Prison de Kassavetia (Grèce) : Une prise de position du prisonnier anarchiste K.K.

Act for freedom now! / dimanche 8 décembre 2024

« Notre vie est
un halètement qui n’a pas de sens
dans des grèves programmées à l’avance,
larbins et voitures de patrouille.
C’est pourquoi je vous dis.
La prochaine fois ils nous laisseront faire,
nous ne devrions pas courir. Nous devrions tenir notre ligne.
Ne vendons pas nos culs pour si peu, mec.
Non. Il pleut. Donne-moi une clope. »
Katerína Gógou*

Des voix et des cris résonnent de l’intérieur des cellules, derrière les murs et les barbelés. Des nuées d’oiseaux et des avions de guerre survolent la prison. Peu importe à quel point la morbidité de l’époque veut nous faire plier, il y aura toujours quelque chose de plus fort : la capacité de répondre avec des yeux pétillants, l’obstination de celles/ceux qui luttent pour un monde plus beau, le feu qui brûle en nous et qui refuse de s’éteindre.

Le 11 octobre, un engin explosif a été placé dans une camionnette utilisée par la police pour ses enquêtes. Les médias, locaux et pas seulement, ont publié des articles à ce propos. Fin octobre, j’ai été informé par mes ami.es qu’il y avait une présence forte et constante de policiers en civil dans le secteur où j’habite. En même temps, des informations circulaient sur un garçon de 16 ans qui avait été tabassé par un groupe d’étudiants fascistes, dans un village voisin. À ce moment-là, je n’étais pas à Missolonghi et je suis revenu pour rencontrer le garçon en personne, pour soulever le problème et trouver des moyens d’y faire face.

Le 7 novembre, à midi, j’ai été arrêté par huit policiers en civil, à 100 mètres de chez moi. Dès le premier instant, j’ai demandé avec insistance la raison de mon arrestation. Au lieu d’une réponse, j’ai reçu des mauvais traitements et des sarcasmes. Ils m’ont fait monter dans l’un des deux véhicules banalisés, pendant qu’ils confisquaient le vélo que je conduisais. Ils m’ont emmené dans une zone isolée près de mon quartier et là les mauvais traitements ont continué, pendant environ une heure et demie, jusqu’à ce qu’ils m’emmènent chez moi, où deux autres véhicules banalisés attendaient déjà. Une perquisition minutieuse a été effectuée, au cours de laquelle tous les appareils électroniques appartenant non seulement à moi mais aussi à mes frères et sœurs ont été confisqués, ce qui les a empêché.es de communiquer avec nos parents, qui étaient hors de la ville pour le travail, et a également provoqué des difficultés à ma sœur, dans ses études, pour lesquels elle a besoin d’un ordinateur. De plus, plusieurs objets considérés comme incriminants ont été confisqués, comme des aérosols de peinture, de la peinture, des pinceaux, des livres et du matériel imprimé de caractère anarchiste. Quand ils ont terminé la perquisition, ils m’ont emmené au commissariat, où j’ai été gardé pendant de nombreuses heures avec des menottes dans le dos, sans qu’on me laisse passer le seul appel téléphonique auquel j’avais droit et sans qu’un avocat soit contacté, malgré mes insistances.

Plus tard, après avoir finalement réussi à contacter un avocat et mes parents, j’ai été emmené aux cellules de garde à vue et j’y suis resté jusqu’au mardi 12 novembre, quand j’ai dû passer devant un procureur et un juge d’instruction. Pendant que je me trouvais en garde à vue, il y a constamment eu des patrouilles de police de tous les côtés de la section, ainsi que des gardes autour du périmètre de la zone. Le mardi matin, un énorme spectacle intimidant a été mis en place, avec deux fourgons de la police anti-émeute et des grilles devant les tribunaux, ainsi que des caméras qui enregistraient ce spectacle ridicule. À la fin de la procédure, ils ont décidé de me placer en détention préventive et, le matin du mercredi 13 novembre, j’ai été transféré à la prison [pour mineurs, le compagnon ayant 17 ans ; NdAtt.] de Kassavetia.

Nous vivons dans une époque sinistre, où même les livres sont moralement criminalisés. C’est quelque chose que nous avons observé dans de nombreux cas similaires, ainsi que quelque chose dont je fais l’expérience en prison, étant donné qu’aucun des livres qui m’ont été envoyés n’est jamais arrivé entre mes mains, sous prétexte de perturbation de l’ordre et de la sécurité de l’établissement.

Les règlements de la police en civil et de l’anti-terrorisme sont bien connus, ils ne surprennent donc personne. Le cirque médiatiques obscène qu’ils vont mettre en place, le sale boulot que les médias font, en étroite collaboration avec les flics, les ironies, les menaces et les coups ne me terrifient pas. Je dois cela en grande partie aux personnes que j’ai rencontrées sur les beaux chemins de la lutte. Leur chaleur m’a accompagné pendant les nuits froides dans les cellules de garde à vue du commissariat de Missolonghi, m’accompagne dans la prison de Kassavetia et m’accompagnera dans tous les cachots de la république. J’ai la tête haute et j’ai l’intention de garder cette attitude.

La guerre sociale est là et elle s’amplifie de jour en jour, il est de notre devoir de répandre des relations sociales et les valeurs d’auto-organisation. Des foyers de lutte partout, de Messolonghi au Chili, de la théorie à la pratique et retour. Rien n’est perdu, rien n’est fini, nous continuons à marcher contre l’État, le capital, le fascisme, le patriarcat, les rapports d’exploitation, jusqu’à notre dernier souffle… pour un monde libre.

Le soutien que j’ai reçu me touche vraiment. Peu importe combien de larbins ils recrutent pour faire plier la résistance, la solidarité les écrasera. Notre colère est un fleuve et elle les noiera.

FORCE À CELLES/CEUX QUI SE DRESSENT CONTRE TOUTE FORME D’AUTORITÉ

SOLIDARITÉ AVEC LES COMPAS EMPRISONNÉ.ES POUR L’AFFAIRE D’AMBELÓKIPI

L’ÉTAT ET LA CAPITALE SONT LES SEULS TERRORISTES

UN AMOUR SANS RÉSERVE POUR TOU.TES LES COMPAS

K.K.
décembre 2024
prison de Kassavetia

 

* Note d’Act for freedom now! : Katerína Gógou (en grec: Κατερίνα Γώγου ; 1940–1993) a été une poétesse, écrivaine et actrice grecque, elle a vécu dans le quartier d’Exárcheia.

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