Paris : Manif de solidarité avec les migrants et contre l’état d’urgence + convocations, GAV etc.

Indymedia Nantes / lundi 23 novembre 2015

Dimanche 22 novembre 2015, une manifestation de solidarité avec les migrant-e-s était appelée pour 15h, place de la Bastille à Paris.

En cette période d’état d’urgence, ayant mené la préfecture de police à interdire toute manifestation en Ile-de-France, on n’était vraiment pas sûr-e-s qu’il y aurait du monde à la manif. Sur la place de la Bastille, une foule compacte est pourtant rassemblée aux alentours de 15h20, il y a plusieurs centaines de personnes. Des slogans sont entonnés ici et là, notamment « De l’air, de l’air, ouvrez les frontières ! » du côté du NPA. Le bruit court que des « responsables » du NPA ont négocié avec la police l’autorisation de rester sur la place en mode rassemblement. Mais il y a un enjeu réel à ne pas se laisser mener à la baguette par l’état d’urgence et ses multiples mesures sécuritaires (comme il y a dix ans, où des manifs avaient eu lieu un peu partout en France contre l’état d’urgence).

Vers 15h45, quelques personnes (anarchistes et autres) impulsent un mouvement pour partir en manifestation sauvage. Une banderole ouvre la route, on a quelques doutes sur le fait qu’on sera suffisamment nombreux-euses à bouger, c’est pas comme si l’État n’était pas en mode bourrin ces derniers temps… Pourtant, pas mal de monde semble motivé pour partir en manif. Quelques flics anti-émeute essayent de nous bloquer à l’entrée du boulevard Richard-Lenoir tandis qu’une partie des gens restent statiques sur la place de la Bastille. On contourne les flics et on avance, ça commence à s’activer et à courir un peu, hop on tourne direction boulevard Beaumarchais, aux cris de « So-so-solidarité avec les réfugié-e-s » ou « avec les sans-papiers » (l’utilisation de tel ou tel terme n’étant pas anodine, avec l’idée de se solidariser avec toutes les personnes sans papiers, y compris celles qui ne bénéficient pas du statut de réfugié-e).
Sur le boulevard Beaumarchais, on s’aperçoit rapidement que la plupart des gens qui étaient sur la place de la Bastille ont décidé de partir en manif sauvage, ce qui nous réchauffe le coeur. On se sent fort-e-s, on sent aussi que braver l’état d’urgence semble une nécessité pour beaucoup de monde. L’unité nationale et la répression qui va avec, très peu pour nous ! Les flics continuent d’essayer de nous bloquer, on s’attend à ce qu’une nasse policière se mette en place, donc on ne traîne pas. À deux ou trois reprises, quelques dizaines de flics anti-émeute essayent en vain de nous stopper, ils sont comme submergés par la foule qui avance. Des coups sont échangés, les flics gazent dans le tas mais reculent à chaque fois. On fait circuler le sérum physiologique pour les copains-copines qui ont les yeux qui piquent, et on avance, les slogans se multiplient (« État d’urgence = État policier » et « Flics, porcs, assassins » notamment). À ce moment-là, on a l’impression que tout le monde de la place de la Bastille a rejoint la manif, on est peut-être un millier en tout, et même si les flics arrivent peu à peu en très grand nombre (plusieurs camions et des dizaines de flics anti-émeute qui arrivent par derrière et sur les côtés), la manif sauvage continue dans la rage et la joie sur les boulevards des Filles du Calvaire et du Temple jusqu’à la place de la République, où sont rassemblées des centaines de personnes (et des dizaines de journalistes) en commémoration des victimes des attentats du 13 novembre.
En arrivant sur la place de la République, on crie « Liberté ! » à la façon des migrant-e-s enfermé-e-s dans les centres de rétention, comme pour montrer que la fermeture des frontières est tout sauf une solution.
On continue de bloquer la circulation du côté du boulevard du Temple et de la rue du Temple, tout en se mêlant à la foule présente sur la place de la République. Bonne ambiance, cette manif sauvage aura été rapide et efficace puisqu’aucune arrestation n’est à déplorée.
Il y a déjà et il y aura d’autres manifestations interdites. Ne baissons pas les bras. La période est difficile, compliquée, pénible, et justement à cause de cela, continuer de lutter est nécessaire.

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58 personnes dénoncées dans le cadre de la manifestation interdite

L’Obs / lundi 23 novembre 2015

La préfecture de police de Paris a transmis au procureur de la République les identités de 58 personnes ayant bravé dimanche l’interdiction de manifester à Paris, en défilant en soutien aux migrants et contre l’état d’urgence, annonce un communiqué ce lundi matin.
Dans le cadre de l’état d’urgence décrété depuis le 13 novembre à la suite des attentats à Paris et Saint-Denis, le préfet de police de Paris a pris un arrêté d’interdiction de manifester sur la voie publique qui a été prorogé jusqu’au 30 novembre à minuit. Mais dimanche, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées sur la place de la Bastille et ont défilé jusqu’à la place de la République, mobilisant « un important dispositif de sécurisation » de la part des forces de l’ordre, ce qui les a « détournées de leur mission prioritaire de sécurisation générale », explique la préfecture de police. La police a procédé à « 58 identifications de personnes n’ayant pas respecté l’interdiction de manifester », qui ont été transmises au Procureur de la République de Paris « pour application des suites judiciaires prévues par la loi ». Les contrevenants « s’exposent à une peine pouvant aller jusqu’à six mois d’emprisonnement et à une amende de 7.500 euros », rappelle la préfecture de police.

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Infos et témoignages suite à la manif du 22 novembre contre les frontières

Paris Luttes Info / vendredi 27 novembre 2015

Témoignages de personnes convoquées par les flics suite à leur participation présumée à la manifestation du 22 novembre contre les frontières. Après la manifestation de dimanche au moins 58 personnes ont été convoquées au commissariat après une manifestation en soutien aux migrants pendant l’état d’urgence.

Récit d’un copain convoqué jeudi 26 novembre au commissariat du bd Bourdon à Paris :

« Après la fouille, j’ai été auditionné par un OPJ de la Sureté Territoriale de Paris. Après les questions habituelles : nom, adresse, date de naissance, auxquelles j’ai répondu. Le policier m’a rappelé l’infraction mentionnée dans la convocation : être « soupçonné d’avoir commis ou tenté de commettre l’infraction de violation d’une interdiction de manifester prise en vertu de l’état d’urgence », mon droit de garder le silence etc., puis m’a posé quatre questions :

- 1. Si j’ai participé à la manif de dimanche.
- 2. Est-ce que j’ai été au courant de l’interdiction, de la manif ?
- 3. Est-ce que j’ai eu connaissance qu’en y participant je commets une infraction ?
- 4. Est-ce que j’ai commis des violences ou est-ce que j’étais témoin des violences commises ?

Aux quatre questions j’ai répondu par un « Je n’ai rien à déclarer » et j’ai refusé de signer le procès-verbal. Le policier m’a déclaré que le PV va être transmis au Parquet qui statuera, ensuite m’a raccompagné à la sortie. »

Autre récit :

Aussi auditionné ce matin au même endroit, les mêmes formalités et questions, les mêmes ’ »rien a déclarer’ » et refus de signer de ma part, plus :
- des questions sur les « causes » que je défends, les réseaux sociaux auxquels je participe, si j’ai plusieurs lignes de téléphone et résidences…
- un laïus sur les groupes violents qui auraient infiltré la manif (sic) et une invitation « citoyenne » à les dénoncer car un gendarme est blessé et le principal de l’enquête est de faire passer ces gens en procès ;
- et enfin une dernière question avec le sourire : « Aimez-vous votre police républicaine ? »

Encore un autre :

La personne qui était convoquée hier matin à Riquet, le 25 novembre donc, s’y est présentée et a été presque immédiatement placée en garde à vue. Il était accusé, comme la plupart des autres convoqués, d’avoir participé à une manifestation interdite dans le cadre de l’état d’urgence et en plus de faire parti des meneurs de cette manif. Il lui a été signifié par ailleurs qu’il y avait des enquêtes en cours sur l’accusation de « violence contre des personnes dépositaires de l’autorité publique ». Comme la plupart des autres convoqués, il n’a répondu à aucune question. Il est sorti en début de soirée avec un « rappel à la loi ».

Amis cameramans ou auxiliaires de police…

La police avait apparemment peu filmé. Toute l’accusation de « meneur » notamment reposait donc sur des vidéos publiées sur Youtube et notamment une vidéo d’une vingtaine de minutes de « Line Press » intitulée « La manifestation interdite pour les migrants dégénère » ! Aucun visage n’avait été flouté. Et ce n’était pas la seule vidéo comme cela. Avant les flics se donnaient la peine d’arrêter les preneurs d’images sur les manifs, de confisquer leur matériel et d’exploiter leurs images. Maintenant ils se contentent de regarder Youtube… Bref, photographes et preneurs d’images en tout genre, faudra pas s’étonner si vous êtes mal reçus la prochaine fois surtout si vos objectifs sont dirigés sur nous…

Par ailleurs une autre garde à vue s’est transformée en déferrement hier soir pour un jeune accusé de la même chose et en plus de rebellion. D’autres sont encore convoqués aujourd’hui dont une personne au moins au commissariat de Riquet alors qu’elle a déjà été auditionnée à celui de Bourdon…

Récit de personnes solidaires avec les convoqués :

Témoignage reçu :

« Récit des près de 4 heures passées au commissariat, soupçonnés, en vertu de la loi sur l’état d’urgence, d’avoir participé à une manif interdite alors que venus accompagner un ami convoqué.

Mercredi 25 novembre à 10h, j’ai accompagné un ami qui été convoqué au commissariat du boulevard Bourdon à Paris pour être auditionné car soupçonné d’avoir participé à la manifestation en solidarité avec les migrants de dimanche dernier. Nous étions 6 dont des membres de la famille de cette personne à l’attendre sur le trottoir devant le commissariat.

Vingt minutes après qu’il soit entré des policiers sont sortis du commissariat et nous ont demandé ce que nous faisions là, nous avons répondu que nous attendions un ami convoqué. Ils nous ont alors demandé de traverser le boulevard. Sur le trottoir d’en face, ils ont été rejoints par de très nombreux (plus de 20) policiers et gendarmes. Ils ont contrôlé nos identités trois fois de suite (à chaque nouvelle arrivée d’un nouveau corps de policiers). Une fois ce contrôle effectué, nous leur avons dit que nous voulions partir ce dont ils nous ont empêchés en nous encerclant.

Notre ami est sorti de sa convocation, nous avons demandé de pouvoir repartir avec lui : refusé. Une sorte de chef en civil nous a alors signifié que nous étions soupçonnés d’avoir enfreint l’article 13 de la loi de 1955 sur l’état d’urgence en participant à un rassemblement interdit. Nous avons été embarqués dans un fourgon et acheminés jusqu’au commissariat de la rue de la Montagne Sainte Geneviève dans le 5e. Notre fourgon était encadré par deux camions. L’ami resté sur place nous a dit qu’à notre départ des jeeps de l’armée et autres camions sont arrivés boulevard Bourdon et ont bloqué le périmètre devant le commissariat. De notre côté, arrivés au commissariat du 5e, nous avons été fouillés au corps puis enfermés dans la cage vitrée du commissariat pendant 2 heures. Enfin nous avons tous été entendus sur l’infraction à l’article 13 de la loi de 1955, soupçonnés d’avoir participé à un rassemblement interdit.

Nous avons répondu à la question portant sur les raisons qui nous avaient emmenés au commissariat (description de la matinée), ensuite d’autres questions (sur notre participation éventuelle à la manif de dimanche, sur les causes pour lesquelles nous militions et notamment si nous soutenions les migrants, sur les causes pour lesquelles notre ami militait) nous ont été posées auxquelles dans l’ensemble nous n’avons pas répondu arguant du fait qu’elles n’avaient rien à voir avec notre présence au commissariat. Nous étions tous sortis vers 15h. »

Affaire à suivre donc. […]

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 Convocations et assignations à résidence

Indymedia Nantes / jeudi 26 novembre 2015

A Paris, un compagnon convoqué à la « sous direction chargée de la lutte contre l’immigration irreguliere ».
Le compagnon a ses papiers, il est né en France. Il ne se presentera pas, question de principe.
Merci à tous et toutes celles et ceux qui veulent bien egalement faire part de le leurs convocations, vous y etes allés ou non, convoqué où et quand ? Par qui ?
Si vous y etes allés : quel sont les resultats ?

Commentaire n°1, vendredi 27 novembre :
convoqué aujourd’hui à Riquet, pas allé.

Commentaire n°2, vendredi 27 novembre :
info a prendre avec des « pincettes » mais d’autres sont convoqués au même endroit que toi francais ou pas. il s’agirait d’une deuxieme convocation pour probablement t’assigner a résidence.

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