Argentine : A deux ans de la disparition et de la mort du compagnon Santiago Maldonado

Contra Info / jeudi 1er août 2019

Exister/résister

Buenos Aires, 2 août 2019 – après la manif en souvenir de Santiago

Deux ans se sont écoulés depuis que la gendarmerie a débarqué, là bas au loin, sur un terrain où vit encore aujourd’hui une communauté Mapuche. Ils ont débarqué parce que ce terrain a un propriétaire, un propriétaire qui possède une immense quantité de terrains et qui est ennuyé par le fait qu’il y a des gens qui occupent l’un d’entre eux. C’est la raison pour laquelle l’État arrive avec ses balles, la raison des tortures et des persécutions, de la prison, de la mort.

Il semble frivole de sortir dans la rue à cette date, comme si une paire de chiffres sur un calendrier avaient plus de sens qu’une autre paire de chiffres, lorsqu’il s’agit de se rencontrer, mais à aucun moment pendant ces deux années nous n’avons oublié le Lechu [le surnom de Santiago Maldonado. NdAtt.]. Nous essayons, d’une certaine manière, de continuer « la lutte », le grand mot que nous utilisons parfois pour dire solidarité et action directe.

Parce que c’est ce qui se passait à Cushamen : la solidarité et l’action directe. Voilà pourquoi le Lechu était là, en partageant et en soutenant une lutte qui ne nous est pas étrangère : la lutte pour la vie et la dignité, contre l’État et la propriété privée.

Pendant ce temps, l’État a continué à jouer son rôle, avec plus de prisonnier.e.s, même si les prisons sont déjà en train d’exploser, avec plus de surveillance et de contrôle, avec plus de policiers dans les rues, prêts à tuer pour défendre la propriété des autres. En deux ans, l’État a accumulé plusieurs autres morts, assassinés dans les quartiers populaires, les prisons et les commissariats de police.

L’autre main de L’État, les partis politiques, ont continué eux aussi à faire leur travail, en pacifiant et en canalisant la colère dans leurs urnes.

Comme au début ils ont agi en policiers, en pointant des gens du doigt et en criant « infiltrés », ou en protégeant la cathédrale et la police de quelques possibles jets de pierres, aujourd’hui ils continuent à jouer le jeu des bons citoyens.

Les partis de gauche et les groupes progressistes appellent à participer à ce service civique volontaire qu’est le cirque électoral, parce qu’ils savent que lorsque l’on cesse de canaliser la colère, celle-ci explose et forge des liens de solidarité qui peuvent aller contre leurs intérêts. Ils exhortent les « jeunes » à s’inscrire sur les listes électorales et à voter pour eux, qui sont modernes et comprennent que la violence est quelque chose du passé, que la protestation doit être une fête. Une fête de la démocratie.

Il y a peu de temps de cela, quelqu’un qui sait ce que c’est que de perdre quelqu’un à cause de l’État a dit qu' »il y a des moments où il faut briser le monde pour le refaire », et aujourd’hui il semble que tout ce que nous avons à faire ce serait de baisser la tête et d’accepter. Ils nous ont tués le Lechu, comme ils ont tué Rafael, La China, Maxi et Dario, Mariano, Luciano et tant d’autres… et ils veulent nous faire croire que nous devons exiger justice contre ceux qui les ont tué.e.s.
Ce que nous devons faire, c’est sortir dans les rues et détruire le monde.
Nous ne demandons ni n’exigeons rien !

Quelques anarchistes

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