Gênes (Italie) : Que chacun choisisse son camp

reçu par mail / mardi 17 novembre 2020

Même les pierres l’ont compris, désormais : les actuelles mesures de limitation de la liberté, imposées par différents décrets, ont peu à voir avec l’urgence sanitaire en cours ; elles visent à vider les rues des villes de toute activité autre que productive et fonctionnelle au système, à mettre de côté toute dissension, à faire taire les voix étrangères au cœur des privilégiés bien-pensants, à juguler le conflit social.

Il n’y a pas besoin de trop d’analyses politiques, il suffit simplement d’observer la réalité qui se présente brutalement devant nos yeux : au-delà de la rhétorique du « tout ira bien », de l’effort commun demandé « pour le bien de tout le monde », avec ou sans pandémie, il n’y a qu’un seul domaine dans lequel l’État brille par sa diligence : la répression.

Les interdits se multiplient de façon absurde, de plus en plus indépendants de toute évidence relative à l’urgence sanitaire ; le nombre des forces de l’ordre dans les rues se multiplie démesurément ; se multiplient aussi l’arrogance et la violence avec lesquelles ces dernier exigent d’imposer les limitations les plus restrictives à la liberté individuelle.

Dernièrement, dans notre ville se démarque, entre autre, l’action de la Police municipale : la contagion virale due au Covid-19 a provoqué sur ses agents une curieuse et monstrueuse transformation : d’employés de la sécurité de la ville, simples remplisseurs de formulaires d’amendes, il se sont transformés en shérifs arrogants qui jouent les caïds… mais ce n’est sûrement pas un hasard ! Ce sont justement eux l’expression la plus directe et authentique de la prétentieuse et inutile cohue d’anciens et nouveaux politicards qui s’est installée au gouvernement de ce territoire.

Dans ce climat si paisible, fin octobre je suis honorée par l’envoi, de la part de la Direction de la police et du Parquet de Gênes d’une demande d’application de « surveillance spéciale », l’une des mesures préventives les plus dures : dans mon cas, cela signifierait l’interdiction de sortir de mon domicile la nuit, l’interdiction de sortir de la ville, l’interdiction de participer à des manifestations publiques, l’interdiction de rencontrer des repris de justice ou des personnes soumises à des mesures préventives : tout cela pendant 5 ans, sous peine d’arrestation en cas de violation. La date du jugement et fixée dans un délai très court.

La surveillance spéciale est appliquée indépendamment du fait que l’on ait accompli ou pas certains fait, mais sur la base d’une description de la personne faite par les forces de l’ordre, qui comprend un jugement général de sa conduite de vie, d’où émergerait la dangerosité sociale évidente de la personne (d’après leurs dires), au point que celle-ci doit être soumise à des mesures de prévention, à savoir précédentes l’accomplissement des actes : il s’agit évidemment d’un procès d’intentions, contre des idées.
Et cette demande, d’où découlerait une si forte mesure de privation de la liberté individuelle, n’a pas besoin d’être appuyée par des preuves, à quoi servent les preuves ! Le juge décide exclusivement à partir du profil esquissé par les forces de l’ordre.

Dans ce cas précis, la dangerosité sociale qui m’est imputée, au delà des paroles sinistres, répandues à profusion par le Procureur Manotti, la police et les Carabinieri du ROS, consiste en l’idéal que je soutiens et qui me soutien : l’anarchie ; elle consiste en la diffusion et l’encouragement d’idées qui conjuguent la pensée et l’action, dans la revendication de la liberté d’autodétermination pour l’individu et dans l’urgence d’abattre ce système politique et économique profondément injuste et les discriminations qu’il produit ; dans le fait d’avoir mis en pratique la solidarité et le soutien envers des anarchistes emprisonnés par l’État.

Le fait d’être l’objet de cette demande ne me surprend pas, ma position au sein du conflit social a toujours été notoire : toujours du coté opposé par rapport aux chiens de garde de l’État. La fonction de cette mesure est évidente aussi : mettre de côté ceux qui donnent de la voix à la dissension, éviter des contaminations dangereuses.

Ce n’est pas la première fois que quelqu’un est soumis à une mesure de ce genre, ou risque de l’être. Dans le cas où elle me soit appliquée, j’affronterai au mieux de mes intentions les conséquences des idées dans lesquelles je me reconnais, comme il l’ont fait de nombreuses autres compagnonnes et compagnons avant moi.

En réfléchissant à tout cela, malgré tout me vient une pensée… merveilleuse, un défi contre le conditionnement du joug quotidien, de ces temps particulièrement lourd : que l’on se déverse encore plus nombreux dans les rues, dans les places, sur les chemins, ensembles ou seuls, dans l’ombre ou en pleine lumière, pour violer sans compromis les règles et les interdits de cet ersatz de vie que l’État voudrait imposer ; avec le cœur et la volonté focalisés sur l’horizon à atteindre : la liberté.

Une qui ne s’amende pas

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Gênes (Italie) : Sur la demande de placement sous surveillance spéciale d’une compagnonne

reçu par mail / mardi 17 novembre 2020

Il y quelque semaine, l’attention de chacun de nous était focalisée sur la couleur qui aurait été assigné à sa région de résidence, suite aux nouvelles mesure pour endiguer la pandémie, en craignant que cela soit rouge plutôt que jaune.

Au même temps, à Gênes, les larbins du Procureur Manotti remettaient une proposition de placement sous surveillance spéciale à une compagnonne anarchiste.

Comme cela arrive souvent, quand l’État et ses protecteurs demandent une mesure de ce type à l’encontre d’un compagnon ou d’une compagnonne, ce qui est mis au centre de l’attention sont ses idées, ses habitudes et ses fréquentations. Dans ce cas aussi, ils ne s’en sont pas privés. Des tonnes de paperasse qui listent de manière détaillée, et parfois aussi un peu fantaisiste, des moments de sa vie, ainsi que tout un corollaire d’éventements que l’on pourrait rattacher à la destinataire de cette mesure. Des pages et des pages qui retracent des années de rencontres, d’écrits solidaires, de participations à des assemblées et à des initiatives, des rassemblements et des manifestations, son casier judiciaire et tutti quanti. Tout cela pour dessiner le profil d’une personne qui serait dangereuse, selon leurs profondes cogitations, et qui aurait un rôle de premier plan dans la galaxie anarchiste de hier et d’aujourd’hui. Leur intention, avec cette demande, est évidemment celle de mettre hors jeu cette compagnonne, de façon à écarter le danger de la retrouver dans l’espace, un jour.

En fouillant un peu dans cette montagne de paperasse, nourrie chaque jour par des nouvelles signalisation de la Direction de la police de Gênes, qui n’ pas encore arrêté de fournir ses informations, s’avère évident que ce qui alarme les champions de l’ordre et de la justice c’est de facto l’activité solidaire envers les compagnons anarchistes emprisonnés ou soumis à des mesures de contrôle de différents types, qui sont délivrées avec générosité, surtout de ces temps.

L’objectif poursuivi par la surveillance spéciale, une mesure qui traîne, depuis la dictature fasciste, dans le toujours actuel Codice Rocco [du nom de Alfredo Rocco, ministre de la Justice de l’Italie fasciste, qui a promulgué, en 1930, le Code pénal encore en vigueur ; NdAtt.], reste celui d’isoler et de marginaliser la personne qui y est soumise, en appliquant une limitation de sa liberté sur la base de suspicions, sans qu’il y ait des délits, mais en fonction de son idéal.

Cependant, l’énorme force de certaines idées essaye parfois de dépasser cette oppression ; elle le fait lorsque, sans peur, elle se solidarise avec des pratiques et des actions qui tentent de quelque manière de briser le système mortifère qui enserre ce qui existe, sans place pour prises de distance ni délations. Quand on exprime cette affinité, l’autorité essaye de toute manière de l’éradiquer, pour qu’elle ne soit pas mise en pratique, ni par ceux qui la portent, ni, encore moins, par quelqu’un qui, un jour, pourrait en tirer inspiration.

De ce temps, la ritournelle de la sécurité résonne plus que jamais, dans des rues remplies de sales types en uniforme, prêts à réprimer avec tous les moyens à leur disposition : de l’amende à la matraque, en poursuivant de facto une guerre contre les exploités, les immigrés, ceux qui vivent d’expédients et, en général, ceux qui ne s’adaptent pas et tentent de ne pas plier la tête face à cette « normalité » faite de distance, d’yeux baissés, de bouches masquées et d’air irrespirable, pas tellement à cause du virus respiratoire, très craint, mais à cause d’une maladie qui semble s’être infiltrée dans chaque recoin de la vie : la domination et le contrôle.

Tandis que l’on passe de phase 1 à phase 2, de couvre-feu à interdiction de déplacements, il y a des personnes qui continuent à ne pas être disposées à vivre dans cet isolement qui prédomine de plus en plus. Pour faire taire l’aversion de ceux qui ne se résignent pas, l’autorité essaye d’enfermer les passions dans des diagrammes bien carrés, avec l’excuse toujours en vogue du maintient de l’ordre public et de la sécurité.

La solidarité inconditionnelle avec les compagnons anarchiste emprisonnés, qui, avec courage et à tête haute, font face à leur détention, caractérisée par exclusion et harcèlements, fait donc rentrer les personnes, automatiquement, dans une association subversive quelconque ; la proximité et la complicité avec tous les prisonniers, les marginaux, les laissés pour compte, entraîne l’accusation d’être des agitateurs qui poussent à la révolte ; la participation à des luttes et des manifestations publiques entraîne, superficiellement, l’accusation de faire partie des violents ; l’appui donné à certaines actions porte à l’accusation de terrorisme.

Nous sommes conscients que les profils crées par les chiens de garde de l’État (dont les vies sont si tristes qu’ils le dépensent dans le seul objectif de réprimer et d’enfermer) sont l’instrument pour essayer de parquer des compagnons dans un coin, inapprochables, en essayant aussi de créer des divisions qui n’ont rien à voir avec les diversités propres aux individus, qui, au contraire, peuvent être source de richesse.

Nous souhaitons que le moment soit arrivé de déchirer toute cette paperasse et de réaffirmer dans quel camps nous nous plaçons, en laissant libre cours à nos désirs et en faisant vivre la solidarité dans toutes ses formes les plus disparates.

Dans le souhait qu’un jour tous ces petits morceaux de papier se transforment en cendre, la cendre de toute forme d’autorité.

Pour la Liberté, pour l’Anarchie.

Solidarité avec la compagnonne génoise pour laquelle a été demande le placement sous surveillance spéciale et avec tous ceux qui sont privés de leur liberté.

Liberté pour tous les prisonniers, en Italie et dans le monde.

Anarchistes à Gênes

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