Nous ne voulons plus attendre !

Indymedia Nantes / mercredi 10 mai 2017

Introduction

Première tentative…

Voici ma première tentative de mettre des mots sur des envies et des actes, de participer à la diffusion d’idées-pratiques avec lesquelles je me sens proche et dont les écrits sont assez peu diffusés en français. J’ai donc fait le choix de partager avec toi lecteureuse des textes et communiqués qui mettent en lumière (en partie) les propositions et critiques apportées par les « anarchistes de praxis » [1]. Pour moi, ielles proposent une nouvelles synthèse entre théorie et pratique, entre les moyens et les fins, entre raison et passion, entre l’individu-e révolté-e et le monde qui l’entoure. C’est une façon d’envisager l’anarchisme comme une pratique, qui affirme ou réaffirme des positions claires dans la lutte contre l’existant en insistant sur la nécessité de mettre en accord ses désirs et ses actes dans une perspectives immédiate notamment au travers de l’action. En développant une forme de conflictualité ouverte et permanente avec toutes les formes de pouvoir qu’elles soient individuelles et/ou institutionnelles, évidentes ou insidieuses. Ces groupes et individu-e-s font le choix de la critique par l’attaque, en infligeant un maximum de dégâts. En réaction à l’anarchisme insurrectionaliste « classique » partisan de l’anonymat, ielles communiquent sur leurs actions en leur donnant un sens particulier, en ouvrant un dialogue sur la théorie-pratique dans les milieux anti-autoritaires. C’est une proposition pour enterrer le passé, abolir le futur et vivre au présent une révolte sans entrave.

Cette façon de vivre l’insoumission fait écho à mes envies, mon parcours, en mettant des mots sur des émotions, des sensations, des critiques et des idées que j’ai souvent eu du mal a définir. C’est de là que j’écris ce texte, en cherchant à franchir les obstacles qui se dressent contre ma volonté de vivre passionnément mon désir de subversion.

Tout commença pour moi dans les grandes mobilisations anticapitaliste, oui mais voilà la belle époque des blacks-blocks et des contre sommets a rapidement atteint ses limites. Cela se résume désormais le plus souvent à donner un rendez-vous aux keufs. Parallèlement, j’ai l’impression que se sont développés les camps d’actions (No border, Bure [2], Pont de Buis [3]), comme pour palier à l’épuisement de ces temps forts mais tout en restant dans la volonté de construire des mouvements de grande ampleur, en intégrant un maximum de personnes d’horizon divers et variés. Comme souvent cela se fait au détriment des individu-e-s les moins enclins à faire des compromis, pour qui la volonté d’en découdre est un désir insatiable. Par ailleurs, certain-es de mes compagnon-nes ont consacré une énergie importante à mener des interventions dans les mouvements sociaux (CPE, loi travail…) ou des luttes partielles (zad, no tav, anti-nuk’) dans l’espoir de provoquer un basculement de la lutte spécifique vers une lutte contre tous les pouvoirs et toutes les dominations. À mes yeux, ces différents moments de luttes se sont souvent traduit par des échecs,des tensions , des compromis et beaucoup de déceptions. J’ai pas envie de devenir une composante de la lutte dont la passion destructrice serait écrasée par les innombrables jeux d’alliances et de politiques. J’ai pas non plus envie de chercher à faire partie d’un tout (qui ne veut pas de moi soit dit en passant), à m’intégrer à la grande mascarade de l’anticapitalisme, en me résumant à une force d’opposition radicale qui chercherait à emmener les masses (ou n’importe quelle autre entités sociale) vers plus de radicalité quitte à éroder le contenu subversif de mes idées-pratiques. Même si, bien évidement, je pense que ces temps forts sont important pour ce qu’ils permettent en terme de rencontre, de partage et d’émeutes alléchantes. De plus, je prends un certains plaisir à intervenir dans les luttes sociales pour y approfondir les contradictions et y renforcer les conflictualités. Le problème vient plutôt du fait de ne plus concevoir mes possibilités de conflit qu’au travers des ces moments. Et dans bien des cas j’ai pris de gros risques pour un potentiel offensif pas toujours à la hauteur.

Je suis conscient que pour beaucoup d’entre « nous » [4], du moins en france, avons commencé à mettre en pratique nos idées au cours de mouvements de luttes (CPE, zad(s), loi travail…) et que c’est difficile de remettre en question les logiques qui nous ont contruit-e-s politiquement. Cependant, j’ai pas envie d’attendre le prochain événements massif pour mobiliser mon corps et mon esprit. J’ai parfois la sensation qu’on se retrouve à suivre les échéances des mouvements sociaux ou pire de s’emparer d’événement (meurtre policier, expulsion massive de personnes en exil…) pour en faire des objets de luttes !? Comme si j’avais besoins qu’un grand nombre de personnes fassent écho à mes envies de révolte pour qu’elles soient légitime ? Comme si on cherchait des leviers sur lesquels agir, des luttes dans lesquels se jeter a corps perdus à défaut de développer nos propre propositions d’organisation et d’attaque de manière autonome. A croire que sans ces espaces-temps d’explosion sociale « nous » n’existerions pas, qu’on ne saurait plus pourquoi on on se bat ! Serait-il impossible de donner nous même du sens à notre révolte, développer des projets et des pratiques qui soient autonome des contextes sociaux dans lesquels ils s’inscrivent ?

Mis a part quelques voyou-te-s qui n’auraient pas attendu l’explosion pour commencer à incendier, l’anarchisme me semble aujourd’hui encore trop influencé par des vestiges du « mythe révolutionnaire », que les insurrectionnalistes «classique » peinent à détruire. En effet, leurs attachements à vouloir s’adresser aux exploité-e-s, aux opprimé-e-s, aux galérien-ne-s, en présupposant que ces personnes se révolteraient plus que les autres étant donné leurs conditions d’existence et leur place dans les rapports de dominations me paraît être une vision trop simpliste de la réalité et ne pose pas la question du contenu de la révolte et de la volonté individuelle. Dans certains cas, la volonté de se faire entendre conduit à occulter une partie du discours contre la domination de peur que les personnes rencontrées ne se sentent visées par ces critiques ou tout simplement qu’elles s’en désintéressent ou encore parce que ça détournerait la discussion de l’objectif initial. En particulier en ce qui concerne le discours sur le sexisme et le patriarcat. Quelque part cela me fait penser à la stratégie du « étape par étape », qu’il faut y aller doucement, graduellement pour emmener les « exploité-e-s » vers l’insurrection généralisée. Bien évidemment dans la pratique ce n’est pas aussi manichéen, mais parfois la frontière entre la stratégie politique et la propagande anarchiste me paraît ambiguë. Par ailleurs, au nom de ces stratégies politiques certains groupes se soumettent aux injonctions des autoritaires ; comme ce fut le cas au carnaval en soutien a la zad à Rennes [5]. A vouloir toujours chercher une croissance quantitative de la révolte ; on en perd l’aspect qualitatif qui est a mon sens un des principaux apports des anarchistes. Alors pourquoi troquer une part de l’éthique anarchiste pour jouer sur le terrain de la politique ?

Il paraît évident que l’état, ses institutions, les bourges et leurs petites mains ou bras armés mènent une guerre sans merci à toutes celleux qui par leur existence, leurs choix remettent en cause les normes, les lois et l’ordre économique et social. Cependant, j’ai envie d’acquérir une autonomie de penser et d’agir dégagée des freins liés à la volonté de se trouver des alliés à tous prix, parmi les « opprimé-e-s » notamment. Parmis ces « opprimé-e-s » certain-e-s défendent tout un tas de trucs contre lesquels je me bat (les religions, la famille, les hiérarchies, l’argent, la morale…) pas plus qu’ailleurs mais pas moins non plus ! Autrement dit, quand bien même on aurait un ennemi commun cela ne veut pas forcément dire pour autant que nous voulons la même chose et que nous voulons l’atteindre par les même moyens. Ce qui ne veut pas forcément dire que je ne peux pas faire preuve de solidarité sur certains points ou dans des contextes spécifiques avec des personnes qui luttent contre des oppressions qui les concernent.

Aussi, je trouve intéressant de visibiliser des actes de révoltes anonymes mais parfois ça me saoul de voir que certain-e-s essayent de faire croire que ces actes s’inscriraient forcément dans une volonté de subvertir l’existant dans son ensemble, dans une perspective insurrectionnelle, révolutionnaire ou je ne sais quel projection de l’esprit militant. On dirait que certain-e-s cherchent à valider leurs théories sur la diffusion du conflit social en essayant de faire coller leurs analyses à la réalité sociale ce qui s’apparente à effectuer une transposition d’une idéologie politique sur des actes de rébellion.

Depuis que j’ai commencé à manifester consciemment ma révolte individuelle j’ai souvent eu du mal avec les idéologies et pratiques évoquées précédemment, et c’est à la lecture de certains textes d’ anarchistes-nihilistes que j’ai pu mettre des mots sur une des façons d’envisager la lutte contre toutes les dominations. Ces textes m’ont inspiré parce qu’ils font des propositions réalisables en terme d’organisation et de pratiques en amenant une intensité nouvelle, tout en remettant en question cette rationalité qui a tant marqué les mouvements révolutionnaires, rationalité qui contient les passions et étouffe les désirs, qui soumet la révolte individuelle à la perspective révolutionnaire et/ou insurrectionnelle. En somme, je préfère la planification et l’attaque à la stratégie, la passion destructrice à la révolution créatrice, la révolte individuelle à l’inertie des groupes, la formation de groupes informel autonome au développement de luttes sociales…

Contrairement a leurs détracteur-e-s, je crois en la reproductibilité des méthodes proposées et pourquoi pas même les techniques les plus sophistiqués, en tout cas j’ai pas envie de me priver de tel ou tel moyen de lutte sous prétexte qu’il nécessite une connaissance particulière ou que les flics utilisent les même outils. On arrive à faire de la mécanique assez pointue, des gâteaux vegan sans gluten vraiment bon, de la permaculture sur des sols arides et pourquoi pas des bombes ! On utilise des ordinateurs, des voitures, des téléphones portables et pourquoi pas des armes !

Néanmoins, je ne crois pas que toutes les critiques dont font l’objet les anarchistes de praxis soient infondées notamment en ce qui concerne la spectacularité, l’arrogance et la prise en compte des privilèges et des rapports de dominations intériorisés.

Notamment, et on le retrouve assez souvent dans les groupes de guérilla urbaine à travers l’histoire, l’utilisation intensive voire abusive de la bombe et parfois je pense plus pour le symbole que pour l’utilité réelle. La critique du symbolisme est pour moi au cœur de la recherche de cohérence, elle fait la différence dans l’intention de l’auteur-e entre la tendance plus ou moins spectaculaire ou destructrice d’une action. Faire rupture avec ce monde et les moyens de contestations pacifiés ne peut exclure une critique de la société du spectacle, de l’image et de l’événementiel qui a marqué nos imaginaires.

Par ailleurs, il m’a été reproché et à d’autres compagnon-ne aussi, une posture de super guerrier-viril, seul-e- contre les hordes d’apathiques, qui considèrent tous-tes celleux qui ne sont pas aussi radicales ou qui ne le défendent pas avec autant de fierté ne sont que des réformistes ou de futur traître, bref « des gens qui ne font rien ». Qu’on forme des groupes soudés mais excluant, avec lesquels on se sent plus fort-e mais qui nous donne aussi les moyens d’écraser les autres. Que les exigences passent souvent avant la compréhension, l’empathie ou la bienveillance. Malheureusement je crois que cette critique peut être étendue à beaucoup d’acteur-e-s de cette communauté d’attaque qu’est l’internationale noire [6]. Le côté « les seul-e-s vrai anarchistes sont celleux qui n’ont rien à perdre et qui sont prêt-e-s a tout» me met moi-même mal à l’aise principalement parce que quand j’y pense j’en ai des choses à perdre, essentiellement des personnes, des affects et des relations. Cette posture semble être le talon d’Achille des anarchistes de praxis qui se veulent être intransigeant-e-s en ce qui concerne l’action mais qui ne semblent pas s’en prendre avec la même vigueur aux rapports de dominations et d’oppressions inter-individuels et structurels qui s’incarnent en nous et dans nos relations. Bien que ce soit présent dans certains écrits, la place qui est accordée à ces réflexions est parfois un peu faible. Soit dit en passant et parce que je trouve que le langage en dis long sur notre manière de penser, je suis souvent gêné que certains textes soient masculinisés ou lorsqu’il ne reflète qu’une binarité de genre « homme/femme » et négligent les autres identités défini ou non (cette critique est aussi valable pour l’ensemble des anarchistes). [7]

En ce qui concerne la question des responsabilités individuelles je n’arrive pas à me fixer ; mais le faudrait il d’ailleurs ? J’oscille entre la vision apportée par les individualistes que l’esclave qui ne se révolte pas ne vaut pas mieux que le maître et une approche matérialiste du poids des systèmes de dominations sur le conditionnement des individu-e-s. N’ayant réussi à résoudre cette équation j’adapte mon regard en fonction des contextes et des implications personnelles. En clair, j’ai pas envie de penser que si tu ne te révolte pas tu ne vaut pas mieux que tes oppresseurs en niant l’existence des oppressions structurelles et de trajectoires personnelles singulières. C’est sûr qu’en tant que mec-blanc-cis-middle class j’ai pas eu les même obstacles à franchir pour me construire une individualité révoltée. D’un autre côté je peux pas m’empêcher de penser que si la civilisation patriarcale et capitaliste existe encore c’est pas uniquement grâce à la minorité qui détient l’essentiel des pouvoirs et leurs outils coercitifs, mais c’est rendu possible par la docilité, la servitude et la collaboration parfois zélées du restes du monde, des opprimé-e-s y compris. Seul une minorité d’individu-e-s se rebellent et même si bien souvent les révoltes partent de l’existence, le passage à l’acte ne s’explique pas en termes objectif et matériel. C’est à mon avis, le fruit de parcours, de sensibilités, de rencontres, de rage et de volonté que personne ne peut prévoir.

Par contre, je n’ai pas envie de rentrer ici dans les débats autour de l’anonymat ou de la revendication et en ce qui concerne les signatures permanentes je n’en voit pas l’intérêt pour ma part mais je ne rejette pas d’emblée un groupe qui essaye de se construire une identité qui soit le reflet de son éthique. Simplement, je soutiens tout type d’attaques, par les moyens jugés nécessaire par les auteur-e-s, qui s’inscrivent dans une perspective de lutte contre toutes les formes de dominations, revendiqués ou non, signés ou pas car je sais que, malgré nos désaccord, nous partageons cette passion, ces instants de vie, quelques fragments de liberté.

A celleux pour qui les schémas du passé ne peuvent contenir leurs envies de tout détruire, à celleux qui ne veulent rien reconstruire, ces textes offrent des pistes de réflexions, dans l’ici et maintenant, dans la constitution de groupes informels d’action, dans le dialogue ouvert au travers des revendications. A toutes celleux qui pense que l’attaque est nécessaire.

A celleux qui conspire, qui font le choix de l’attaque, revendiquée ou non.

A celleux qui m’aide à aiguiser mon couteau par leurs communiqués, a celleux qui traduisent et permettent le dialogue entre anarchistes.

Pour que la praxis ne reste pas que sous la cagoule et bouleverse nos vies, nos relations, nos intimités.

Un impatient

 

Notes :

1 Anarchiste de « praxis » ou anarchiste « d’action » est utilisé pour représenter l’ensemble des groupes ou individu-e-s pour qui l’attaque, la communication, la solidarité et l’internationalisme sont au cœur de leurs pratiques, ceci étant cela ne représente pas une pensée politique uniforme, mais plutôt une méthode, sous ce terme on peut retrouver différentes tendances anti-autoritaire.

2 Bure et sa région, dans l’est de la france, ont été choisi pour l’enfouissement de déchets nucléaires. Depuis plusieurs années une lutte hétéroclite est en cours.

3 En référence aux manifestations contre l’usine d’armement Nobel-Sport situé a Pont-de-Buis-les-Quimerch'(France).

4 Le « nous » fait référence dans ce paragraphe aux petit milieu anar-squat-vandal-toto dont les bases politiques ne sont pas toujours très claires dans lequel j’ai évolué.

5 Organisé en partie par les appelistes, qui en avait fixé les contours, notamment en mettant la pression aux vandal-e-s pour ne rien casser et se limiter a de la peinture, avait été le théâtre de confrontation physique entre anarchiste et autoritaire. Plus étonnant un certains nombre compagnon-ne-s anti-autoritaire avaient respecté les injonctions de la manif sans rechigné ! (cf : Vive le Kassnaval sur indymedia nantes)

6 Ce terme est employé pour représenter l’ensemble des groupes et individus de différentes tendances qui ont fait de l’attaque et la communication entre anarchistes d’actions le centre de leurs interventions.

7 Je souhaite préciser que dans la plupart des cas j’ai utilisé des textes traduits par d’autres et je ne sais pas a quel point la volonté des auteur-e-s a pu être modifiée lors des traductions.

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SOMMAIRE

Introduction
Première tentative…

Textes :
– Ne dis pas que nous somme peu ; dis seulement que nous sommes déterminés, par la CCF (première génération) et Theofilos Mavropoulos
– L’urgence de l’attaque, par Nicola Gai (emprisonné pour la jambisation d’un responsable du nucléaire italien)
– Interview d’Alfredo Cospito (emprisonné pour la jambisation d’un responsable du nucléaire italien) par la CCF

Communiqués :
– Attaque incendiaire contre une entreprise d’exploitation animale, par la Cellule Anarchiste d’Attaque Incendiaire « Feu et Conscience » – FAI/FRI
– Attaque à l’explosifs contre les Forces Aériennes du Chili, par la Cellule Anarchiste d’Attaque Incendiaire « Feu et Conscience » – FAI/FRI
– Face aux attaques du pouvoir, l’offensive continue, par les Individu-e-s pour la Dispersion du Chaos – FAI/FRI
– Projet NEMESIS : une proposition ouverte, par la CCF – FAI/FRI

Quelques éléments pour une (auto) critique :
– La récupération nihiliste suivi de « Communiqué d’actions anarchistes et réponse aux nihilistes », Anonyme
– L’exigence, Anonyme

Bibliographie et sources

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