Thessalonique (Grèce) : Revendication de l’attaque d’un car de la police antiémeute

Dark Nights / vendredi 12 janvier 2024

La distorsion constante de la réalité, partout, par les autorités et leurs mouchards.

Le 22 octobre 2021, Nikos Sambanis, un Rom de 18 ans, a été abattu de 36 balles par les ordures en uniforme de l’unité DIAS [des flics à moto ; note de Dark Nights], dans le secteur de Pérama. Cela a été précédé par les tortures infligées à Vassili Maggos, qui ont entraîné sa mort, et suivi par un viol dans le poste de police de Place Omónia [dans le centre d’Athènes ; NdAtt.], tandis que le 22 juin 2022, Michalis, 16 ans, a été traîné et ensuite abandonné par un véhicule de police, dans le quartier d’Ambelókipi, à Thessalonique, ce qui a fait qu’il a rendu son dernier souffle à l’hôpital.

Un peu plus d’un an après le meurtre de Sambanis, le 5 juin 2022, Kostas Fragoulis, un Rom de 16 ans, a été tué d’une balle dans la tête, à Diavatá, dans la région de Thessalonique, par un flic de l’unité DIAS, car il avait commis le crime de s’enfuir pour ne pas payer 20 euros d’essence.

Le 11 novembre 2023, peu avant minuit, après une chasse à l’homme, les flics ont encore tué un mineur rom, Christos Michalopoulos. Deux mois et demi avant, Kostas Manioudakis avait rendu son dernier souffle à cause d’un tabassage par des flics du poste de Souda [dans l’île de Crète ; NdAtt.], suite à un contrôle fortuit. Un mois après le meurtre de Michalopoulos, à Xánthi [ville de Thrace, dans le nord-est de la Grèce ; NdAtt.], un flic passe à tabac et puis abandonne Ayse, 19 ans, en la tuant.

A ces évènements, nous pourrions ajouter d’innombrables tabassages, tortures, meurtres, tous commis par la police et passés sous silence par la justice et les médias.

Dans les peu de cas où la violence policière n’a pas pu être cachée, les porte-parole de l’appareil étatique s’empressent de présenter l’évidence comme un incident isolé, en disant qu’il s’est agit d’une mauvaise conjoncture ou que les flics étaient en état de légitime défense ou que la justice en décidera, un jour.

Il vaut la peine de mentionner le fait qu’ils essayent de jeter des tonnes de boue sur la personne assassinée. Qu’il s’agisse de son casier judiciaire, du groupe sociale auquel elle appartient ou de ses convictions politiques, cela est mis en avant encore et encore, en laissant entendre, quand ils ne le disent pas ouvertement, que c’est une bonne chose que le flic ait pressé la détente. La présentation du flic assassin est diamétralement opposée. Un père de famille avec des enfants, qui travaille dur pour la sécurité des citoyens, impliqué dans la société, particulièrement aimé par le reste de sa bande (la « Police grecque »).

Le récit médiatique change quand la révolte sociale explose et prend pour cible les auteurs de si nombreux meurtres. Soudain, la valeur de la vie humaine devient le bien suprême et les meurtriers en uniforme, justement visés, deviennent des héros blessés dans l’exercice de leurs fonctions, injustement pris pour cible. Ceux/celles qui vivent sur leur peau la violence étatique et capitaliste et parfois y répondent de manière combative sont décrit.es comme des criminel.les brutaux.ales aux intentions meurtrières.

Pour les défenseurs de la police : vous et ceux qui se contentent des contes de fées que vous vendez n’êtes que des petits êtres ridicules sans une once de dignité et de moralité.

Pour le dire clairement et en peu de mots : il n’y a pas de doutes, la police grecque fonctionne comme une bande armée de potentiels assassins, en toute impunité.

Dans ce contexte, nous avons choisi de mener une attaque, avec des cocktails Molotov, contre un car du MAT [la police anti-émeute ; note de Dark Nights], le 7 décembre 2023, sur la rue Agiou Dimitriou, au niveau de la faculté d’agriculture de Thessalonique.

Pour les ordures en uniforme : nous apparaîtrons devant vous à l’improviste, pour Michalis, Alexis, Sambanis, Vassilis, Kostas, Christos, pour ceux/celles que vous avez assassiné.e, tabassé.e, terrorisé.e, violé.e. Vous nous trouverez prés de vous par surprise, nous utiliserons les moyens les plus simples et rien d’autre que notre détermination et notre conviction dans le bien-fondé de la lutte. Nous nous reverrons dans vos cauchemars.

Cette action est la raison pour laquelle le convoi de la police a été déplacé, après un an et demi passé devant le campus de l’Université Aristote. Au delà du résultat évidemment positif de l’action, et de l’incapacité des flics à réagir, nous ne voudrions pas que cet événement particulier soit interprété à tort comme la victoire d’un petit groupe de gens contre l’appareil de l’État.

Dans le passé, le mouvement étudiant a réussi à empêcher que le contrôle des bâtiments des universités soit complètement aux mains de la police (loi KX4777). Ce que l’État a réussi à faire récemment est d’établir une force statique dans un endroit, à l’intérieur du campus, quelque chose qui d’un coté a une importance symbolique énorme, mais qui d’autre part présente une évidente faiblesse opérationnelle. Au final, dans ce cycle de reforme de l’université, il n’y a pas eu de vainqueur ou de perdent. La défaite politique partielle de l’État, due à la non mise en place d’une police de l’université, a été confirmée par la défaite opérationnelle et l’expulsion du peloton de policiers hors du campus. Bien entendu, rien n’est définitif, la justice se décidera dans les rues.

Dans le contexte actuel, le recul des mouvements sociaux de ces dernières années, la propagande médiatique quotidienne à propos de la criminalité, ainsi que la fausse reprise du capitalisme grec ont donné à l’État la satisfaction de légiférer pour supprimer toute possible réaction qui défierait sa souveraineté, dans le présent ou à l’avenir. La tentative de criminaliser et d’isoler les mouvements de la base de la société est une stratégie qui a été déployée depuis des années et qui a été testée par le passé dans le reste du monde occidental.

Du coup, le cadre des condamnations pénales a été resserré, avec des modifications de plus en plus étouffantes du code pénal, et les conditions d’enfermement sont durcies elles aussi, avec la reforme anachronique des lois qui régissent les régimes de détention. Ces projets de loi incluent, entre autres, des restrictions des permissions, en durcissant les conditions pour les obtenir, l’exclusion de la possibilité de la liberté conditionnelle pour les peines de plus de deux ans, le fait de sanctionner de la même manière les tentatives d’infractions et les infractions qui ont eu lieu, la réintroduction des prison de type C [des prisons de haute sécurité ; NdAtt.] et l’interdiction de purger une partie de la peine dans des prisons rurales, pour certains typologies de prisonnier.es. Nous sommes solidaires et n’oublions pas les gens qui sont derrière les barreaux des prisons et les prisonnier.es politiques qui sont en train de payer le prix de l’affrontement avec l’État et le capital.

En même temps, les conditions capitalistes au niveau local comportent l’attaque contre les acquis sociaux, avec la vente aux enchères des premières maisons [saisies pour dettes impayées ; NdAtt.] et l’augmentation du coup de la vie, avec la privatisation des secteurs de l’éducation, de la santé et de l’énergie. L’exploitation de plus en plus intensive et la destruction de l’environnement naturel comptent aussi des vastes zones brûlées et inondées qui ont été remplies d’éoliennes et de panneaux solaires, pour les besoins de l’industrie, ainsi que l’extraction de terres rares, de minéraux et d’or, avec des effets dévastateurs sur les écosystèmes. Les masses de migrant.es pauvres, quand ils/elles ne se noient pas dans l’Égée, sont emprisonnées pendant des périodes indéfinies et puis rapatriées, avec les plus chanceux.ses qui travaillent dans des conditions d’esclavage pour les patrons d’ici, pendant que les rivalités internationales et les guerres en Ukraine et à Gaza intensifient le militarisme et le nationalisme ici. Le durcissement des politiques répressives de l’État grec à l’intérieur peut aussi être vu comme une partie de sa préparation en vue de participer à l’une des guerres qui nous sont servies comme un spectacle par les médias.

La guerre que l’État a déclaré au mouvement est indirectement une guerre contre toute la base de la société, contre quiconque, à l’avenir, pourrait défier les diktats capitalistes. Il en va de notre survie politique de dresser des barricades contre cette attaque tous azimut. Dans les domaines où le mécontentement social prend forme, notre intervention et notre participation, avec des caractéristiques anti-autoritaires multiformes, sont plus importantes que jamais. De même à l’intérieur du mouvement, avec la construction de structures et de relations de camaraderie, face à la micro-politique et au reflux dans le privé. Notre tâche est de bloquer les politiques de mort et de demander des comptes à ceux qui les produisent ; notre tâche est de comprendre cette époque, les questions qu’elle pose et les luttes qu’y surgissent et d’y faire participer notre mouvement. Nous avons tout un monde d’exploitation et de pouvoir à détruire et tout un monde d’égalité, de liberté et de solidarité à créer.

POUR L’ANARCHIE

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