Athènes (Grèce) : Deux textes de Christos Tsakalos, ancien membre de la CCF, récemment emprisonné

Dark Nights / lundi 19 février 2024

Et maintenant, un peu de vérité, messieurs…

Un délit mineur : deux ans de taule ; c’est le calcul du nouveau code pénal. Ils ont d’abord monté un mensonge effrayant, avec des « terroristes » et la mafia grecque, chose qui, à la fin, a effrayé le mensonge lui-même. Ils m’ont relié à deux membres de l’UKS [unité spéciale de la marine militaire grecque ; NdAtt.], que non seulement je ne connais pas, mais nous sommes dans des mondes opposés du point de vue de nos valeurs et idéologies. Ils m’ont relié aux bombes de la mafia grecque, quelque chose qui me dégoûte. Ils ont utilisé deux de mes amitiés personnelles avec des personnes qui sont mortes, pour mettre en place un scénario qui mériterait une prime, pour le ministère de la Protection du citoyen, et qui nourrit de mensonges des journalistes complaisants. Leur mystification a été dévoilée, mais personne n’en parlera.

Pendant le temps que j’ai passé en prison, j’ai développé de l’amitié avec différentes personnes qui avaient connu les mêmes conditions d’incarcération que moi. Ces amitiés ne signifient pas une coopération professionnelle ou des objectifs communs dans nos vies ultérieures. La vérité est simple et claire. Les liens d’amitié que j’avais avec certaines personnes, qui sont mortes depuis un certain temps, n’avaient rien à voir avec leurs occupations, professionnelles ou pas. Leurs activités, leurs choix, amitiés et inimitiés étaient leurs propres affaires, pas les miennes. Les médias m’ont présenté comme quelqu’un qui possédait, en partenariat avec d’autres personnes, non pas une, mais plusieurs stations de service. Un mensonge qui ne contient pas la moindre partie de vérité et je met au défi la police et les médias, qui aiment tant le répéter, de présenter la moindre preuve pour l’étayer. Mon lieu de travail est bien connu par l’anti-terrorisme et par tous les autres services de police, qui me surveillent depuis des années sur mon travail. Ensuite, en plus de dire que je suis potentiellement impliqué dans des affaires de contrebande de carburant, ils essayent maintenant de gonfler encore plus leur histoire, en essayant de m’impliquer dans des affaires de contrebande de cigarettes et dans les conflits entre des personnes qui y sont impliquées… Un autre mensonge pur et simple et je met au défi la police et les médias qui le relayent de trouver la moindre preuve qui montrerait un quelconque lien avec quelque chose de ce genre. S’il y avait le moindre fondement dans ces fantaisies, vous pouvez être sûrs que la police, qui m’a gardé sous « surveillance » constamment, depuis ma libération, aurait déjà monté un dossier bien gonflé pour vendre un autre de ses « succès ». Ils sont même allés jusqu’à déclarer qu’ils soupçonnaient mon implication dans l’explosion de la canalisation d’eau d’Aegina, en dépassant de loin les niveaux de ridicule précédents.

Mon parcours de vie a été et est diffèrent. Je n’avais et je n’ai aucun lien avec ces situations et que les médias qui aiment tant relayer cela citent un seul fait, en dehors de l’existence de certaines amitiés, que, après tout, je n’ai jamais cachées. Si jamais je devais aller en prison pour quelque chose que j’ai fait (pas comme maintenant, quand c’est le produit d’un coup monté), ce serait pour des raisons politiques, jamais pour des raisons criminelles et para-capitalistes.

Au final, mon affaire a été séparée de celle des membres de l’UKS et j’ai fini par être jugé par un tribunal d’instance, pour une simple infraction mineure.

Et ici commence une nouvelle dystopie, qui crache des barreaux, des cellules et des prisons. Mais comment peut-il y avoir un procès équitable (si tant est qu’il puisse y en avoir un) quand, pendant 24 heures, toute la Grèce a été bombardée avec la nouvelle du grand succès de la police, de la première arrestation d’un « terroriste » en lien avec la mafia grecque et toutes ces âneries. Ça a été un procès fait à partir des nouvelles, sans qu’aucun fait réel ne soit pris en compte. Je n’ai même pas été autorisé, en tant qu’accusé, à appeler des témoins, dont l’un était même un policier du service qui m’a interpellé. Ils ont même violé leurs propres normes de « culture juridique ». Il s’agit d’un véritable règlement de comptes à mon encontre, de la part du pouvoir d’État et de ses manifestations, pour ne pas s’embourber dans le fiasco du scénario dont on a parlé et qu’au final s’est dégonflé. A la fin, on m’a condamné à deux ans de prison (pour le même délit, les sentences sont normalement de six mois) et le tribunal a décidé de m’emprisonner, sans que je puisse profiter d’une liberté conditionnelle. Mon passé est un billet de retour pour la prison. Ils jugent d’abord mon nom, ensuite mon affaire. Une répétition générale du nouveau code pénal. Une suprématie judiciaire qui crache des condamnations et des barreaux.

COUPABLE COUPABLE
PRISON PRISON PRISON

Et si aujourd’hui c’est le « terroriste » avec son délit mineur, demain ce sera le tour du manifestant, du squatteur, du gréviste, de quiconque aura la malchance d’être confronté au sacerdoce de la « justice », peu importe pourquoi. Ce sera le nouveau code pénal. C’est la nouvelle peur. Et si l’on s’habitue à la peur, on apprend aussi à rester en silence. Parce qu’aujourd’hui c’est le silence du cimetière social qui prévaut. Les yeux collés aux écrans, les mains collées aux portables et le nouveau monde carcéral qui est en plein essor. Mais, contre ce pouvoir dystopique, il y aura toujours des individus avec une conscience, une conviction et un désir d’attaque et de résistance.

Tous presque-prisonniers.

Je leur donne leurs mensonges, mais pas ma liberté.

A bon entendeur…

Christos Tsakalos
cellules de garde à vue du GADA
[le commissariat central d’Athènes ; NdAtt.]
12 février 2024

P.-S. Je me demande si la police et le ministère de la Protection du citoyen répondront officiellement aux questions sur les 20 000 euros qu’ils auraient donné à l’informateur qui a dépose cette plainte-bidon, selon les dires des journalistes ? Répondront-ils en disant qui est-ce qui crée des fausses affaires pour se faire de l’argent sur le dos des gens et où est fini cet argent ?

*****

La commission pour la libération conditionnelle comme billet de retour

Retourner là où tu avais dit que tu ne seras jamais retourné. Les menottes, les sirènes, les procureurs, les juges et voilà : la cargaison humaine est prête à être livrée… La prison se précipite… Se précipite dans nos esprits, dans nos cœurs, dans notre peau. Des prisonniers qui comptent le cours de la vie au son des portes qui sont verrouillées et déverrouillées. La prison est la géographie de la solitude.

Alors, recommençons…

J’ai toujours assumé mes responsabilités et payé le prix de mes choix. Des choix de lutte, dont je suis fier, qui esquissent un parcours dont ma permanence en prison, pour un certain temps, a été une partie. J’appartiens à cette génération composée de dizaines de prisonniers anarchistes qui ont vécu la prison depuis 2009 et qui, dès leurs libérations, ont toujours eu une hache suspendue au dessus de leurs têtes… La sortie de prison de chacun de nous, qui était souvent accompagnée de conditions épuisantes (je devais pointer à la police six fois par mois) est le billet de retour pour la prison. Mon cas n’est pas seulement une affaire personnelle. Tout comme je me suis retrouvé en prison avec une condamnation à deux ans pour un délit mineur, de même chaque prisonnier libéré est constamment pris en otage, un prisonnier potentiel, pour un acte de rébellion, pour l’ouverture d’un squat, pour une manifestation, pour n’importe quel petit délit… Et si ceux qui sont déjà sortis de prison ont tous un billet de retour pour la taule, ce billet est disponible aussi pour tous les autres, avec la bénédiction du nouveau Code pénal. Tous presque-prisonniers… Quand t’intériorises la peur, tu construis une prison pour toi-même. Tu ne parles pas, tu ne réclames rien, tu ne te bats pas. Ce sont les barreaux invisibles de la nouvelle prison. Quand les prisons commenceront à se remplir de manifestants et de combattants, pour des peines de deux ans, d’un an, de six mois, vous comprendrez ce que je dis. Si ton nom est écrit sur les fiches de renseignement des juges, tu es condamné à les rencontrer à nouveau. Comme m’a dit le procureur : « coupable à cause de mon passé ». Retour de la marchandise aux entrepôts des âmes. Une liberté avec une date de péremption.

Et maintenant ?

Reste débout, ne plie pas, ne leur fais pas de faveurs.

Dans les tribunaux, ils disent que l’innocent a peur et que le coupable espère. Je n’ai ni peur ni espoir. Sachant très bien ce que signifie prendre ses responsabilités, je sais que l’acceptation de responsabilité la plus significative et la façon dont on choisit de vivre et je n’ai pas l’intention de révéler ma vie à un flic, un journaliste ou un juge.
Bonne chance à tous ceux qui se battent, non seulement pour un monde sans misère, mais pour une vie qui nous contiendra d’une manière significative.

Christos Tsakalos
cellules de garde à vue du GADA
16 février 2024

 

Note de Dark Nights :
[…] Christos, ancien membre de la Conspiration des Cellules de Feu, a été en clandestinité à partir de la mi-novembre 2010, car un mandat d’arrêt à son encontre avait été émis peu après l’arrestation de son frère Gerasimos. Le 14 mars 2011, lui et quatre autres compagnons ont été arrêtés à Volos. Il a été poursuivi pour l’« affaire de Volos » (un braquage dans une banque, les braqueurs étaient habillés en flics), pour implication dans la possession d’explosifs et d’armes à feu trouvés sur d’autres personnes poursuivies dans la même affaire (arrestations au Pirée et à Kallithéa), pour l’affaire des 14 colis piégés, pour l’affaire concernant 250 attaques de la CCF, de 2008 à 2011, pour le texte en solidarité avec le squat anarchiste Nadir (lors de sa seconde expulsion en octobre 2011), signé par la CCF, pour son texte personnel, avec lequel il refusait toute collaboration avec les autorités judiciaires (instigation à la violence), pour une tentative d’évasion, avec trois autres membres de la CCF, en décembre 2011, lors de laquelle trois matons ont été pris en otage et pour provocation aux crimes et délits pour le « projet Phoenix ». Il est aussi poursuivi pour une attaque contre une banque, dans le centre d’Athènes, en 2007, puisque apparemment son ADN aurait été trouvé sur les lieux. Il a été poursuivi aussi par l’État italien, suite à une plainte de l’ancien Président du conseil Silvio Berlusconi, pour le colis piégé qui lui avait été adressé, et il était aussi sous enquête dans l’opération Ardire, menée en juin 2012 par les autorités judiciaires italiennes.

Au début, Christos a été condamné à sept ans de prison à cause de l’« affaire Chalándri » et à 24 ans et deux mois pour l’affaire de la CCF. En 2016, il a été condamné à 115 ans supplémentaires, pour la tentative d’évasion de prison et d’autres attaques de la CCF.

Le 24 juillet 2019, hristos et son frère Gerasimos, emprisonnés en tant que membres de la Conspiration des Cellules de Feu, ont été libérés en vertu de la loi Paraskevopoulos, ayant purgé un tiers de leurs peines réduites.

Christos a été arrêté le 9 février 2024, dans une opération impliquant supposément un informateur de la police, qui aurait été payé 20 000 euros. Au début, il avait été accusé d’être impliqué dans la mafia grecque, notamment dans les attentats à la bombe qui ont eu lieu dans le cadre d’une guerre de mafia qui fait rage en Grèce depuis plusieurs années. A l’origine, il a été mis en lien avec deux membres des forces spéciales de la marine militaire grecque, arrêtés en même temps à un autre endroit, qui avaient avec eux de l’explosif, probablement volé dans une base militaire. Ces liens avec d’autres personnes, y compris avec la mafia, les attentats à la bombe et d’autres chefs d’inculpation, ont été abandonnés. Il a été condamné à une peine de prison de deux ans et un mois, sans possibilité de faire appel, en vertu du nouveau Code pénal, pour un pistolet avec ses balles et de la drogue, découverts dans une propriété où il se trouvait, mais qui ne lui appartient pas.

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