Chili : Communiqué de prisonnier-es de la guerre sociale d’hier et d’aujourd’hui pour la destruction de la société carcérale

Indymedia Nantes / jeudi 22 octobre 2020

Communiqué de prisonnier-es de la guerre sociale d’hier et d’aujourd’hui pour la destruction de la société carcérale.

A toutes celles et ceux qui luttent contre ce monde d’oppression et de misère.

«La réalité des prisonnier-e-s en guerre dans les prisons chiliennes ne peut être falsifiée. Il y a la lutte au quotidien, pas le silence et encore moins l’oubli. Différentes générations de subversif/ve-s qui se retrouvent avec des visions similaires dans ce présent de lutte.»
(Appel de prisonnier-e-s en guerre 2015)

«La taule est un autre lieu de lutte de plus sur le chemin de la confrontation, pour moi l’affrontement anti-autoritaire ne s’est pas terminé, il a juste changé de forme.»
-Mónica Caballero Sepúlveda

1. Depuis toujours pour la Révolte permanente

«Les expériences de défaites passées restent vivantes… palpitantes et grandiront de telle manière que nous parviendrons à encercler complètement ceux qui, lors une bataille passée, nous ont vaincu-e-s».
-Pablo Bahamondes Ortiz

La révolte qui a débuté le 18 octobre 2019 a été, entre autres choses, la cristallisation des luttes protéiformes et anti-autoritaires qui se sont succédé sur ce territoire au cours des dernières décennies, en partie, une démonstration incontestable de la continuité d’un chemin antagoniste et subversif.

L’inexistence d’une plate-forme revendicative commune et d’une direction centralisée démontre clairement le sens anti-autoritaire de la révolte qui a trouvé sa principale force dans sa multiplicité, fissurant l’ordre établi, le pouvoir et toute institutionalité.

Nous reconnaissons la capacité créatrice de la révolte, de la violence et le caractère fertile de l’action subversive multiple qui s’est déchaînée et répandue au cours de ces mois-là sur tout le territoire, mais nous ignorons la notion d’«Explosion Sociale» en tant que point culminant, métaphore de la cocotte-minute, d’un instant, qui caractérise la révolte comme un phénomène volatile, dont la durée se prolonge le temps du bruit d’une explosion ou de la lumière de son éclair. La révolte met en tension des individualités et génère des ruptures; dans l’activité collective la marge fictive de ce qu’auparavant nous croyions impossible se déplace, tant de rêves et de réflexions conspiratrices ont échappé à leur prison obsessionnelle pour se concrétiser dans de belles images de liberté, tant d’individualités ont fait ces pas décisifs dont on ne revient pas, qui nous construisent et nous font prendre position dans l’antagonisme contre ce monde et son ordre. Pendant des mois, la maxime anarchiste a pris vie dans l’activité, après tout la passion destructrice est aussi une passion créatrice.

Mais la politique aux manettes a cherché à canaliser ces énergies vers des voies institutionnelles avec un nouveau plébiscite qui ne vise qu’à sauver le système lui-même, leur propre ordre.

Notre meilleur instrument sera toujours la réflexion,l’analyse, la vision personnelle et consciente qui se décante dans l’activité quotidienne, reflet de ce que nous sommes, dans notre manière d’être et nos attentes. Le battement continu de la confrontation directe, la torture, l’enfermement, la mort et la vie sont le présent actif dans lequel nous associons dans les prisons, dans une transversalité d’ oxygène libertaire contre l’État, sa violence militaire, policière, politique et économique.

«Çà valait la peine? Impossible de répondre avec un simple «oui», parfois si sec, vide et auto-complaisant, il y a beaucoup plus de choses à mettre sur la balance. Mais il est indéniable que chaque expérience à la recherche de la liberté vaut la peine; prendre en charge son existence avec toutes ses victoires, ses défaites, ses joies et ses peines, ce sont ces expériences qui n’ont pas de prix que les personnes soumises ne pourront jamais connaître».
-Joaquín García Chanks.

2.- Ni gauche, ni droite, comme hier ni votes ni bottes ; seulement la lutte !

Nous prenons part aux urgences de la lutte, rompant avec la normalité, démasquant les comportements de guides et de leaders qui s’arrogent les intentions de contenir dans des élections, des candidats ou des organisations, la rage, la rébellion et l’énergie de la révolte.

Nous rejetons la totalité de la politique fonctionnelle et mercenaire, l’ensemble de son éventail avec le folklore pamphlétaire rance dont l’objectif pourri est de corrompre et de contrôler des vies. Il ne s’agit pas d’un changement pour le changement, il ne s’agit pas de nouvelles formes, Ce n’est pas du progressisme citoyen, ce n’est pas une nouvelle constitution, et pas des réformes du capital non plus. C’est la possibilité palpable d’être libres: femmes, hommes, dissidences; enfants et ancien-ne-s avec une aube où la misère pestilentielle de l’État, du pouvoir, leurs castes et leurs luxes tombaient en pièces.

La décision reste de se soulever, de se rebeller et de cesser de danser au son de la soumission, de donner du poids à la tendresse de l’amour en guerre, d’affronter la violence de l’État avec le plomb, la poudre et le feu autonome et subversif. Nous renforcer en apprenant dans la résistance offensive, chacun-e avec ses singularités et ses capacités.

Il s’agit de donner une opportunité définitive à la confrontation avec le monde du pouvoir, ses défenseurs et ses faux critiques.

Nous avons beaucoup attendu et ce moment unique de profond discrédit de l’illusion démocratique du capital nécessite ce flux incontrôlé de liberté qui se surgit, revitalisé à partir de différents espaces de la réalité et à travers une infinité de formes d’organisation dans le combat pour la libération totale.

Comme à la fin des années 80, nous n’avons rien à voir avec le show électoral, les referendums et les remaniements bourgeois destinés au maintien maquillé de l’ordre existent, notre seul choix reste d’attiser le feu rebelle de la Révolte.

«Toute loi fait partie de la domination, mais ne fait pas taire ma voix, ce que je pense, ce que je dis. Leurs prisons, leurs collèges, leurs boulots existent pour soutenir leurs privilèges. Leur argent et leur marchandise, leur pouvoir et leur famille alimentent ma conviction de me battre pour l’Anarchie »
-Marcelo Villarroel Sepúlveda.

3. La prolongation de la persécution, la répression et l’enfermement comme raison d’État

Sur ce parcours, nous avons eu à fréquenter et à affronter la prison, entre autres réalités, comme faisant partie intégrante, assumées quoique non souhaitées, de la lutte subversive.

Enfermé-e-s aux mains d’un État et de sa démocratie pour préserver leur paix sociale qui soutient leur violente opulence.

Ainsi, nous avons eu à vivre la prison depuis la fin des années 80 et à connaître à la première personne toutes les modifications de l’engrenage juridique, politique, policier pénitentiaire: nous avons été mineur-e-s sous contrôle du sename, mis-e-s en examen par des parquets militaires et des ministres en visite, nous avons connu la torture des flics, disparaissant des jours durant dans leurs casernes nauséabondes, nous avons été condamnés dans des procès truffés d’irrégularités sous leurs lois antiterroristes et leurs réformes de procédures pénales, nous avons vu la collaboration servile entre journalistes, flics et procureurs pour soutenir des farces de procès ainsi que la vengeance bureaucratique et pratique des matons et leurs isolements dans des systèmes d’enfermement de haute sécurité et de sécurité maximale dans lesquels nous avons été placé-e-s pour des décennies.

Ni le victimisme, ni l’assistencialisme, ni le protagonisme vide et auto-affirmatif ne font partie de nos pratiques de vie.

Nous avons été voué-e-s à une incertitude juridique affirmée dans la macabre raison d’état qui, en ce moment, atteint le comble de l’illégalité dans le cadre de leur propre légalité avec la situation de notre compagnon Marcelo Villarroel Sepúlveda, maintenu en prison sans tenir compte des années déjà passées en taule afin de lui faire purger 40 ans d’enfermement effectif, sous couvert d’un changement connu comme le décret 321 relatif aux libertés conditionnelles.

Nous nous faisons écho de l’appel urgent à diffuser sa situation et à mettre en lumière la vengeance de l’État.

Cela fait déjà 25 ans qu’il est enfermé et cela ne peut continuer à se prolonger, aussi nous unissons nos efforts dans la lutte pour que Marcelo et tou-te-s les prisonnier-e-s de la guerre sociale reviennent dans la rue le plus tôt possible.

«Dans la création de complicités, dans la conspiration et dans l’action nous ôtons des maillons de nos chaînes, nous expérimentons, quoiqu’ils soient fugaces, de petits instants de liberté. La décision de détruire tout ce qui est imposé se prend à la première personne, c’est-à-dire que c’est une décision individuelle librement assumée avec tous les risques qu’elle implique.»
-Francisco Solar Domínguez.

À un an de la révolte qui a secoué octobre, nous nous rebellons contre tout début et toute fin, nous rejetons l’idée d’une date commémorative qui se dissoudrait dans les eaux de l’Histoire et dont on ferait périodiquement usage comme d’un trophée que l’on dépoussière pour rappeler et vivre, toujours au passé, l’aspect supposément ponctuel de la subversion et la segmentation d’un antagonisme réel. Loin des options du pouvoir et de sa voie institutionnelle pour se relégitimer, la seule chose qui reste, qui n’a pas de prix et n’est pas quantifiable, c’est l’expérience de projeter et de se projeter dans des chemins de négation antagonique à un monde de mensonges, de domination, de misère et de lois.

L’appel est d’aiguiser et d’intensifier l’affrontement qui se traduirait par la qualité toujours plus grande de l’offensive, par la multiplication des groupes d’action et par la coordination de ceux-ci.

Des coordinations qui permettent de générer des dialogues élargissant les visions et fortifiant les positions, qui rendent possibles des échanges de toute sorte et visent à provoquer et à approfondir la déstabilisation de l’ordre établi par des coups contondants et constants contre le pouvoir.

«Que la complicité se multiplie en renforçant le combat urbain, cette guérilla qui surgit à chaque coin de rue contre l’État militaire et policier et toute sa faune politique citoyenne.»
-Juan Aliste Vega.

Nous saluons la digne résistance de Mauricio Hernández Norambuena qui a bataillé intègre pendant plus de 18 ans face à la vile vengeance du pouvoir le maintenant dans un régime punitif démentiel; nous envoyions une accolade à l’indomptable Résistance pour la libération Mapuche, à ses Weichafes incarcérés et à ses communautés de lutte; à tou-te-s les prisonnier-e-s anarchistes, anti- autoritaires et aux combattant-e-s pour la libération totale réparti-e-s dans les taules du monde entier.

Nous embrassons nos amours, nos compagnon-e-s et complicités inconditionnelles qui nous emplissent de newen pour continuer le combat quotidien contre l’enfermement.

Nous marchons aux côtés d’ Andrés Soto Pantoja, Norma Vergara Cáceres, Pablo, Eduardo et Rafael Vergara Toledo, Pablo Muñoz Moya, Alejandro Sosa Durán, Ariel Antonioletti, Claudia López , Sole et Baleno, Sergio Terenzi, Alex lemún, Julio Huentekura, Matías Catrileo, Jhony Cariqueo, Mauricio Morales, Zoé Aveilla, Lambros Foundas, Herminia Concha, Javier Recabarren, Sebastián Oversluij, Daniel Vielma et de tout-e-s les frères et sœurs, combattant-e-s et guerrier-e-s sur toute la planète qui nous accompagnent de quelque part dans l’univers et les étoiles dans cette lutte pour la vie, pour la préservation de cette terre, contre l’état, la prison et le capital.

Nous donnons l’accolade aux torturé-e-s, aux mutilé-e-s, aux personnes poursuivies, emprisonnées et tombées au cours de la Révolte d’octobre, nous pensons à vous!

À tou-te-s les compagnon-ne-s de différents territoires qui, avec différentes langues, parlent le même langage de guerre, nous leur donnons l’accolade dans l’internationalisme actif, dans la fraternelle sororité subversive, autonome et noire.

Jeunesse combattante: insurrection permanente !!
Avançant avec une dignité rebelle et le regard subversif, hors et à l’intérieur de la prison: vers la Libération totale !
Tant qu’existera la misère, il y aura de la Rébellion !
Que la révolte fasse péter les prisons !
Aiguiser le conflit, intensifier l’offensive !
Pour l’extension de la solidarité avec les prisonnier-e-s de la guerre sociale, de la Révolte et la libération Mapuche!
Mémoire, résistance et subversion!!

-Mónica Caballero Sepúlveda
Prison pour femmes de San Miguel

Pablo Bahamondes Ortiz
C.D.P. Santiago 1

-Francisco Solar Domínguez
Section de sécurité maximale-CAS

-Marcelo Villarroel Sepúlveda
-Juan Aliste Vega
-Joaquín García Chanks
Prison de haute sécurité.

Santiago, Chili.
Dimanche 18 octobre 2020.

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