Grigny (Essonne) : Désenclavement, qu’ils disent

Le Parisien / lundi 22 février 2016

grigny 22 2 16L’agent de sécurité du site a été agressé, aspergé de gaz lacrymogène, mais pas blessé. Les engins du chantier sont, eux, partis en fumée. Vers 23 heures ce dimanche, une trentaine de malfaiteurs cagoulés et vêtus de sombre a fait irruption sur la base de vie d’un chantier en escaladant la clôture, rue des ateliers à Grigny, à l’une des entrées de la cité de la Grande-Borne. Les délinquants ont brisé les fenêtres de neuf engins de chantier et en ont incendié six avec des cocktails Molotov. Le préjudice matériel est estimé à 1,5 M€.

« Un ouvrier du chantier avait les larmes aux yeux en découvrant les machines brûlées », rapporte un témoin. La sûreté départementale est chargée de cette enquête apparemment liée à des représailles envers les travaux de création d’une nouvelle voie traversant la cité enclavée, la rue de la plaine, qui ont commencé il y a une semaine. Ceux-ci, qui n’ont pas été suspendus, doivent se poursuivre durant plus d’un an. « L’enquête étant en cours, nous ne ferons pas de commentaire hormis la plus vive condamnation de cet acte de délinquance qui affecte les habitants et nos collaborateurs », a fait savoir la société Eurovia, dont dépend la société SRTF touchée par le sinistre.

« C’est d’abord un sentiment de colère, mais également de détermination de la municipalité à réussir Grigny, ce qui passe aussi par ces travaux et l’exigence que l’Etat mette fin à ces attaques en trouvant les coupables », a réagi Philippe Rio, le maire (PCF). « Cette attaque n’est pas du tout surprenante. Des agents municipaux et l’entreprise de gardiennage nous ont fait remonter des risques qui se précisaient », détaille son cabinet qui avait « fait remonter cette alerte à la préfecture » et « subodore que des gamins ont été payés » pour cet acte contre « la nouvelle voie qui gêne le business ». La ville demande en urgence une réunion des acteurs de la « zone de sécurité prioritaire ».

Même colère à Viry-Châtillon, sur laquelle s’étend une partie de la Grande Borne. « C’est désolant, déplorable, ça montre que des gens ne veulent pas que la situation à la Grande-Borne s’améliore, déplore Jean-Marie Vilain, le maire (UDI). Ce n’est que du matériel, mais ça va engendrer des retards. »

Inquiétude partagée par les habitants. « C’est dommage car la rénovation du quartier va prendre du retard. Grigny a déjà une mauvaise image, ça en rajoute un peu plus, regrette un trentenaire. Pourtant, cette voie de désenclavement permettra aux pompiers d’arriver plus vite. Même s’il faudra faire attention aux enfants qui ont l’habitude de jouer dehors, car on a toujours grandi comme ça. » « Ça embête beaucoup de gens ce chantier : ceux qui font du business, les riverains qui redoutent le bruit des deux roues qui risquent de passer sans arrêt, décrypte un autre. Et les parents s’inquiètent de l’insécurité routière si les voitures entrent dans le quartier, ça peut être dangereux pour les enfants qui ne sont pas habitués. »

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Grigny, place de la Carpe, le 12 janvier 2012. Deux engins avaient été brûlés par des jeunes ayant escaladé la barrière d’un chantier. 

En janvier 2012, deux engins de chantier sont brûlés lors des travaux de démolition de la place de la carpe. Le mode opératoire ressemble beaucoup à celui utilisé ce dimanche. Ce soir-là, vers 21 heures, une quinzaine d’intrus escaladent des palissades de tôles derrière lesquelles sont stationnés les engins de chantier, menacent le vigile et mettent le feu aux cabines d’une pelleteuse et d’une grue. Le lendemain, une mini-grue est aussi incendiée. « Ces travaux, qui vont ouvrir le quartier, gênent les dealeurs », expliquait déjà la police à l’époque.

Plus récemment, le 9 mars 2015, deux botanistes ont été agressés à la Grande-Borne, alors qu’ils intervenaient pour expertiser le grand séquoia en vue de son déplacement pour laisser passer la voie traversante, dont les travaux viennent de démarrer. L’un des spécialistes a reçu en plein jour trois coups de couteau, l’autre a été visé par des coups de marteau brise-vitre. Et un ouvrier travaillant sur une pelleteuse a reçu des pierres au visage. La semaine précédente, un engin avait été brûlé dans un autre secteur de la Grande-Borne.

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