Italie : Contribution de Marco pour l’assemblée anti-carcérale du 9 juin à Bologne

Round Robin / samedi 13 juillet 2019

Salut à tout le monde.
J’ai reçu le compte-rendu de l’assemblée du 5 mai sur les opérations répressives qui frappent les anarchistes et sur les prisonniers. Je pense que les rencontres entre compagnons sont une occasion utile pour échanger sur ce qui est en train de se passer.

Une analyse de la répression doit prendre en compte plusieurs facteurs. La répression, et la prison qui l’accompagne, n’est jamais complètement préventive, n’est jamais arbitraire, et ça jusqu’à quand l’anarchie restera quelque chose de vivant. Je ne veux pas faire de la rhétorique creuse. Je veux dire qu’on doit regarder la prison comme une prévention, mais aussi comme un « remède ». Se plaindre de son durcissement injustifié (puisqu’il n’y a pas de vraie urgence) c’est réducteur, voire faux. L’État a plus de mémoire que nombre de ceux qui ont choisi de le combattre. Son côté préventif existe. Il s’appuie sur cette mémoire et il raisonne avec prévoyance. C’est pour cela que la prévention est quelque chose de bien différent de l’arbitraire. L’État se tient à jour, pendant que de notre côté on se pose des questions sur toute cette agitation qui est la sienne.
Si de notre côté aussi on fait un effort de mémoire, on a la chance de voir que le mouvement anarchiste est le seul mouvement révolutionnaire qui donne des signes de vie. Voilà donc qu’il y a peu de préventif [dans l’action répressive de l’État ; NdAtt.]. Ce n’est pas un hasard si ce sont précisement les anarchistes qui finissent en taule. Ce n’est pas un hasard si les affaires judiciaires se suivent, si des années de prison et des contrôles judiciaires tombent.

Si on n’a plus le courage de dire que la prison est aussi le remède pour quelque chose qui s’est déjà passé, quelque chose de réel et non pas une simple prévention pour quelque chose qui viendrait, alors on manque de confiance dés le début. On la verra seulement comme quelque chose d’arbitraire, au lieu de la voir comme quelque chose qui observe, étudie et décide en conséquence. Cette approche qui est le mien, à l’encontre de l’endroit où je me trouve, c’est ce qui me permet de me réveiller jour après jour avec un sourire sur les lèvres, parce que je sais qu’il y a encore des très bonnes raisons qui peuvent mener quelqu’un en taule.

A cause de la même bonne humeur, je ne veut pas voir les récentes condamnations infligées par le tribunal de Turin comme une simple tentative de frapper les liens entre les inculpés.
Bien sûr, on a appuyé sur cela depuis le début, des enquêtes aux arrestations, au procès, tous caractérisés par une attention morbide pour le quotidien de chacun de nous.
Cependant, ce qui est frappé ce ne sont pas des amitiés, mais des compagnons d’idées.
Une lecture moins émotive de la sentence y voit la volonté de régler quelques comptes. Comme je disais, l’État n’oublie pas. La sienne est la logique de la vengeance. Le vrai avertissement est adressé à l’anarchisme d’action. En chercher d’autres nous porte à rester coincés et déboussolés dans le chemin tracé par les enquêteurs.
Je dis cela pour les enquêtes judiciaires en général. Elles s’intéressent à des réseaux de relations, d’intérêts, de débat et de solidarité. Les enquêteurs exploitent ces traces, mais avec la volonté affichée d’arriver à frapper quelque chose d’autre. Faire de ces traces le centre de notre discours de soutien vers ceux qui sont frappés par la répression nous éloigne des intention véritables de la justice. On court le risque d’arriver à parler de criminalisation. Faire la différence entre les formalités de la justice et la nécessité pour l’État de frapper les pratiques anarchistes, peut mener (après qu’on a laissé de côté la surprise) à une dérive vers le théâtre judiciaire.

Les différents Parquets se coordonnent de plus en plus. Il y a des schémas, des procédures et des définitions qu’ils réutilisent d’une affaire à l’autre, dans la tentative stupide de créer un bloc répressif compact qui se fait fort de sa ligne claire et scientifique. Cela ne saurait pas nous faire peur. Bien au contraire.
Nous avons pour nous l’avantage de l’asymétrie, de l’imprévisibilité, de l’informalité.
La tentative des différents parquets de ne pas empiéter les uns sur le travail des autres fait que la répression devient une passoire. Elle est toujours en porte-à-faux, parce qu’elle doit affronter une anarchie qui ne peut pas être cataloguée ni calculée.

Mais si on considère chaque enquête précise comme expression d’un état d’exception, comme une criminalisation des luttes, un état de guerre, on est implicitement en train d’avouer qu’on n’a jamais lancé aucun défi.
De cette manière, l’État aura toujours une longueur d’avance sur ses adversaires. Plus enragé de ceux qui le détestent. Et à ce point là, on lui offre vraiment le luxe de réprimer seulement de façon préventive. Au contraire, c’est toujours possible de lutter. Le défi peut être lancé même dans les contextes les plus difficiles pour nous. Un exemple en est la grève de la faim de ces jours contre la section AS2 de la prison de L’Aquila. Un défi qui est aussi un exemple de confiance dans la force de l’ensemble du mouvement anarchiste.

Comme je disais au début de cette lettre, je pense que les assemblées sont un moment de rencontre et de confrontation efficace. Mais il faut aussi sortir des assemblées. Ça m’inquiète toujours quand je les vois prendre des allures de stabilité.
La mienne est une critique aux intérêts des spécialistes. N’empêche, c’est vrai que, en des temps d’urgence, les assemblées sont un bon moyen pour se voire et tirer des bilans. Et là on est sans doute dans une période caractérisée par des changements soudains, dictés par l’enchevêtrement de différentes opérations répressives. Dans une telle situation, il est vital que les assemblées ne soient pas un instrument énergivore ; de toute façon, si les arrestations continuent de cette manière, il y aura beaucoup d’assemblées de ce coté-ci du mur. C’est important de rester optimistes, dans la vie !

Je ne sais pas qu’est que les prochaines semaines porteront avec elles. D’autres prisonniers anarchistes sont en train de rejoindre eux aussi la grève de la faim. Il y a le soutien des compagnons à l’extérieur. Ce que je sais, c’est que tout cela restera et que le mouvement anarchiste est encore vivant. La solidarité n’est pas qu’un visage respectable appuyé sur la souche dans l’attente de la hache du bourreau, métaphore d’une anarchie inoffensive transformée en victime sacrificielle. Elle est la conscience qu’on est forts !!! Qu’on peut faire des choix, même difficiles. Qu’on peut les assumer, toujours et malgré tout. Malgré les conséquences.
Pour l’anarchie.

Marco

 

Pour lui écrire :

Marco Bisesti
Casa Circondariale San Michele
Strada per Casale, 50/A
15121 – Alessandria (Italie)

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