Paris, 15 février : Manifs sauvages pour Théo et contre les flics (MAJ 17 février : Lille et Rouen)

Récit de la soirée du 15 février : rassemblement et manif sauvage pour Théo

Paris-Luttes / jeudi 16 février 2017

Mercredi 15 février, le rassemblement prévu à 18h à Barbès a été complètement cadenassé par la police. À 20h, pour ne pas en rester là, un rassemblement spontané s’est constitué à Ménilmontant, et celui-ci s’est transformé en manifestation sauvage. Un anarchiste du 93 raconte ce qu’il y a vécu.

Un nouveau rassemblement, pour Théo et toutes les victimes de la police, en solidarité avec Aulnay et tou-te-s les inculpé-e-s, avait lieu ce mercredi 15 février à 18h, à Barbès, dans le XVIIIe arrondissement, sans surprise sous haute surveillance policière.
Quelques centaines de personnes étaient présentes, mais toutes les tentatives de départ en manif sauvage ont échoué. Toutes les rues partant du croisement du métro Barbès-Rochechouart ont été bloquées par différentes sortes de flics anti-émeute, appuyés ici et là par des bacqueux aussi méprisables qu’haïssables.

Après une première tentative sur le boulevard Barbès (vite bloqué par des CRS protégés par des grilles), le rassemblement s’est dirigé à plusieurs reprises sur le boulevard de la Chapelle et sur le boulevard de Magenta, en vain. Des affrontements ont eu lieu avec la police, et si les flics ont mangé quelques projectiles, ils ont surtout réussi à chaque fois à nous repousser en chargeant comme des brutes et en usant pas mal de gazeuses et grenades lacrymogènes. Comme souvent, les lacrymos ont incommodé les manifestant-e-s, les passant-e-s et les habitant-e-s du quartier, sans disctinction.
Pendant tout ce temps, il y a eu quelques rares actions antipub et tags, et beaucoup de slogans criés : « Flics, violeurs, assassins« , « Tout le monde déteste la police« , « La police est raciste« , « Siamo tutti antifascisti« , « Justice pour Théo » ou encore « Pas de justice, pas de paix« . Un feu a aussi été allumé sur le boulevard de la Chapelle, plus tard éteint par les flics eux-mêmes.
Ne réussissant pas à sortir de l’énorme nasse policière, la plupart des manifestant-e-s ont peu à peu essayé d’en sortir. Les flics ont laissé passer les gens au compte-goutte, bien souvent moyennant une palpation et une fouille des sacs. Des bacqueux ont parfois tenté des incursions pour choper des gens, mais à ma connaissance ils ont toujours foiré, grâce à la solidarité des manifestant-e-s et de certain-e-s habitant-e-s du quartier.

Le mot avait tourné qu’un autre RDV était donné à Ménilmontant, aux alentours de 20h, pour envisager quelque chose de plus enthousiasmant.
Là-bas, vers 20h, il devait y avoir environ 200 personnes, dont un peu plus de la moitié ont décidé de partir en manif sauvage, en prenant un chemin semblable à une des manifs sauvages du mardi 7 février. Direction les beaux quartiers, donc. On prend la rue Oberkampf, et l’ambiance monte progressivement. Des poubelles sont renversées, du mobilier urbain de toute sorte est placé en travers de la route pour empêcher les flics de nous suivre facilement.
À peu près les mêmes slogans qu’à Barbès sont criés (avec quelques autres du genre « Un flic, une balle, justice sociale » démontrant une certaine rage). Des tags apparaissent sur les murs (« Révolte pour Théo« , « Mort au capitalisme« , « Nik la police« ). Sur un bus, une pub pour devenir gardien de prison est détournée à la peinture comme il se doit (à vos marqueurs et vos bombes de peinture, ça continue de recruter pour un des pires jobs qui existent sur cette planète…). Des caméras de vidéosurveillance sont repeintes, des journalistes et leurs caméras et appareils photo éloigné-e-s tant que possible.
Plus on avance, plus la détermination collective se fait sentir. Du matos de chantier traîne sur le chemin, de nombreuses vitrines prennent des coups : des banques, des agences immobilières, des magasins de luxe, tout ça sur la rue Oberkampf puis rue des Commines [et c’est avec plaisir qu’on aura pu voir, en passant après la manif’, les vitres éclatées du magasin pour hipster Commune de Paris ; NdAtt.] dans le IIIe et sur la rue de Turenne qui prend pas mal de coups… Une autoréduction du magasin de vêtements Melchior y a lieu sous les hourras des manifestant-e-s ! Les chemises volent au milieu de la manif sauvage.
Un peu avant 21h, les sirènes de police se font entendre et les premiers véhicules de flics apparaissent. C’est un peu la panique côté manifestant-e-s, ça se disperse dans tous les sens, et les flics arrivent en nombre d’un peu partout, en scooter, voiture ou fourgon. C’est vraiment chaud, a priori plusieurs interpellations sont à déplorer à ce moment-là. Les flics nous ont chassé-e-s jusque les quais de Seine et sur l’île Saint-Louis !

C’est à réfléchir pour les prochaines fois. La semaine dernière ça avait déjà été compliqué d’esquiver les flics dans ce quartier de bourges aux rues à moitié désertes. Cette fois, ça a été encore plus stressant. Ces quartiers, on ne les connaît pas, on n’y ressemble pas (certain-e-s encore moins que d’autres, d’ailleurs).
C’est génial de les attaquer, ils ne méritent que notre haine de classe et l’expression de notre colère. Mais penser à la fuite reste nécessaire. Se fondre dans la masse des gens est quand même plus rassurant que de devoir jouer à cache-cache avec la police dans des quartiers bourgeois…
Cela dit, c’est vraiment super de vivre ces moments ensemble.
Multiplions les moments de lutte et de rencontre, à Paris et partout en banlieue !

Pour Théo et tou-te-s les autres, contre les flics et la société raciste-capitaliste qu’ils protègent : rage et solidarité.

Un anarchiste du 93

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Barbès sous tension pour le rassemblement de soutien à Théo

Le Parisien / mercredi 15 février 2017

Poubelles enflammées, jets de projectiles sur les forces de l’ordre, tir de grenades lacrymogène en riposte et « raid » de casseurs dans la capitale en début de nuit… Le rassemblement organisé ce mercredi soir à Barbès pour dénoncer les violences policières après l’interpellation brutale de Théo à Aulnay-sous-Bois a tourné à la manifestation anti-police. Il s’est soldé par de nombreux heurts entre manifestants et forces de l’ordre.
L’appel à se rassembler avait été largement diffusé sur les réseaux sociaux dès le début de la matinée par divers collectifs plus ou moins identifiés. La manifestation, non déclarée à la préfecture de police de Paris, donnait des sueurs froides aux autorités. Elle s’est déroulée dans un climat d’extrême tension.

Dès 18 heures, l’heure prévue pour le début du rassemblement, entre 400 et 500 personnes s’agglutinent autour du métro Barbès, au cœur de ce secteur très populaire du nord de la capitale. Les manifestants, pour la plupart relativement jeunes, sont nombreux à affiche leur appartenance à des mouvements anarchistes ou antifascistes. Face à eux, de très importantes forces de l’ordre (CRS et gendarmes mobiles en première ligne) sont positionnées sur les boulevards alentours.

La foule qui ne cesse de grossir envahit rapidement le carrefour et la circulation automobile est coupée dans tout le secteur. Au milieu de la manifestation sans organisateur officiel, sans mot d’ordre et sans parcours défini, le flottement est palpable. La station de métro Barbès est rapidement fermée et les commerces les plus proches du carrefour baissent un à un leur rideau de fer.

Rapidement les premiers slogans anti-police fusent. « Pour Adama et pour les autres… Pour Théo et pour les autres… Pas de justice, pas de paix », scandent les uns. « Tout le monde déteste la police », reprennent d’autres. Une jeune fille agite une pancarte rendant hommage à Zyed et Bouna, les deux adolescents morts en 2005 à Villiers-le-Bel en tentant d’échapper à une interpellation. « La police est raciste », lance un groupe de manifestants qui essaye de remonter le boulevard de Rochechouart en direction de Stalingrad.

Peine perdue. Les CRS et les gendarmes, boucliers en main et visières des casques rabaissées, ont bloqué hermétiquement tous les accès au carrefour Barbès et empêchent toute entrée ou sortie. Certains manifestants remontent leur foulard sur leur visage. Des fumigènes sont allumés, quelques poubelles incendiées… et des jets de cannettes et de peinture volent en direction des forces de l’ordre qui répliquent à coup de gaz lacrymogènes.

Ce face-à-face sous tension s’est prolongé pendant plus de deux heures avant que les manifestants, certains les yeux rougis par les lacrymo, ne soient autorisés à ressortir du périmètre. Vers 20 h 30, il ne restait plus qu’une poignée de personnes sous le métro aérien et le calme semblait revenir à Barbès. Un calme précaire toutefois… En début de soirée, un groupe très mobile d’une cinquantaine de casseurs était signalé dans les environs de la place de la République. « Ils pètent tout sur leur passage et ils jouent au chat et à la souris avec les collègues », expliquait un policier . A 22 heures, toutes les Brigades anticriminalité qui quadrillaient les environs du XIe arrondissement avaient procédé à cinq interpellations.

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Manifestations à Lille et Rouen

Le Figaro / jeudi 16 février 2017

Ce mercredi soir, quelque 500 personnes ont défilé dans les rues de Lille. Partant de la place de la République peu après 18h, les manifestants ont défilé pendant près de deux heures, scandant des slogans tels que «Discrimination partout, justice nulle part» et «Humiliations, contrôles au faciès, y en a marre». La manifestation se déroulait sans incident lorsqu’un groupe d’une centaine de personnes est retourné dans des ruelles pour y mener un défilé non autorisé. Des poubelles ont été renversées et quelques bouteilles de verre lancées. Plusieurs dizaines de CRS et compagnies départementales d’intervention les ont suivis et ont interpellé une jeune fille à la faveur d’une charge. Les autres manifestants se sont dispersés. Aucun gaz lacrymogène n’a été tiré.

150 personnes s’étaient également réunies ce mercredi soir à Rouen. Ce rassemblement a donné lieu à des débordements, se traduisant par deux blessés légers et 21 interpellations. Les troubles se sont produits dans le quartier Saint-Sever, sur la rive sud de la Seine, peu après un rassemblement organisé près de la station de métro-tram du quartier, vers 17H30. «Assez rapidement, un groupe d’environ 70 irréductibles ont commencé à commettre des dégradations», a indiqué à l’AFP le secrétaire général de la préfecture Yvan Cordier. «Les consignes données étaient de protéger les personnes et les biens», a-t-il précisé, indiquant que les forces de l’ordre ont fait usage de grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants.

Deux heures après les heurts, on recensait quatre vitrines brisées, une succursale de courtage d’assurance dévastée, et de nombreuses grandes poubelles renversées et incendiées. En début de soirée, la police surveillait toujours les petits groupes qui s’étaient éloignés de la rue commerçante où ont eu lieu la plupart des dégradations.

D’autres manifestations se sont déroulées sans incident, comme à Rennes (120 personnes) ou Toulouse (quelques dizaines), selon des journalistes de l’AFP.

Ces nouvelles manifestations s’ajoutent à celles de ces derniers jours qui ont eu lieu en région parisienne mais aussi en province depuis la violente interpellation début février à Aulnay-sous-Bois de Théo, un jeune homme noir de 22 ans, qui a débouché sur la mise en examen de quatre policiers dont un pour viol.

En dépit des appels au calme de Théo et du gouvernement, de nombreux incidents en banlieue ont eu lieu: quelque 245 interpellations ont été recensées depuis le déclenchement des violences urbaines le 4 février, débouchant sur 236 gardes à vue, dont 168 sur Paris et les trois départements de la Petite couronne (Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine et Val-de-Marne).

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