Anarchistes radicaux en Biélorussie, Ukraine et Russie, 2008-2017

Anarchy Today / janvier 2018

En Russie, les anarchistes radicaux ont déjà été vaincus à la fin des années 1990 (avec l’affaire NRA). Le dernier combattant clandestin, Ilya Romanov, a été arrêté en 2002 en Ukraine et condamné à 10 ans de prison [après être sorti de taule, le compagnon a été arrêté à nouveau le 23 octobre 2013 à Nizhnii Novgorod, en Russie, lorsque la bombe qu’il s’apprêtait à poser contre un bâtiment militaire lui a explosé à la main. Amputé, il est actuellement en train de purger une autre peine de prison; NdAtt.]. Mais est-ce que les anarchistes ont perdu leur esprit combatif ? Dix ans plus tard, une nouvelle génération de révolutionnaires est arrivée, qui voulait plus que des manifs et de l’antifascisme.

L’équipe d’Anarchy Today  a préparé une petite vidéo [ici; NdAtt.]à propos des différentes attaques menées par des anarchistes en Biélorussie, Ukraine et Russie (BUR), depuis 2008 jusqu’à 2017. Par « attaque » nous entendons la destruction ou l’endommagement de la propriété de l’ennemi – bâtiments, locaux, voitures, matériel de construction, objets, etc.

Il est vrai que les anarchistes insurrectionalistes dans la dénommée BUR ont toujours préféré les attaques incendiaires avec des cocktails Molotov. Comme ils disent, une guérilla n’a besoin que d’essence et d’une bouteille. Des engins explosifs artisanaux ont parfois été utilisés.

Il faut remarquer que durant cette période il y a eu dix fois plus d’attaques que ce qui est montré dans la vidéo. En réalité, il y a eu des centaines d’attaques, pour la plupart en Russie. Le fait est que de nombreuses attaques n’ont pas été filmées du tout. Certains anarchistes n’ont jamais revendiqué ou ont donné une fausse adresse du lieu, parfois même un autre pays. Par exemple, il n’y a pas de vidéo d’anarchistes faisant exploser des voitures de police ou jetant des engins incendiaires dans des concessionnaires de voitures de luxe ou posant des engins explosifs artisanaux devant des locaux de la police ou des bâtiments administratifs. On peut simplement lire à ce propos de courts compte-rendus sur certains sites anarchistes (Black BlogFrom Russia With Love, Center of Study of Anarchists…) et dans le livre Other generation. Il y a eu davantage de superbes et courageuses attaques que ce que l’on imagine.

Comme on le sait, le premier incendie visant des flics, à Moscou, par la nouvelle génération de militants anarchistes (ce n’est pas correct de les appeler insurrectionalistes) a eu lieu dans la nuit du 19 au 20 février 2009. Le lendemain, le groupe People’s Revenge a publié sur le Net une vidéo où l’on voit des personnes qui lancent des cocktails Molotov sur des voitures de police. People’s Revenge a déclaré que deux voitures ont été détruites et ont fait appel à « toute personne décente… de se lever et combattre l’arbitraire et le despotisme de la police, des services de renseignement et de la bureaucratie ». La période des incendies et des explosions a ainsi commencé…

La première attaque sérieuse des anarchistes de Minsk a été l’incendie de la porte d’entrée de la banque de Biélorussie, le 1er mai 2010. Avant cela, il y avait seulement eu des incendies de panneaux d’affichage et des manifs sauvages symboliques.

En Biélorussie, les anarchistes n’ont pas réussi à développer une stratégie d’attaques. Lors de l’automne 2010 déjà, les autorités publiques ont lancé une grosse offensive répressive. Deux structures se sont occupées des anarchistes : la Direction centrale de lutte contre le crime organisé et la corruption (GUBOPiK) et le Comité de sécurité de l’État (KGB). Les flics ne plaisantaient pas. De nombreux anarchistes radicaux ont été arrêtés. Certains d’entre eux se sont vendus, d’autres sont restés dignes, chose pour laquelle ils ont été envoyés en taule (à ce jour tout le monde est libre). La propagande d’État a même fait un film de cela : Anarchy. Direct Action (2011).

En Russie, la situation était bien meilleure. Cela est du notamment à l’immensité du pays et en particulier de la métropole de Moscou, où la plupart des attaques ont eu lieu. Il faut aussi noter que ce qui est une attaque terroriste pour le régime de Lukashenko [le dictateur Biélorusse ; NdAtt.], pour Poutine c’est simplement du vandalisme. Après tout, Moscou a à maintes reprises fait l’expérience de vraie, sanguinaires, attaques terroristes, menées par des militants islamistes ou nationalistes. Aucun incendie ou aucune attaque à la bombe mené par des anarchistes ne peut être comparé à ces derniers.

Par conséquent, les autorités publiques russes ne se sont pas vraiment occupés des anarchistes. Il y a eu de nombreuses arrestations, mais aucune de manière spécifique pour incendie et personne n’a été condamné à de la prison.

Puis, après 2012, l’activité subversive a décliné. Certes, les flics des Services de Sécurité de la fédération Russe (FSB [l’héritier du KGB soviétique, tout comme l’homonyme biélorusse ; NdAtt.]) ont joue un rôle important là-dedans. Ils ont réussi à faire en sorte que des personnes abandonnent toute tentative destructrice. Certaines personnes ont même dû fuir l’État policier russe.

Sur le site Karalupa (connu aussi comme Centre d’études anarchistes), on peut lire des compte-rendus de ce qu’on fait les réseaux clandestins anarchistes en 2010, 2011, 2012, 2013.

En général, le réseau clandestin anarchiste n’a pas été vaincu. Il vit et se développe.

Notre idée principale est que l’anarchisme ouvert et pacifique n’a pas d’avenir! Nous savons une chose : la lutte contre l’État et le capitalisme se doit d’inclure un large éventail d’actions – en partant de celles pacifiques à celles militantes, de celles créatrices à celles destructrices.

La période 2009-2012 a été le sommet de la résistance anarchiste dans l’histoire du BUR post-soviétique. Presque chaque jour, notamment dans la région de Moscou, il y avait quelque chose qui se passait, de jour ou de nuit. Les médias ont commencé à s’intéresser au milieu clandestin anarchiste et ont cherché des entretiens. En 2011, le quotidien Gazeta a publié le premier entretien avec ces rebelles.

Les sites anarchistes qui couvraient de telles activités, soit ont été fermés, soit ne sont plus mis à jour. Black Blog, la voix de la guérilla anarchiste, est silencieux depuis 2015. Les actions tendent à être oubliées, les compte-rendus perdus, les vidéos sont supprimées. Rien n’est éternel. Mais nous voudrions rappeler et rafraîchir encore la mémoire de ces années. Nous portons haut ces traditions et toutes les actions militantes menées par nos compagnons au cours de ces dernières années. Avec cette vidéo nous voulons présenter aux nouveaux venus cette histoire et faire plaisir aux vieux combattants qui ne se sont pas encore retirés.

Bonne chance. Ne vous faites pas choper par les flics.
La résistance militante anarchiste continue !

Janvier 2018
анархия сегодня / Anarchy Today

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