Italie – Opération Scripta Manent : Sur les témoignages lors des procès

Round Robin / mardi 19 juin 2018

Le témoin, la personne dite « informée sur les faits », est toujours quand-même un produit de l’accusation. On construit autour de l’individu une identité, un rôle, une appartenance, un profil, selon l’utilisation qu’on veut en faire.

Toute convocation à paraître en tant que témoin a en réalité un but précis et elle est indissociable de la finalité qu’elle veut atteindre. Comme l’ont montré les nombreuses enquêtes des années 70 (et pas que), l’utilisation d’instruments lors de procès comme celui-ci a marché pour diviser, attaquer et faire imploser de nombreux groupes subversifs. Le témoignage est un des leviers utilisés par le Parquet, pour construire son enquête, sa condamnation.

Il y a plus ou moins deux mois, j’ai été convoqué à Turin, dans la salle-bunker en tant que témoin lors du procès Scripta Manent. L’interrogatoire devait porter sur les raisons et les contenus de ma correspondance avec les personnes détenues.

En ce qui me concerne, le but caché de ma convocation a été dès le départ assez clair et évident : m’utiliser pour poser des oppositions entre les gens, entre les compagnon.nes, entre individus ; pour faire sortir de ma bouche des mots durs contre les détenu.e.s, des prises de distance, des différenciations ; ce qui était recherché était une demande sous-entendue de dissociation.

Isoler un groupe de personnes, essayer de séparer les personnes inculpées du reste du mouvement, rendre de cette façon les actions dont elles sont accusées, leurs mots et leurs revendications excécrables et d’autant plus punissables.

Les réponses données [à la répression étatique ; NdAtt.], dans leurs différentes formes, ont au contraire voulu souligner la pleine et entière solidarité envers les compagnon.ne.s anarchistes détenu.e.s et sous enquête.

La construction d’une enquête est toujours un artifice, un montage, une monstruosité enfantée par des esprits habitués à la pourriture et, en tant que telle, elle doit toujours être refusée et ridiculisée ; ce que dit un Procureur est toujours une mensonge.

Nous ne sommes pas des victimes, bien entendu. Les anarchistes ne sont jamais des victimes, jamais des innocent.e.s.

Quoi faire, du coup ?

Refuser les mots de l’accusation, refuser ses constructions.
Refuser les catégories, les cases, les typologies créées par le Procureur Sparagna.
Refuser toutes ces conneries.

Comprendre, cependant, que chaque individu est différent des autres, que chacun est animé par des tensions, des désirs, des pratiques même assez différentes, chacun choisit, élabore, essaye et essaye à nouveau.

De plus, dans le sillon des eaux impétueuses où nous nous trouvons, les critiques, confrontations et oppositions sont nécessaires et en fin de compte, elles rendent vivant le mouvement anarchiste.

Ceci dit, à la fin, refuser la convocation en tant que témoin.
S’opposer à cette dynamique, à son instrumentalisation de la part du Proc’, cela pourrait être un signe, petit et banal, peut-être, mais utile, à envoyer à l’ennemi.

Pour des raisons que je n’expliquerai pas ici, j’ai décidé de me présenter devant les juges en février dernier ; si je devais être à nouveau convoqué, je refuserai la cordiale invitation obligatoire, acceptant les stupides conséquences de ce choix.

Antonio

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