Prison d’Alessandria (Italie) : Une lettre de Peppe

Round Robin / lundi 17 février 2020

Centre de détention « San Michele » (Alessandria), 8 février 2020

Une forte accolade à tous les compagnons qui m’ont soutenu et à ceux qui, à une heure inattendue, ont exprimé leur bruyante solidarité devant la prison d’Alessandria, ainsi qu’a ceux qui, même si enfermés, ont le cœur qui bat pour l’action directe contre l’État, l’Église et le Capital et leurs serviteurs en uniforme, afin d’essayer de se libérer des chaînes physiques et mentales avec lesquelles les Procs’, l’AP et le parquet de Turin voudraient nous enserrer.

Ces messieurs essayent à tout moment de nous annihiler, mais je vous garantis qu’ils n’y arriveront jamais, parce qu’en tant qu’anarchistes, en vivant notre tension chacun à sa manière, en détruisant et en sabotant cette société oppressante avec les moyens à notre disposition et quand nous le voulons, on a déjà gagné et on a ressui a faire sauter le verrou qui ferme cette chaîne autour de nous !!! Parce que, comme tous les compagnons dehors, qui peuvent exprimer leur rage de milles façons différentes, nous luttons toujours dans le même but de détruire ce statu quo !!!
En effet, les tentacules pourris, empoisonnés et mortels de l’État répressif, qui s’allongent de jour en jour, essayent de nous briser et de nous envelopper dans leur obscurité. Il suffit de peu pour les obliger à lâcher prise : une coupure, quelques brûlures ou bien attaquer la pieuvre directement au cœur, là où on peut lui faire le plus de mal possible, en arrivant ainsi à échapper à la sale machine de la répression !!! Pour nous, prisonniers anarchistes et révolutionnaires, ou autres, la confrontation avec l’autorité est comme une guerre dans les tranchées : nous sommes tous les jours face à face avec l’ennemi et même si nous avons peu de possibilités de mouvement, on arrive à garder vivante cette noble idée d’opposition aux prisons et à la société qui les maintient, contre leurs cellules, contre ceux qui voudraient nous priver de nos choix.

C’est justement de cela que je voudrais parler, de mes choix et de la façon par laquelle un individu peut et veut s’exprimer. Le 20 janvier, cet amour de la Proc’ Pedrotta m’a fait notifier la date de l’interrogatoire, le 7 février, dans la prison d’Alessandria. Avec mon avocat, j’ai choisi de ne pas me présenter, car j’aurais utilisé mon droit de ne pas répondre, et on lui donc a communiqué ce choix et depuis l’intérieur et depuis l’extérieur de la prison [c.à.d. que le refus a été communiqué par Peppe et aussi par son avocat ; NdAtt.]. Cet amour de Proc a rejeté notre demande et a décidé que si je ne me présentais pas, les matons seraient venus me prendre par la force, dans ma cellule, pour m’amener dans la salle réservée aux juges, toujours à l’intérieur de la prison d’Alessandria. Mais, mes chers compagnons, cet « amour » de Proc n’a pas beaucoup de fantaisie, parce qu’elle a fixé l’interrogatoire à la date anniversaire de l’opération « Scintilla », qui, il y a un an, a frappé les compagnons de Turin, et moi aussi, qui habite en Veneto, et a même réussi à frapper à la porte blindée d’un autre compagnon, déjà incarcéré et sous enquête pour une autre affaire ! [Peppe parle probablement de Beppe, incarcéré suite à l’opération Prometeo et récemment accusé d’une attaque comprise dans l’affaire Scintilla ; NdAtt.]

Par ces éléments, on a bien compris que la Proc’ essaye de faire sa carrière sur notre peau :
1. elle n’a aucune intention de clôturer l’enquête
2. elle essaye obstinément de capturer, au delà des Alpes, quelqu’un qui s’est mis au vert, en utilisant tout instrument cruel, en espionnant, en dénigrant et intimidant ceux qui sont dehors « en liberté », de façon à faire la terre brûlée autour de nous, et, pour en rajouter à sa mesquinerie, elle nous fait enfermer dans une section de prison inhabitable. Ou même dans une sections pour prisonniers protégés [c’est à dire les balances et les prisonniers accusés de viols, qui ne peuvent pas rester dans les sections avec les autres prisonniers ; NdAtt.]. Mais elle n’obtient rien.

Indigné par tout cela, un seul son sort de ma bouche : « La seule ordure c’est vous, Procureur Pedrotta ! ». En effet, ma réponse à un interrogatoire forcé n’a pas tardé, ayant dans mon cœur le souvenir de l’expulsion de cette magnifique maison qui se trouvait en Barriera di Milano [l’Asilo occupato ; NdAtt.]. Depuis le 6 février, je lui prépare donc l’accueil qu’elle mérite, en créant une journée de désordre dans la prison, en essayant de provoquer le plus de dégâts matériels possible. En faisant travailler les matons zélés et en arrivant à lui faire parvenir une jolie relation, à cette merde de Proc’.

Disons que ça a été une journée intense. Pleine de la joie de me rebeller, de l’amour de casser et de la rage pour l’imposition que j’étais obligé de subir. Pour commencer, le matin du 6 février j’attends l’ouverture des cellules, puis à 9h je refuse de descendre à la promenade et je reste seul dans la section, afin d’éviter de causer des problèmes à d’autre prisonniers. A 9h10 je vais dans la salle de socialité et je casse tous les volets. Quand j’ai fini, je suis passé à ceux du couloir et, après m’être libéré de ces objets de torture opaques, qui t’empêchent de voir le ciel, même à carreaux car derrière ces foutus barreaux, on me déplace dans ma cellule, où je continue à taper sur les barreaux, en criant des slogans contre la prison et les CRA. A 10h, le gradué des matons me fait appeler. Pendant que je suis entouré par quatre matons, on me demande gentiment et poliment la raison de ma protestation. Je déclare que « si cette ordure veut me convoquer, le 7, même en me faisant amener de force, ma réponse sera claire et directe ». Lorsqu’il sont convaincus que tout est fini, je reviens à la section. J’aveugle les caméras du couloir, en leur bouchant les objectifs avec de la colle et des autocollants, et j’essaye de débrancher les fils, mais j’arrive à les détacher seulement du côté du mur. On m’amène dans ma cellule et je continue à faire du bruit jusqu’à 11h. Quand les autres reviennent aux cellules, je suspend ma protestation. On mange à 12h. A 13h, je me préparé un café et je descend tout seul dans la cour de promenade, en portant avec moi ma cafetière ; trois matons m’escortent et m’enferment dans la cour ; peu après je commence à taper à coups de moka [la cafetière italienne ; NdAtt.] sur les fenêtres de la cour de promenade et sur les fenêtres du côté du mur ; après quelques cris et le bruit des vitres blindés, arrivent trois matons qui me prennent la cafetière. Je crie encore un peu et à 15 heures je remonte en cellule. Depuis, je n’ai plus eu la possibilité de faire rien d’autre, parce qu’on me surveillait strictement, mais j’ai quand-même pu faire des gros dégâts, sans arriver à l’affrontement avec les matons.
Le lendemain, 7 février, je vais à la promenade avec les autres et à 10h on m’appelle ; j’essaye de dire que je refuse de me présenter, mais c’est inutile, ils ont l’ordre de m’amener, je vais donc voir d’abord l’avocat. A 11h, je suis convoqué devant la Proc’ et avant de rentrer dans la salle, en présence de mon avocat, je déclare encore une fois que je ne veux pas me présenter ; une fois à l’intérieur nous exprimons notre opposition, mais la Proc’ insiste avec l’avocat pour qu’on reste. Ensuite son discours théâtrale commence, avec comme assistance six porcs venu de l’extérieur, ainsi que des matons restés dans la pièce d’à côté ; elle touche à des arguments différents, mais nous on reste en silence, en répétant à chaque fois « avez-vous fini, puis-je retourner dans ma cellule ? ». Quand son spectacle finit, je laisse sortir l’avocat et je reste dans le bureau pour briser le silence avec des slogans, je fais voler quelque papiers et fais un peu de boucan, cela dure environs une minute, puis on m’amène rapidement à la section !!!

Avoir réaffirmé, encore une fois, qu’il n’y aura jamais un salut cordial à l’encontre de quelqu’un qui porte une uniforme ou une conversation agréable avec un juge, un magistrat ou un Procureur, qui chaque jour essayent de nous enterrer vivants. Au contraire on continuera fièrement, contre cette torture qui est la prison et que chaque action que nous, les détenus, arrivons à mener puisse porter un rayon de lumière et envoyer une « étincelle » [« scintilla », en italien ; NdAtt.] qui puisse allumer les cœurs des penseurs libertaires et faire passer l’idée qu’on a aucune intention de changer nos choix, sans aucun pas en arrière, et que toute cage peut être brisée !!!
Pour l’action directe, pour la liberté, diffusons l’anarchie !

Giuseppe Sciacca

 

Pour lui écrire :

Giuseppe Sciacca
C. C. “S. Michele”
Strada statale per Casale, 50/A
15121 – Alessandria (Italie)

NdAtt. : et n’oublions pas d’écrire à Marco (Marco Bisesti), enfermé dans la même prison, suite à l’opération Scripta Manent.

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