualiste car j’ai renoncé au rêve d’une révolution future, pour la révolte, ici et tout de suite.
La révolte est ma révolution et je la vis chaque fois que j’entre en conflit violent avec l’existant. Je pense que notre tâche principale, aujourd’hui, est celle de détruire. Avec les « campagnes de lutte » de la FAI-FRI, je m’offre la possibilité d’accroître et rendre toujours plus incisive mon action. Des « campagnes de lutte » qui doivent nécessairement découler d’actions qui appellent à d’autres actions, non pas d’appels ou d’assemblées publiques, coupant court, de cette façon, aux mécanismes politiques d’autorité, dont les assemblées du mouvement sont remplies. La seule parole qui compte est celle des personnes qui frappent concrètement. A mon avis la méthode assembléaire, pour faire la guerre, est un tigre de papier, bien qu’inévitable et utile dans d’autres contextes. Rejoignant avec mes forces les « campagnes de lutte » de la FAI-FRI, dans mon cas en tant qu’individualiste et sans participer à aucune organisation informelle (coordination de plusieurs groupes), je profite d’une force collective qui est quelque chose de plus et de différent de la simple addition des diverses forces développées par les différents groupes d’affinité, individus et organisations informelles. Cette « synergie » fait que le « tout », la FAI-FRI, est quelque chose de beaucoup plus qu’une addition des parties qui le forment. Cela tout en sauvegardant sa propre autonomie individuelle, grâce au complet manque de liaison directe, de connaissance, avec les autres groupes, organisations informelles et différents anarchistes qui revendiquent avec cet acronyme. On se donne un acronyme commun pour donner un moyen aux individus, groupes, organisations informelles, d’adhérer et se reconnaître dans une méthode qui sauvegarde de façon totale ses propres projets particuliers ; ceux qui revendiquent FAI-FRI adhèrent à cette méthode. Rien d’idéologique ou politique, seulement un instrument (revendication avec un acronyme) produit par une méthode (communication entre groupes, individus, organisations informelles, à travers les actions) qui a comme objectif celui de donner de la force au moment de l’action, sans homologuer, sans aplanir. L’acronyme est important : il garantit une continuité, une stabilité, une constance, une croissance quantitative, une histoire reconnaissable, mais en réalité la vraie force, le vrai changement est dans la méthode simple, linéaire, horizontale, complètement anarchiste, dans la communication directe à travers les revendications, sans intermédiaires, sans assemblées, sans se connaître, sans trop s’exposer à la répression ; seul communique celui qui agit, qui se met en jeu avec l’action. C’est la méthode la vraie nouveauté. L’acronyme devient contre-productif s’il déborde au delà de la tâche pour laquelle il est né, c’est à dire se reconnaître en tant que frères et sœurs qui utilisent une méthode. Voilà tout. La pratique est notre pierre de touche, c’est dans la pratique qu’on essaye l’efficacité d’un instrument.
Il faut prendre acte du fait que l’expérience de la FAI-FRI, toujours en évolution, nous met face à de brusques et chaotiques transformations ; il ne faut pas rester surpris. L’immobilisme et le statique sont la mort, notre force est l’exploration de nouvelles routes. Le futur de cette expérience n’est sûrement pas dans une plus grande structuration, mais dans la tentative, chargée de perspectives, de la collaboration entre différents anarchistes, groupes d’affines, organisations informelles, sans jamais se contaminer les uns les autres. Les instances de coordination doivent rester à l’intérieur de l’organisation informelle donnée, entre les individus, groupes ou cellules qui la forment, sans déborder à l’extérieur, sans impliquer les autres organisations informelles FAI-FRI et, surtout, les groupes et individus adhérents à la FAI-FRI, pour ne pas qu’ils soient sapés dans leurs bases leur autonomie, leur liberté, le sens même de leur agir en dehors d’organisations et coordinations. Seulement de cette façon, si des dynamiques autoritaires se créent à l’intérieur d’un groupe, d’une organisation, elles resteront circonscrites là où elles sont nées, en évitant la contagion. Il n’y a pas de tout unique, il n’y a pas d’organisation appelée FAI-FRI, il y a des individus, des groupes d’affines, des organisations informelles, tous bien séparés, qui communiquent à travers l’acronyme FAI-FRI, sans jamais entrer en contact entre eux.
Beaucoup a été écrit et dit sur les dynamiques internes des groupes d’affinité, sur l’organisation informelle et sur l’action individuelle. La communication entre ces différentes pratiques, en revanche, n’a jamais été explorée, n’a jamais été prise en considération. La FAI-FRI est la tentative de mettre en pratique cette communication. Actions individuelles, groupes d’affinité, organisations, ils font tous de la même manière partie de ces instruments que les anarchistes se sont toujours donné le long de l’histoire. Chacun de ces instruments a des avantages et désavantages. Le groupe d’affinité rassemble la rapidité opérative, due à la grande connaissance entre les affines, avec une puissance due à l’union de plusieurs individus. Ses grandes qualités : garantie de la liberté de l’individu et une remarquable résistance à la répression. Des qualités dues au petit nombre des affines et à la grande affection et amitié qui nécessairement les lie. L’organisation, dans notre cas informelle (coordination de plusieurs groupes), garantit une très grande disponibilité de moyens et de force, mais aussi une vulnérabilité élevée, due à la nécessité de coordination (donc connaissance) entre les groupes ou cellules ; quand l’un d’entre eux est frappé par la répression on risque « l’effet domino » : tous tombent. A mon avis, la liberté individuelle se heurtera forcément à des mécanismes de décision collective (« règles » de fonctionnement de l’organisation). Cet aspect signifie une réduction radicale de liberté et autonomie, impossible à accepter pour un anarchiste individualiste. L’action individuelle garantit une rapidité opérationnelle élevée, une très haute imprévisibilité, une résistance à la répression extrêmement élevée et surtout une liberté totale: l’individu ne doit rendre compte de rien à personne, mis à part sa conscience. Un grand défaut : une basse potentialité opérationnelle : on a sûrement moins de moyens et de possibilité de mener des opérations complexes (chose que, en revanche, une organisation informelle, s’il y a la volonté et la fermeté, peut faire avec facilité).
Expérimenter les échanges entre des façons d’agir si radicalement différentes, voilà l’innovation, la nouveauté qui peut surprendre et nous rendre dangereux. Aucun mélange ambigu : groupes, individus, organisations informelles ne doivent jamais entrer en contact direct. A chacun le sien, les hybrides nous rendraient plus faibles. Unis, plus que par un acronyme, par une méthode. La FAI-FRI donne le moyen d’unir les forces sans se dénaturer l’un l’autre. Aucun moralisme ou dogmatisme, chacun entre en rapport librement, comme il le veut ; probablement cela sera le mélange de tout cela qui fera la différence. Aucune coordination en dehors de l’organisation informelle donnée (parce que la coordination implique la connaissance physique entre tous les groupes et organisations, les rendant poreux à la répression), aucune superstructure qui homologue, hégémonique, qui écrase les individus ou les groupes d’affines. Ceux qui expérimentent avec leur action l’organisation informelle, ne doivent pas imposer, en dehors de celle-ci, leur façon de faire ; de même les différents individus d’action et les groupes d’affinité « solitaires » ne doivent par crier à la trahison si les frères et sœurs agissent en des rangs compacts et organisés.
Naturellement, ceci est seulement mon point de vue, et il vaut ce qu’il vaut.

Pour finir en beauté, je vous dirai que je pisse avec insouciance et joie sur votre Code pénal. Peu importe ce que vous allez décider pour moi, mon destin restera fermement dans mes mains. J’ai les épaules larges, ou du moins je me plais de le croire, votre taule et votre isolement ne me font pas peur, je suis prêt à faire face à vos représailles, jamais vaincu, jamais rendu.

Longue vie à la FAI-FRI !
Longue vie à la Conspiration des Cellules de Feu !
Mort à l’État !
Mort à la civilisation !
Vive l’anarchie !

Alfredo Cospito

*****

Au tribunal de Turin
(déclaration de Gioacchino Somma)

Anarhija.info (traduction reçue par mail) / jeudi 16 novembre 2017

Aujourd’hui, comme pour toutes les audiences à venir de ce procès dans lequel je suis inculpé avec d’autres de mes sœurs et frères, mais par-dessus tout d’autres compagnons anarchistes, je ne vous donnerai pas la satisfaction de voir mon visage dans la salle de ce tribunal.
Dans le passé je ne me suis jamais présenté dans les salles où on me préparait les funérailles et ce n’est pas maintenant que je le ferai !
Je suis anarchiste, individualiste, antiautoritaire et pardessus tout je suis pour l’insurrection, dont un des premiers objectifs est celui de détruire les lieux de mort comme celui-ci et les prisons.

Je ne ferais pas partie du petit spectacle monté par un magistrat qui, pris par les crampes de la faim, est devenu salarié d’un État que je ne reconnais pas, étant un citoyen du monde en perpétuelle évasion de ses frontières ; je ne serais pas là pour écouter ses délires et attendre la fin pour écouter quelqu’un me juger « coupable ou innocent ».
Pour n’importe quel État autoritaire je serais toujours « coupable » parce que dans la société que je veux il n’y aura pas d’espaces pour vous, pour vos palais et vos institutions.
Je n’ai aucune envie d’entendre un serviteur de l’État me raconter l’histoire de l’anarchisme, avec pour objectif d’insister sur l’existence de « bons » et de « méchants », juste parce que sa démocratie le lui impose.

Aujourd’hui il demande de nous condamner, demain il sera de nouveau à cours de salaire et demandera à condamner ceux qu’il considère comme les « bons ».
Mais il n’y a qu’une vérité : un anarchiste ne pourra jamais être « bon » pour un Etat autoritaire.

Autrement je dois penser que durant les années gâchées pour vos foutues diplômes en droit vous n’avez jamais appris les significations des termes que vous utilisez.
Dans un monde où la morale de ses habitants est formées d’un côté par les religions et de l’autre par les chacals de l’ « information » payés par la magistrature ou par les commissariats et les casernes, j’ai trouvé opportun de me trouver un espace sur le web pour la « contre-information ».
Je l’ai fait conscient d’utiliser un moyen à vous.
RadioAzione, dont je suis l’unique fondateur et administrateur, vous a jeté à la figure ce que vous ne voulez jamais entendre.
Votre intention était de laisser démocratiquement cet espace, un bon appât pour attraper les poissons, mais moi je me suis assis dans cet espace et j’ai renversé votre « belle » table.
Si vraiment le site de RadioAzione vous causez des soucis vous pouviez mettre une de vos « belles » censures mais vous ne l’avez pas fait ; peut-être parce que quelqu’un devait écrire des pages et des pages d’actes judiciaires pour gagner des miches de pain pendant quelques années ?
Ou bien parce que pendant six ans vous avez été là pour écouter ou lire mes pensées à travers un foutu key-logger auquel vous avez même donné un nom, « Agent Elena », qui avec ses factures gonflées a donné à manger à un autre serviteur de l’État ?
Mais c’est un autre discours…votre fourberie, qu’il ne m’intéresse pas d’approfondir.
Pour conclure, parce que selon moi je vous ai déjà concédé trop d’espace :
Je revendique le projet RadioAzione comme m’appartenant, à moi uniquement.
Projet sur lequel, depuis qu’il est né jusqu’à ce que je décide de le fermer, j’ai toujours publié mes « réflexions » personnelles et individuelles, ou celles d’autres compagnons dans le monde, que je considère comme affines.
J’ai rendu tout cela lisible à travers le site et écoutable à travers la radio; par là je ne dis pas que j’ai fait les choses “à la lumière du soleil” mais parce que j’étais conscient que, en plus des compagnons, vous étiez aussi là à écouter et à lire, et quand vous n’en pouviez plus vous en êtes même arrivés à saboter ma ligne téléphonique en coupant les câbles.
Ce ne sont pas ces petits jeux de frustrés qui m’irritent mais votre misérable existence !
Dans le passé vous avez essayé par tous les moyens de m’arrêter : prison, contrôles incessants en domiciliaires, services secrets, infiltrés, etc…
Je suis toujours là !
Jamais un pas en arrière !
Contrairement à vous, j’ai donné un sens et un but à mon existence : la destruction totale de l’État !
Je considère le projet Croce Nera Anarchica comme un projet valide mené par des compagnons dont je me sens en affinité, et cela ne m’a causé aucun problème d’organiser la présentation de leur journal à Naples et encore moins de collaborer à travers les traductions ou la mise à jour du site pendant un certain temps.
Ce ne sera pas l’épouvantail inutile de ce procès qui me fera taire, qui me convaincra de ne pas donner de Solidarité, de Complicité et de soutien économique aux compagnons, frères et sœurs, que vous me privez d’avoir à mes côtés aujourd’hui parce qu’ils sont enfermés dans vos camps et dans ceux du monde entier.
Ce ne sera pas l’épouvantail de vos camps qui me fera faire un millimètre en arrière et supprimera la conviction, qui grandit toujours plus en moi années après années, d’être votre ennemi total, ainsi que d’être l’ennemi de votre existant fétide et opulent et de tout l’État – Capital !
Pour l’anarchie, pour l’insurrection.

Gioacchino Somma

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Déclaration de Claudia et Stefano

Round Robin (traduction reçue par mail) / vendredi 17 novembre 2017

Nous nous trouvons face à vous pour être jugés. Coupables ou innocents ? Mais quelle est l’accusation contre nous ? Dans les milliers de pages que la procureur a produit on trouve vingt ans d’histoire de la lutte anarchiste en Italie et pas seulement. On parle de faits spécifiques pour donner un peu de valeurs aux suppositions et aux conjectures, mais cette montagne de papiers, en réalité, de quoi veut-elle nous convaincre ? Elle veut nous convaincre que nous sommes anarchistes. Que nous n’acceptons pas passivement le système qui nous gouverne, l’inévitabilité de la domination de l’homme sur l’homme et de l’homme sur la nature. Elle vous demande de condamner l’amour qui unit des êtres humains liés par le même mépris pour l’autorité et qui partagent l’implacable désir de liberté. Si c’est pour cela que nous sommes ici, mettons tout de suite fin à cette farce avant qu’elle ne commence. Nous sommes coupables.
Nous sommes coupables d’être conscients que le régime démocratique n’est pas autre chose que l’impitoyable suprématie des plus forts sur les plus faibles, régime qui se renforce en pulvérisant des particules de pouvoir pour satisfaire l’ego de tout être humain éduqué à la recherche du privilège, dans l’aplatissement des attitudes individuelles, en cherchant protection dans le consensus des masses.
Nous sommes coupables de ne pas accepter ces conditions, de ne pas vouloir participer à la distribution de ces pastilles de pouvoir, de ne pas vouloir vivre sur le sang et la sueur de ceux qui subissent une condition moins avantageuse que la nôtre. Cela ne signifie pas que nous nous laissons confiner dans un coin, dévoués au sacrifice pour vivre au côté des plus faibles. Nous vivons pour nous-mêmes, pour satisfaire pleinement nos exigences sans attendre ou demander le permis, luttant contre tout ce qui nous en empêche. Nous ne rêvons pas d’une révolution mais nous alimentons la révolte perpétuelle contre tout contrainte, transgressant nos limites et celles qui nous sont imposées.
Il y a quelques jours notre fils étaient en train d’étudier à l’école quelque chose que l’on appelle « éducation civique », et répétait à voix haute les principes de la constitution qui garantissent la liberté de parole et d’expression etc. Tout en l’ayant jeté consciemment dans le ventre de la bête en le confrontant à l’instruction publique, le confiant à son intelligence et à l’esprit critique qu’il sera capable de développer, je n’ai pas pu me retenir d’intervenir en lui expliquant que tout ceci est un mensonge, que les lois sont dictées par ceux qui les conçoivent pour maintenir leur pouvoir et qu’il n’est pas vrai que chacun peut exprimer son opinion, parce que si cette opinion leur fait obstacle ceux qui l’expriment seront écrasés, comme cela arrive à sa mère et à son père.
Pour cette raison, pour que ce mensonge ne soit pas perpétré, nous continuerons à lutter à tête haute pour que les générations futures puissent avoir une lecture différente de la réalité et qu’ils ne restent pas otages d’une vérité intéressée.
Nous avons décidé de lire ce document pour vous mettre face à la responsabilité de défendre l’hypocrisie de la constitution sur laquelle vous avez prêté serment. Nous voulons que vous voyiez la main du monstre qui vous caresse la tête comme de fidèles toutous chaque fois que vous vous regardez dans le miroir. Nous ne voulons pas vous donner la possibilité de vous cacher derrière le principe de justice putride et corrompu qui fait de vous des inquisiteurs.
Le fait que soit refusé à nos compagnons de se présenter physiquement dans la salle, que soit ainsi annulé le principe de participation à la défense, garantie par le droit qui soutient le bobard démocratique, est l’énième démonstration du caractère factieux de l’utilisation de la légalité. Par-dessus-tout, pour cette raison nous ne participerons plus à cette farce, désertant les audiences et confiant la défense technique aux avocats cherchant à faire émerger autant que possible les contradictions qui soutiennent ce système, sans justifier notre être et sans revendiquer des miettes de démocratie.
C’est comme ça que nous avons décidé de combattre enfermés dans les frontières de votre loi. En dehors de ces frontières c’est toujours nous qui décidons comment et quand combattre.
Le bon Proc’ Sparagna, champion de la lutte contre la mafia ou chien qui mort la main du patron qui lui donne une miche de pain, a pensé pouvoir combattre les anarchistes comme les mafieux sans se rendre compte que ce qui nous distingue est quelque chose qui va bien au-delà de sa misérable conception de l’existence et de la solidarité. Il pourra donc tenter d’utiliser lâchement le vécu de chacun de nous pour chercher des failles dans lesquelles s’insinuer, mais jamais il n’y arrivera.
Honneur et amour démesuré pour nos sœurs et nos frères otages de L’État.
Champions de la justice : ce qui est à nous ne sera jamais votre, pas même après des années où vous continuerez à espionner et à étudier nos vies.
Coupables d’aimer sans conditions.
Coupables de haïr en toute conscience.

Claudia et Stefano

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