Ni loi, ni travail – 14 juin : une manif géante et saccageuse à Paris [MAJ : sur manif sauvage du soir et sur les dissociés]

Libération / mardi 14 juin 2016

Paris 14 6 2016 5Le défilé parisien de mardi a été le plus massif depuis le début du mouvement contre la loi travail. Et le plus violent. Un cortège asphyxié par les gaz lacrymogènes tout au long d’un parcours de cinq kilomètres, des détonations continues, des dizaines de blessés, tant du côté des forces de l’ordre que des manifestants : le défilé contre le projet de loi travail, qui a rassemblé 80 000 personnes [un million selon les syndicats; NdAtt.] mardi dans la capitale, selon la police, a été le plus massif mais aussi le plus violent depuis le début de la mobilisation, il y a trois mois. Le préfet de police de Paris, Michel Cadot, ne s’était pas trompé, lundi, en jugeant le niveau de risque «indéniablement élevé».

A photo taken on June 14, 2016 shows the broken window of a shop during a demonstration against proposed labour reforms in Paris. Several hundred masked protesters hurled objects at police on June 14 during a demonstration in Paris against a contested reform of French labour laws, authorities said. / AFP PHOTO / DOMINIQUE FAGET

Outre l’interdiction de manifester pour 130 personnes, il annonçait de nouvelles techniques de maintien de l’ordre, dans le cadre desquelles ses hommes tenteraient de «faire preuve d’initiative et de rapidité face aux casseurs». Dès les premiers hectomètres du parcours, le décor est posé. A chaque carrefour, chaque rue, un cordon de CRS ou de gendarmes mobiles empêche entrées comme sorties. Fait inédit, des barrières anti-émeutes ont été déployées. Rapidement, des détonations se font entendre. Les premières échauffourées se déroulent devant la station de RER Port-Royal, au niveau du cortège autonome, situé en tête de défilé.

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Tout de noir vêtus, les manifestants les plus radicaux harcèlent les forces de l’ordre. Leurs projectiles ? Des bouteilles de bière et des pierres. En face, on réplique à coups de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes. Le défilé est bloqué de longues minutes. Mais les manifestants, masque sur la bouche et lunettes de plongée sur les yeux, ne reculent pas. Loin de se désolidariser des «casseurs», comme les y avait invités le préfet de police de la capitale, ils font bloc. Une fanfare entame Bella Ciao dans une nuée de lacrymos, tandis que les équipes médicales prodiguent les premiers soins aux blessés, pour l’instant légers : yeux rougis, contusions… Les slogans sont classiques : «Anti, anti, anticapitaliste!», «Paris, debout, soulève toi !» D’autres sont revisités : «La police déteste tout le monde», au lieu de «Tout le monde déteste la police». Ou encore : «Si t’es fier d’être CRS tape ton collègue!»

Paris 14 6 2016 2Les dizaines de manifestants violents laissent derrière eux une succession de vitrines dévastées : banques, agences de voyages ou d’assurances, bureaux de poste… Certains commerces, eux, ont pris leurs dispositions, comme cette concession automobile qui a placé sur sa devanture de grandes plaques de bois. Celle-ci n’échappe pas, en revanche, aux tags : «Les enragés ouvrent le bal», «Crève le capital».

French anti-riot police officers stand as stones and rubbish lie on the pavement during a demonstration against proposed labour reforms in Paris on June 14, 2016. Several hundred masked protesters hurled objects at police on June 14 during a demonstration in Paris against a contested reform of French labour laws, authorities said. / AFP PHOTO / DOMINIQUE FAGET

La foule n’est repartie que depuis quelques minutes quand la situation se crispe à nouveau, cette fois au niveau du métro Vavin, à l’angle du boulevard Raspail et du boulevard Montparnasse. […] Quelques instants plus tard, une vitrine bancaire cède sous les coups de marteau d’une personne cagoulée. Applaudissements de la foule. Bien plus fourni qu’à l’accoutumée, le défilé autonome a cette fois drainé de nombreux curieux venus en bus de province.  […]

PAris 14 6 2016 20Les heurts les plus violents surviennent aux abords du métro Duroc et de l’hôpital Necker. Un cordon de CRS est pris à partie par la foule. Des deux côtés, ça canarde. Des hommes en noir s’attaquent à la chaussée et finissent par en détacher des plaques entières de bitume, qui leur serviront de projectiles. Bilan : au moins 15 baies vitrées explosées. En début de soirée, l’assistance publique des hôpitaux de Paris annonçait sa volonté de porter plainte. Il est seize heures quand la police décide de couper à nouveau le cortège en deux, et de faire intervenir le canon à eau, une méthode très rarement utilisée dans la capitale. Le véhicule, escorté par les forces de l’ordre, arrose copieusement les manifestants, avant de se placer au milieu du défilé, qu’il accompagnera jusqu’à l’esplanade des Invalides en aspergeant les personnes placées devant lui. A plusieurs reprises, les forces de l’ordre se retournent et s’en prennent au reste de la manifestation qui, derrière ses bannières syndicales, s’impatiente. Dans le ciel, l’hélicoptère de la préfecture de police tournoie non-stop. […]

Vers 18 heures, la préfecture de police annonce 58 interpellations et dénombre 29 policiers et 11 manifestants blessés. Outre la personne gravement atteinte en haut du dos, Thomas, secouriste, dit avoir soigné un jeune touché au front par un tir tendu de grenade lacrymogène, tandis que ses collègues évoquent des manifestants touchés au crâne et un blessé sérieusement atteint au doigt par une grenade à Montparnasse. En fin de journée, l’arrivée sur l’esplanade des Invalides ne calme pas les ardeurs des plus déterminés, qui continuent les jets de projectiles. Réplique des forces de l’ordre à coups de lacrymos et même de flash-balls en direction d’une foule pourtant dense. Une stratégie qui finit par payer : vers 19 heures, les lieux sont évacués…

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Saccage dans les beaux quartiers

TF1 / mardi 14 juin 2016

Paris 14 6 2016 16Une nouvelle journée de mobilisation contre la loi Travail a eu lieu mardi, avec un grand défilé, à Paris à l’appel des organisations syndicales. 73 interpellations, dont 58 à Paris, ont eu lieu après des centaines de jets de projectiles sur les forces de l’ordre. Vingt-neuf membres des forces de l’ordre et 11 manifestants ont été blessés dans la capitale.
Paris 14 6 2016 15Affrontements entre casseurs et policiers, vitrines saccagées, au moins 29 policiers et 11 manifestants blessés, 58 interpellations : une nouvelle fois, la mobilisation contre la loi travail, mardi à Paris, a été éclipsée par les violences. Les heurts entre plusieurs centaines de personnes cagoulées et les forces de police ont commencé rapidement après le début du cortège, parti de la place d’Italie pour rejoindre les Invalides, et qui a rassemblé un million de personnes, selon les organisateurs, près de 80.000 selon la préfecture de police.
Ils étaient 1,3 millions de manifestants dans toute la France selon les syndicats, 125.000 selon les autorités. Le terme de « baroud d’honneur » a été récusé à la fois par Philippe Martinez et Jean-Claude Mailly, les deux syndicalistes rappelant que deux autres journées de manifestations sont prévues, les 23 et 28 juin.
58 interpellations à Paris, 29 policiers blessés. Vingt-neuf membres des forces de l’ordre et 11 manifestants ont été blessés mardi lors de la manifestation contre la loi travail à Paris, selon un nouveau bilan de la préfecture de police de Paris, qui a fait état à 18h40 de 58 interpellés. Au total, 73 personnes ont été arrêtées dans toute la France.

paris 14 6 2016 ratp RepubUn véhicule de la RATP a été incendié mardi soir par un « individu masqué » place de la République, et deux Autolib ont ensuite été brûlées non loin de là par un groupe de personnes, a déclaré la préfecture de police. Les véhicules étaient vides de tout occupant. Selon un porte-parole de la RATP, une de ses équipes dans le métro à République avait été « prise à partie », notamment avec des « jets de projectiles », par un groupe de personnes peu avant l’incendie du véhicule. Un groupe de personnes a ensuite quitté la place et mis le feu à deux Autolib rue Saint-Maur, a ajouté la préfecture, précisant que ces individus étaient en fuite. Le calme était revenu dans le quartier en fin de soirée, a-t-elle ajouté.

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Un mur défoncé, des palettes en bois jetées, des vitrines brisées… À peine commencée, la manifestation contre la Loi Travail organisée ce mardi après-midi à Paris comptait déjà de nombreux incidents. Peu après le départ, boulevard de Port-Royal, des jeunes cagoulés d’extrême gauche ont tenté de faire dégénérer la manifestation en lançant des projectiles sur les forces de l’ordre, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes.

Dans le secteur de Port-Royal, des « individus sont entrés sur un chantier pour prendre des palettes avant de les jeter sur les forces de l’ordre », qui ont dû intervenir, a signalé la Préfecture de police de Paris. Sur Twitter, la PP a appelé les manifestants à se « désolidariser des casseurs pour faciliter l’intervention des forces de l’ordre ».

Selon la préfecture de police de Paris, le canon à eau a été utilisé pour « permettre aux forces de l’ordre qui étaient prises à partie depuis plusieurs minutes de se dégager » près du carrefour Duroc, non loin des Invalides. Quinze policiers ont été blessés à cette occasion. « On n’a jamais vu l’utilisation du canon à eau, c’est fou », s’étonnait un retraité.Paris 14 6 2016 12

Vitrines de banques, d’opticien, de serrurier, de restaurants, supérettes, salons de coiffure ou un centre d’imagerie médicale : les casseurs s’en sont pris à de nombreux commerces, parfois sous les huées d’une partie des manifestants. Même les vitres de l’hôpital Necker, spécialisé dans l’accueil des enfants, ont été pris pour cible. À la suite de ces destructions, l’APHP (Assistance publique hôpitaux de Paris) a annoncé qu’elle portait plainte. La ministre de la Santé Marisol Touraine a dénoncé sur Twitter une « attaque insupportable de casseurs ». « Honteux. Mon soutien aux professionnels de santé mobilisés auprès des patients », a-t-elle écrit [Cool! Notre modeste soutien aux casseurs d’hôpitaux mobilisés contre ce monde – NdAtt.].

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La révolte arrête l’assemblée citoyenniste (manif sauvage le soir, de Répu jusqu’à Belleville)

Le Figaro /  mardi 14 juin 2016

Paris 14 6 2016En marge de la manifestation contre la loi travail, plusieurs centaines de militants anticapitalistes et antifascistes se sont réunis place de la République, à Paris, ce mardi soir. Des affrontements ont eu lieu avec les forces de l’ordre et une voiture de la RATP a été brûlée. L’assemblée générale du mouvement Nuit Debout a notamment dû être interrompue. Ils ont entamé une manifestation sauvage dans les rues de Paris. Les militants ont également mis le feu à deux autolibs avant de saccager un supermarché Dia.

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Hollande pas content – Le gouvernement veut interdire les manifestations

Le Monde / mercredi 15 juin 2016

PAris 14 6 2016 10François Hollande a dit en conseil des ministres qu’il n’y aurait plus d’autorisation de manifester si la préservation des « biens et des personnes » ne pouvait être « garantie », a rapporté, mercredi 15 juin, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll. « A un moment où la France accueille l’Euro, où elle fait face au terrorisme, il ne pourra plus y avoir d’autorisation de manifester si les conditions de la préservation des biens et des personnes et des biens publics ne sont pas garanties. »
M. Le Foll a ajouté que « si les conditions ne sont pas réunies […], et pour l’instant elles ne le sont pas, à ce moment-là les décisions seront prises au cas par cas de ne pas autoriser les manifestations ».

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Bref récit de la manif sauvage partant de répu ce 14 juin

Indymedia Nantes / jeudi 16 juin 2016

Paris 14 6 2016 manif sauvage 214 juin. Beaucoup d’entre nous étaient frustré-es de la manif de l’après-midi. Non qu’il ne ce soit rien passé. Le monde était là, les flics aussi. Le tableau final est plutot joli, mais à vivre chacun-e ça n’a pas été forcement un moment les plus libérateurs. Un mot tourne, ce soir on continue l’émeute, et on se déchaîne un peu de la frustration de la journée.

Paris 14 6 2016 manif sauvageRépublique 21h. une bonne centaine de personne n’est visiblement pas là pour débattre à nuit debout, et zone un peu autour de la place. Peu de flics a l’horizon, c’est plutôt en mode bière. Mais on apprend qu’un camarade se fait contrôler par les GPSR dans le métro. Ni une ni deux, on descend et on libère le camarade des griffes de ces auxiliaires de police, racketteurs de pauvres, nouvellement portes-flingue. ils sortent du métro, en bon cow-boys mais se font rapidement repousser par des jets de cannettes. L’un d’entre devra se faire calmer par ses collègues pour ne pas finir à l’hôpital. Les poubelles recouvrent la voiture des simili-flics, tags, vitres cassée, fumi à l’intérieur. Spectacle. On commence a être nombreu-ses-x ( peut-être 500) dont pas mal masqué-es, et la nécessité de partir avant que le dispositif policier ait le temps de se mettre en place se fait sentir.

Paris 14 6 2016 manif sauvage 3Longs moments, à hésiter, à vouloir rester là voir la voiture se consumer, à penser qu’on est pas assez au vu de cette place gigantesque. Mais tant bien que mal, avec la menace de l’intervention des flics nous partons. Sur le chemin un chantier, chacun-e peut trouver avec quoi s’amuser. Banques, intérim, agences immobilières, darty, dia, autolib, velib tout y passe. Les slogans sont gueulés, « loi, travail, ni l’un ni l’autre », « on va tout péter… », « nous sommes de ceux qui niquent la bac ». Il n’y aucun flic à l’horizon, sauf une voiture qui à notre vue met sa sirène pour partir le plus loin possible. On est speed mais on a prise sur les choses, on peut s’arrêter quand on veut, aller où l’on veut.

A Belleville, après avoir croisé une brigade de 8 baceux casqués, bouclier et télescopique à la main les chosent s’accélèrent. Alors que certain-es semblent avoir envie de s’arrêter là, d’autres tentent de remonter la rue ramponneau pour taper le commissariat. Sur le chemin les gens du quartier les encouragent, mais les baceux, en passe d’être rejoints par leurs collègues, on prit le groupe déjà bien dégarni en chasse. Panique, dispersion au niveau de la cible, le manque de connaissance réciproque empêche l’écoute et la confiance et le groupe se disperse – à mon avis – un peu tôt. ( ou un peu tard, c’est selon). Durant les deux heures suivantes, les flics tournent dans le quartier. Ils arrêteront au moins 4 personnes.

Solidarité avec les gardé-es à vue de la journée, la préfecture annonce des déferrement au tribunal demain 16 juin. Retour ligne automatique
Continuons le début, détruisons ce qui nous détruit.

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La valse des dissociés

              la CGT, via TF1 / mercredi 15 juin 2016

[…] Quinze baies vitrées cassées, des patients et des médecins sous le choc. La CGT a condamné mercredi « sans réserve les violences commises » la veille à l’hôpital Necker-Enfants malades, en marge d’une manifestation parisienne contre la loi travail, en dénonçant « des actes aveugles » qui discréditent l’opposition au projet du gouvernement. « Nous ne tolérons aucune de ces violences perpétrées par quelques individus en dehors des manifestations, comme celles qui gratuitement endommagent des établissements de soins au service des populations », ajoute le syndicat dans un communiqué, après avoir été critiqué par Manuel Valls pour son ambiguïté face aux casseurs. Le préfet de police de Paris a lui évoqué « une forme de solidarité » entre  des manifestants, dont certains brandissant des drapeaux de la CGT, et les casseurs lors de la manifestation mardi. […]

               lundi.am / mercredi (sic!) 15 juin 2016

« Au milieu de tout cela, quelques vitres de l’hôpital Necker ont été brisées. Bien que les vitres en question n’aient pas d’autre rôle que celui d’isolant thermique : j’en conviens grandement, ce n’est pas très malin. Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot […]
Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, […] « 

              un certain « n-n-n » sur Paris-luttes.info / jeudi 16 juin 2016

[…] il y a eu la mauvaise blague de l’hôpital Necker… Une personne seule a étoilé une dizaine de ses vitres, sous le regard circonspect de pas mal d’autres manifestant-e-s, qui soit ne savaient pas qu’il s’agissait d’un hôpital, soit ne comprenaient pas pourquoi cette personne s’y attaquait (Je serais d’ailleurs curieux d’en connaître ses raisons) […] [NdAtt. : peut-être parce que c’est un établissement de l’État, connard?]

               Nantes Révoltées [amis des petits boutiquiers en livres] sur Indy Nantes / jeudi 16 juin 2016

[…] Visuellement, seule une longue baie vitrée grise longeant le boulevard s’offrait à la vue des manifestants – ce qui n’est pas le cas dans le sens inverse de la marche. Nul doute que les quelques égarés pavloviens venus casser du verre – une petite librairie juste à côté à subi le même sort que l’hôpital – n’ont même pas compris ce à quoi ils touchaient. […] Si les enfants soignés dans cet hôpital ont été incommodés, c’est probablement plus par l’usage massif de l’arsenal policier que par des coups, aussi idiots soient-ils, sur la baie vitrée du bâtiment. […]

 

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