Paris : Affrontements à République – MAJ4 : quatre condamnations

Le Parisien / mardi 1er décembre 2015

repu 29 11 2015 3Ils sont jugés en comparution immédiate. Un homme et une femme comparaissent ce mardi devant le tribunal correctionnel de Paris, [voir plus bas; NdAttaque] après les incidents survenus dimanche dans la capitale lors d’un rassemblement en marge de la COP21, a-t-on appris de source judiciaire. Deux autres personnes restent en garde à vue, tandis que cinq ont été relâchées. Les gardes à vue de plus de 300 autres avaient déjà été levées lundi. L’enquête se poursuit. Âgé de 28 ans, l’homme jugé ce mardi après-midi doit répondre de coups et blessures volontaires sur un membre des forces de l’ordre. La femme, dont l’identité et la nationalité n’ont pas été établies, est jugée pour avoir refusé de se plier à la prise de ses empreintes digitales. Il est également reproché aux deux de n’avoir pas obéi à l’ordre de dispersion de la police. […] Au-delà de la mesure générale, le gouvernement a déjà fait part de son intention d’interdire la marche prévue à Paris le 12 décembre, après la fin de la COP21. Le préfet de police de Paris a également interdit, jusqu’au 13 décembre à minuit, les manifestations autour du Bourget, où se tient la conférence sur le réchauffement climatique, et dans le secteur des Champs-Élysées, du Grand Palais et de la Concorde. […]

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Le Parisien / lundi 30 novembre 2015

La préfecture a publié ce lundi matin un bilan des affrontements qui ont eu lieu dimanche, place de la République […]. Les policiers ont procédé dimanche à 341 interpellations, dont 317 se sont soldées par des gardes à vue.

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Huffington Post / dimanche 29 novembre 2015

Des échauffourées ont éclaté dimanche 29 novembre entre des manifestants, pour certains le visage masqué et jetant des projectiles, et les forces de l’ordre qui ont répondu par des jets de gaz lacrymogènes [et grenades, assourdissantes et à fragmentation; NdAttaque] sur la place de la République à Paris. Plusieurs dizaines de personnes encagoulées et vêtues de noir ont jeté des bouteilles en verre contre les CRS.
Les policiers, qui avaient bloqué les accès à la place, ont répliqué à coups de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes (voir notre vidéo en haut de cet article). Les manifestants, bravant l’interdiction décrétée dans le cadre de l’état d’urgence après les attentats, se sont rassemblés à partir de midi sur la place […]. Selon Bernard Cazeneuve, ces échauffourées ont entraîné l’interpellation de 289 personnes et la garde à vue pour 174 d’entre elles. […]

En début d’après-midi, une partie des manifestants, le visage masqué par un foulard ou une capuche, se sont engouffrés sur l’avenue de la République, clamant « Etat d’urgence, Etat policier. On nous enlèvera pas le droit de manifester ». Certains ont jeté des chaussures, des bouteilles ou encore une barrière sur les CRS déployés en masse, qui ont riposté à coups de gaz lacrymogène puis chargé les manifestants qui ont ensuite reflué vers la place de la République. Une journaliste de BFMTV a notamment été interrompue en plein direct par un manifestant cagoulé qui a agrippé la caméra qui la filmait [bien fait!]. Des militants pacifiques, brandissant un drapeau arc-en-ciel, ont demandé de cesser de jeter des projectiles. « Choisis ton camp« , leur a répondu un Black Bloc. […]

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Paris Luttes Info / dimanche 29 novembre 2015

En début d’après-midi, 4 000 à 5 000 personnes se sont rassemblées sur la place de la République, bloquée de toutes parts par la police. Une manifestation est partie sur l’avenue de la République malgré l’interdiction et l’armada policière. Les flics ont bloqué la manif un peu plus loin sur l’avenue, matraquant et lançant des gaz lacrymogènes et des grenades sur les manifestant-es. Des affrontements ont alors eu lieu sur l’avenue et la place de la République. Après avoir bloqué tous les accès, la police a continué à charger les manifestant-es à travers la place. Des affrontements et tentatives de départ en manif ont continué malgré tout. Vers 22 heures, les personnes arrétés sont dispatchés, depuis le comico de rue de l’Evangile, dans toute la région parisienne. Au moins un car a été envoyé au TGI de Bobigny.

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Deux Belges et un Suisse envoyés au CRA de Vincennes

Libération / mardi 1er décembre 2015

Deux Belges et un Suisse sont retenus depuis lundi à Vincennes. Motif : après leur participation au rassemblement pour le climat place de la République, à Paris, ils représenteraient une «menace grave à l’ordre public».

Après avoir procédé à des placements massifs en garde à vue (plus de 300 personnes) à l’issue de la manifestation interdite à Paris dimanche, les pouvoirs publics ont décidé d’aller encore plus loin en envoyant en centre de rétention trois ressortissants européens, l’un de nationalité suisse, les deux autres belge. Sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), ils représenteraient une «menace grave à l’ordre public» et à un «intérêt fondamental de la société française».

Numa, 24 ans, originaire de Bienne (Suisse), est étudiant en informatique. Il est arrivé à Paris le 28 novembre à vélo. «Sensible aux questions environnementales et climatiques», il a participé à la chaîne humaine déployée entre Oberkampf et Nation, dans le XIe arrondissement, avant de «suivre le mouvement» et de rejoindre la place de la République. «La police a bloqué tous les accès, alors que certaines personnes leur jetaient des projectiles. Moi, j’étais au milieu de tout ça et je ne pouvais pas sortir. J’ai essayé de m’en aller avec un groupe, en mode tranquille, pacifique, mais on a été encerclés par les forces de l’ordre.» Les manifestants sont ensuite interpellés, un à un. «Je me suis laissé faire, raconte Numa. Mais ils m’ont plaqué au sol et fait une clé de bras.»

A l’issue de vingt-quatre heures de garde à vue dans un commissariat du XXe arrondissement, Numa se voit signifier une OQTF, avant d’être enfermé au centre de rétention de Vincennes. «Je rigole de la situation, dit-il. Mieux vaut ça que d’en pleurer. Mais c’est assez inimaginable.» Le jeune homme devait repartir de Paris lundi, en train, pour être de retour à l’université ce mardi.

A ses côtés, un Belge de 32 ans se revendiquant des Anonymous raconte au téléphone avoir subi le même sort. Il est arrivé en France en juillet dernier et vivait ces derniers temps dans le XVe. «Je suis allé participer à la manifestation de République dimanche, où j’ai été gazé et maltraité.» Sur son OQTF, il est écrit qu’il a participé à un rassemblement interdit et qu’il représente donc une menace grave à l’ordre public. Il conteste et parle d’une «détention illégale». […]

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Deux condamnations tombent

Le Monde / mardi 2 décembre 2015

Ils sont finalement là, les deux premiers condamnés de la place de la République. Venus manifester en marge de la COP21 alors que l’état d’urgence l’interdisait, D. M. et J. G. ont été interpellés dimanche 29 novembre. Comme 339 autres manifestants ce jour-là sur cette place. Ils ont ensuite été placés en garde à vue. Comme 315 autres personnes.
Mais seuls eux comparaissaient, mardi 1 décembre, devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris. L’un pour violences volontaires sur un agent de police et refus de se disperser malgré les sommations. L’autre pour être restée sur la place malgré les ordres, également, et avoir refusé que l’on prenne ses empreintes.
A 28 ans, D. M. reconnaît « une partie » des faits qui lui sont reprochés. « Le fait d’avoir été là pour la ligne humaine. » Ivre ? Oui, il l’était. Le jet de projectile ? Il l’admet aussi. Mais lui a lancé une canette en aluminium, pas une bouteille en verre dont les éclats ont occasionné une « coupure au-dessus de la lèvre » du policer, comme le décrit la présidente du tribunal. Et c’était parce que recevoir du gaz lacrymogène l’avait énervé, se justifie le prévenu. Il ne pouvait donc pas viser volontairement qui que ce soit, puisqu’il en avait « partout dans les yeux ».
Pourquoi participer à une manifestation interdite « sous l’empire de l’état d’urgence », s’enquiert la présidente. Et surtout, pourquoi ne pas sortir de la place après les sommations ? D. M. a été interpellé à 14 h 46 précises – au moment de la deuxième sommation des forces de l’ordre – au milieu des groupes décrits dans le procès-verbal des policiers comme « anarcho-autonomes libertaires ». Lesquels les provoquaient et refusaient de se disperser.
« Ce n’est pas le procès de la manifestation, ni celui des black blocs. C’est le procès de monsieur », insiste son avocate. Certes, monsieur connaît des zadistes. Il a même passé une semaine avec ceux d’Agen et en a croisé « deux ou trois » à Paris au cours du week-end de la manifestation. Mais il ne faisait « pas partie de ces groupes-là », insiste-t-il, désignant ceux qui s’en sont pris aux forces de l’ordre sur la place de la République et se sont même emparés « d’éléments issus du mémorial de la statue en hommage aux victimes » des attentats, précise la présidente, ajoutant l’opprobre moral à celle de la loi.
Sur les captures d’écran de la vidéosurveillance, le prévenu est facilement reconnaissable, avec son sac à dos de randonnée et ses habits clairs. « Une tâche de lumière » au milieu des manifestants les plus énervés, vêtus de noir, souligne son avocate. Il ne cherchait d’ailleurs pas à se cacher, selon lui. S’il avait un tee-shirt autour de la bouche, c’était davantage « pour les odeurs de poivre. » Les yeux rivés sur les clichés, la présidente est sceptique. « On voit tout de même que vous êtes au milieu des échauffourées. » Des clichés également « éloquents » pour le procureur.
Les sommations, D. M. admet les avoir entendues. Mais en regardant dans les rues alentour, les barrages de CRS étaient déjà en place. « J’ai voulu passer, mais je me suis pris un coup de gaz lacrymo. » Une explication qui ne convainc pas le procureur, qui requiert huit mois de prison dont quatre avec sursis et mandat de dépôt à la clef. Car « quand le masque tombe, ou plutôt le foulard dans le cas de monsieur, il faut rendre des comptes ».
Soit finalement trois mois de prison ferme, sans mandat de dépôt, et 200 euros de dommages et intérêts. Le parquet de Paris a annoncé avoir fait appel de ce jugement.
J. G. prend sa place dans le box des prévenus. Entre la saison des vendanges et des olives, la jeune femme de 25 ans est venue « visiter des amis » à Paris. Et participer à la manifestation. Ne savait-elle donc pas que c’était interdit ? « Sur les réseaux sociaux, elle était maintenue », répond la militante, certes, écologiste, mais version pacifiste. « La violence, ce n’est pas quelque chose que j’apprécie » [sic!], insiste-t-elle. Alors elle s’est mise en retrait quand « ça » a commencé. Pas question, en revanche, de quitter la place et « donner raison à cette violence » en s’en allant.
Les sommations, elle affirme ne pas les avoir entendues depuis là où elle se trouvait. Et quand elle a voulu sortir : « Impossible. » Les barrages policiers ont été mis en place autour de la place bien avant la première sommation, selon le procès-verbal des policiers lu par la présidente du tribunal. « On fait des sommations dans un piège à rat. Pour que les gens se dispersent ? Je ne crois pas », estime l’avocate de la défense.
Finalement, ce n’est pas vraiment d’être restée qui lui « vaut d’être ici », souligne le procureur. Ce qu’il lui reproche surtout, c’est d’avoir refusé que l’on relève ses empreintes. « Ça a une importance », insiste-t-il, surtout dans « ce contexte ». Il ne dira pas « état d’urgence ».
« Effectivement, admet la jeune femme, droite dans ses bottes de saisonnière. J’ai considéré que je n’avais pas de raison d’être interpellée. » Alors garder le silence, c’était sa façon de montrer qu’elle n’était « pas d’accord avec la situation. » Pour son avocate, on « frise le ridicule ». Car sur les 317 gardés à vue, deux seulement ont été déférés. « Dont celle-là, lance-t-elle en désignant la glaneuse d’olives à la présidente. Et ce malgré le fait qu’elle a finalement donné son identité trois heures avant que vous ne décidiez de son déferrement pour venir encombrer votre chambre. »
Deux comparutions immédiates, « pour l’instant », lui répond la présidente. Il est 23 h 30 dans la 23e chambre. J. G. est déclarée coupable et écope de 1 000 euros d’amende. Au moins un autre manifestant devrait passer devant le même tribunal, mercredi. [Il aurait écopé de huit mois de taule avec sursis; une quatrième personne presentée en comparution immédiate ce mercredi a écopé de quatre mois avec sursis ; source : Paris-luttes.info]

[Sur certains types de défense, on conseille la lecture de ce texte. NdAttaque]

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