AZF/Tarnac : Un ex de la DCRI pète un câble sur internet

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lemonde  / mercredi 12 mars 2014

Un policier a été mis en examen, le 20 janvier, pour « diffamation » envers l’un des mis en examen de l’affaire de Tarnac, après des propos tenus en 2013 sur un blog hébergé par le site Mediapart. Pas n’importe quel policier : si ce brigadier-chef de 43 ans a refusé de révéler le service qui l’emploie à la juge d’instruction, se retranchant derrière le secret-défense, c’est qu’il a appartenu à la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), qu’il a quittée à l’été 2013.

Le cas est embarrassant pour le service de renseignement : les faits visés par la procédure constituent la partie émergée de l’iceberg. Durant des années, sous divers pseudonymes, mais sans grandes précautions – son vrai nom apparaît dans les données de photos –, le policier a tenu plusieurs blogs sur l’affaire de Tarnac et les mis en examen, les parsemant de références au situationnisme, à Guy Debord, ou à l’anarchisme. Quand l’un était fermé, un autre s’ouvrait.

CONNAISSANCE DÉTAILLÉE DU DOSSIER

A ses heures perdues, il est également intervenu, une trentaine de fois entre 2008 et 2013, sur les pages de l’encyclopédie en ligne Wikipédia consacrées à Julien Coupat, considéré par les policiers comme le leader du groupe, ou à la revue philosophique Tiqqun, fondée entre autres M. Coupat.

Sa connaissance détaillée du dossier ressort de toutes ses publications. Ici, une photo d’une mise en examen dont la provenance est inconnue, là la couverture de l’album d’un groupe dans lequel un membre a joué il y a plus de douze ans, ou encore des photos de proches qui ne sont pas impliqués dans l’affaire. Leurs lieux de rencontres apparaissent aussi, ainsi qu’une photo aérienne du domicile parisien de M. Coupat.

Lors de son audition, le policier a assuré que ses fonctions n’avaient rien à voir avec les propos qui lui sont reprochés. Ses fonctions actuelles, peut-être. Ses fonctions passées, elles, sont en lien direct avec l’affaire. Selon nos informations, l’homme a participé au sein des renseignements généraux (RG) aux investigations sur M. Coupat et ses proches, contribuant aux notes rédigées par la section Contestations et violences sur la mouvance « anarcho-autonome » entre 2007 et 2008. Avant d’être écarté, après la création de la DCRI, en juillet 2008.

AUDACIEUX RAPPROCHEMENTS

Ce parcours explique l’obsession du policier pour Tarnac, et pour l’un des angles morts de l’affaire : le rapprochement avec l’affaire AZF. Entre 2003 et 2004, un mystérieux « groupe AZF » avait engagé un chantage à l’attentat sur le réseau ferré, avant de disparaître sans laisser de trace. Logo du groupe, vidéo des auteurs d’un livre sur le sujet, les blogs regorgent d’allusions à cette hypothèse, défendue par les RG dès 2007.

Une note de 11 pages rédigée début 2008 sur la « mouvance anarcho-autonome », auquel Le Monde a eu accès, décortique dans une première partie « une mouvance d’essence autonome et situationniste » puis se penche sur « l’hypothèse AZF », opérant d’audacieux rapprochements sémantiques et chronologiques. La piste est abandonnée, faute d’éléments concrets, et seule la première partie du texte sera transmise aux autorités. « L’hypothèse AZF » revient après la création de la DCRI, avant d’être définitivement enterrée.

Définitivement ? Pas tout à fait. Le 30 novembre 2008, quinze jours après les mises en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » à la suite des sabotages de caténaires de lignes TGV, une modification est effectuée par le policier sur la page Wikipédia « Julien Coupat ». Le rajout d’un lien vers un article consacré au groupe AZF. La première étape d’une longue dérive.

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