État d’urgence : un point et quelques chiffres

Mise à jour de mardi 2 décembre : Cazeneuve a annoncé aux médias que les perquisitions administratives ont atteint le chiffre de 2235. Lors des ces opérations policières, 232 personnes ont été placées en garde à vue et 346 procédures judiciaires ont été ouvertes. 330 islamistes presumés ont été assignés à résidence, ainsi que 26 personnes qui, d’après les flics, pourraient être dangereuses : des assignations à résidence préventives lors de l’opposition à la COP21 (dont certains des assignés s’en foutent) et, simplement, pour emmerder les ennemis reconnus de l’État (sur les opposants à la COP21, voir plus bas).

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Le Parisien / mardi 1er décembre 2015

[…] le Premier ministre Manuel Valls détaille lors d’une interview sur Europe1 les résultats obtenus par la police depuis l’instauration de l’état d’urgence. Le Premier ministre déclare également qu’il ne fallait pas «écarter», «en fonction de la menace», la «possibilité» d’une prolongation de l’état d’urgence après le 26 février. «Nous sommes à plus de 2.000 perquisitions administratives qui ont été menées depuis la mise en place de l’état d’urgence. Elles ont permis de saisir 320 armes, dont une trentaine d’armes de guerre. Plus de 250 procédures judiciaires ont été initiées suite à ces perquisitions, plus de 210 personnes ont été placées en garde à vue», a déclaré Manuel Valls […].web-etat-d-urgence-les-moyensLe gouvernement soutiendra la fouille des bagages par les agents de sécurité SNCF et RATP. «Nous allons soutenir une proposition de loi du député Gilles Savary qui va être examinée avant Noël par le Parlement pour permettre aux agents de sécurité de la SNCF et de la RATP de pouvoir fouiller les bagages puisque, comme vous le savez, aujourd’hui, ça n’est pas possible», a déclaré le chef du gouvernement.
La proposition de loi vise notamment à autoriser «les agents des services internes de sécurité de la SNCF et de la RATP à procéder à des palpations de sécurité» et à la fouille des bagages, avec l’accord des passagers, ou à autoriser les policiers, sous certaines conditions, à procéder «à l’inspection visuelle des bagages à main et à leur fouille» en vue de «prévenir une atteinte grave à la sécurité des personnes et des biens». Déposée avant les attentats, elle avait été retardée en attendant les propositions de l’exécutif sur de nouvelles mesures de sécurité. Le texte sera «examiné avant Noël par le Parlement», a assuré Manuel Valls mardi matin.
Le Premier ministre a par ailleurs confirmé l’installation de portiques de sécurité dans les gares françaises desservies par le train à grande vitesse international Thalys (gare du Nord à Paris et Lille). […]

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Et à Paris l’interdiction de manifester est prolongée jusqu’au 13 décembre

Le Parisien / mardi 1er décembre 2015

La préfecture maintient l’interdiction de manifester sur la voie publique dans «plusieurs communes avoisinantes du Bourget», où se tient la COP21, et sur le «secteur des Champs-Elysées, du Grand Palais et de la Concorde», du 1er au 13 décembre. «D’autres arrêtés d’interdiction de manifestations pourront être pris ponctuellement afin de garantir, en fonction des nécessités et des circonstances, l’ordre public et la sécurité des personnes», précise la préfecture ce mardi dans un communiqué en rappelant que les contrevenants s’exposent à des peines allant jusqu’à six mois de prison et 7.500 euros d’amende.

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Qui sont les 26 assignés de la COP21 ?

Le Parisien / lundi 1er décembre 2015

Le dispositif exceptionnel de sécurité mis en place après les attentats ne sert pas qu’à la lutte antijihad. 26 militants d’extrême-gauche ont ainsi été assignés à résidence pendant la COP21. En vertu de l’état d’urgence, ces militants d’extrême gauche, dont six femmes, ont été assignés à résidence par le ministère de l’Intérieur pendant la période de la COP21. Les arrêtés préfectoraux fixent des obligations strictes qui leur imposent de ne pas quitter leur commune de résidence, de pointer trois fois par jour au commissariat ou à la brigade de gendarmerie locale. En outre, les personnes visées ne peuvent sortir de chez elles de 20 heures à 6 heures du matin. Le tout jusqu’au 12 décembre, après la fin de la COP21. Un régime draconien impossible à imposer hors état d’urgence mais justifié, selon la Place Beauvau, par les antécédents de violences de la plupart des intéressés.
L’Intérieur a frappé fort. Ainsi un arrêté vise-t-il une jeune femme de 23 ans… incarcérée à Fleury-Mérogis. L’administration a en fait anticipé une possible libération, une audience étant prévue le 25 novembre. Les magistrats ont finalement décidé de la maintenir en détention.
Pour asseoir leurs décisions, les préfectures se sont fondées sur les informations collectées par les services de renseignement, qu’elles reposent sur des condamnations judiciaires ou non. Deux militants, un homme et une femme, ont été mis en cause après que leurs empreintes ont été retrouvées sur « un engin incendiaire » déposé sous une voiture de police à Paris en 2007. Cinq autres sont soupçonnés d’avoir agressé des policiers ou des gendarmes ou d’avoir appelé à l’action violente («  L’air est au napalm pas au retour au calme »). Une autre a été mise en cause dans la « fabrication d’explosifs » à Toulouse en 2007 et un « attentat » à Rennes, l’année suivante. Certains parcours apparaissent moins radicaux (simple rappel à la loi pour l’un, « participation à une manifestation contre les violences policières » pour un autre).
Agés de 23 à 38 ans, les assignés, majoritairement « sans profession connue » ou étudiants, se retrouvent sur les lieux des grandes contestations écologistes et anarcho-libertaires en France. A commencer par Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), Sivens (Tarn), l’endroit où est mort Rémi Fraisse, tué par l’explosion
d’une grenade lors d’échauffourées avec les gendarmes,ou encore Bure (Meuse) pour lutter contre l’enfouissement de déchets radioactifs.
A l’étranger, on les aperçoit surtout en Italie, comme sur le chantier du TGV Lyon-Turin. Dans ce domaine, la coopération policière fonctionne : plusieurs militants ont été arrêtés à Gênes, en route, selon les services de police, pour l’Exposition universelle de Milan.
Mathieu, 32 ans, l’un des assignés, habitant au Mas-d’Azil, en Ariège, a écrit une lettre ouverte pour ironiser sur le sort qui lui est réservé : « On punit un profil (le mien en l’occurrence), c’est-à-dire qu’on ne me sanctionne pas pour quelque chose que j’aurais fait, mais pour ce que je suis (ou ce que je suis supposé être) », résumet-il. Selon les services de renseignement, il a été mis en cause après l’agression d’un journaliste et d’un policier lors d’un défilé de la Gay Pride à Tours. Ce que refuse de commenter le collectif contre l’état d’urgence dans le département. L’un de ses membres, Florent, invoque les atteintes aux libertés individuelles : « C’est la légitimité de ces décisions que nous remettons en cause. Il s’agit de peines sans procédures d’instruction, prises de manière non contradictoire selon une logique proactive. Et donc absurde, puisque les infractions n’ont pas eu lieu. » Les avocats de la mouvance tentent de fédérer leurs actions. Pour l’instant, les recours n’ont pas abouti.

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