Les flics utilisent de plus en plus la reconnaissance faciale

extraits de Street Press / mercredi 7 avril 2021

[…] Depuis 2012, la seule reconnaissance faciale autorisée par un décret est celle effectuée par la police pour l’utilisation du traitement des antécédents judiciaires : le Taj – qui rassemble des anciens fichiers de police et de gendarmerie (le Stic et le Judex). On y trouve des personnes mises en cause dans des affaires pénales mais aussi des victimes de ces infractions ou des personnes suspectées et non condamnées. Soit environ 19 millions de personnes recensées, dont huit millions avec photos, d’après un rapport de l’Assemblée nationale de 2018. 87 millions d’affaires y sont également répertoriées.

Le fichier est consulté dans le cadre d’enquêtes judiciaires et administratives. La reconnaissance faciale s’y fait par comparaison entre deux photographies grâce au logiciel allemand Cognitec. Le Taj (et sa reconnaissance faciale) a par exemple été utilisé après l’attentat au couteau du terroriste français d’origine tchétchène Khamzat Azimov en mai 2018. Une fois tué, les policiers ont photographié son visage et le Taj les a informés de son identité et de sa fiche S, comme l’avait décrit Le Parisien. Selon l’infraction, les données personnelles restent dans le fichier entre cinq et 40 ans.

Le Taj n’est accessible que sur les ordinateurs de police, par tous les agents. Sur l’agrégat d’applications à leur disposition, chaque bleu se connecte avec son compte perso et peut accéder au Taj. Dans le fichier se trouve une option pour identifier quelqu’un avec une photo. Cette dernière peut être prise via leur smartphone Neo (les téléphones professionnels de la police et de la gendarmerie). Depuis novembre 2019 et une mise à jour de Cognitec, les images peuvent aussi provenir de vidéosurveillances ou des réseaux sociaux « ne présentant pas les mêmes critères que les photos anthropométriques [les photos d’identité] », explique le député LREM Stéphane Mazars dans un rapport d’octobre 2020. « Il faut quasiment que ce soit une photo d’identité et avoir la personne en gros plan, sinon la reconnaissance faciale ne marche pas », tempère le gardien de la paix vingtenaire.

Une fois la photo téléchargée dans l’application, le Taj propose un ou plusieurs résultats d’identités possibles. « C’est rapide », assure le gardien de la paix. « Une fois que la personne a été identifiée, le policier a son identité et tous ses antécédents judiciaires. Il peut utiliser ses informations pour nourrir son enquête », explique un brigadier de police parisien. Aucune photo n’est rajoutée au dossier. Par contre, les infractions pour lesquelles la personne a été verbalisée sont intégrées aux antécédents judiciaires. « Mais pour cela, il faut une constatation d’infraction, une verbalisation ou un placement en garde à vue ou plus », continue le brigadier.
[…]

De l’avis du SiCop, la reconnaissance faciale dans le Taj est « très fantasmée ». D’ailleurs, selon la com’, ce ne serait pas « une reconnaissance faciale à proprement parler », mais plutôt « un rapprochement par l’image » qui n’est « qu’un outil d’aide à l’enquête ». Elle peut être utilisée dans tout le cadre de l’investigation « sauf pour un contrôle d’identité », professe la com’ policière. Sur le terrain, les policiers s’en servent surtout pour les vérifications d’identités, selon le gardien de la paix anonyme. « Si quelqu’un ne te donne pas son identité, tu le ramènes en vérification au commissariat par exemple. Là, tu vas chercher son identité par tous les moyens possibles », lance-t-il. Les photos sont faites à ce moment-là, en bonne qualité. […]

Le SiCop précise que la reconnaissance faciale ne peut « pas se faire en direct » mais obligatoirement a posteriori. « Nous ne savons pas pourquoi il y a cette distinction », estime la Quadrature du Net. L’association de défense des libertés en ligne se questionne : « Quand on y réfléchit, pourquoi ça serait moins grave ? On ne sait pas si les policiers font de la reconnaissance faciale a posteriori, il n’y a pas de précisions dans le décret. Et nous ne voyons pas la différence entre une reconnaissance faciale en temps réel ou dix minutes après. »

En 2019, la police a utilisé le Taj pour faire de la reconnaissance faciale 375.000 fois. Pour les six premiers mois de l’année 2020 : plus de 200.000 fois. Cela fait plus de 1.000 traitements par jour partout en France. Des chiffres et une utilisation qui inquiètent le journaliste Olivier Tesquet : « Ça donne l’impression que la reconnaissance faciale devient la procédure standard pour un contrôle d’identité. » […]

This entry was posted in Les outils de l'ennemi and tagged , , . Bookmark the permalink.